«De Graupner à Mozart»: la prouesse des cornistes

Le corniste Pierre-Antoine Tremblay
Photo: Stefano Buonamici Les Idées Heureuses Le corniste Pierre-Antoine Tremblay

Le programme érudit des Idées heureuses, proposé conjointement par le corniste Pierre-Antoine Tremblay et Geneviève Soly, mettait en valeur le cor naturel dans un chef-d’oeuvre bien connu, le Quintette K. 407 de Mozart, et dans des oeuvres de Mozart et Graupner composées pour deux cors : la Sonate d’église K. 329 du premier, une Sonate à six et une Sinfonia du second.

Peu connu au Québec, Pierre-Antoine Tremblay de Baie-Saint-Paul, titulaire d’une maîtrise en musique baroque du Conservatoire d’Amsterdam, est, à en croire sa biographie, un habitué des ensembles baroques européens tels Europa Galante et le Freiburger Barockorchester, et se produit aussi en Russie avec MusicAeterna du génie Teodor Currentzis, avec l’Orchestre du XVIIIe siècle aux Pays-Bas et l’Orchestre des Champs-Élysées de Philippe Herreweghe. Il était associé, ce mardi, à Louis-Pierre Bergeron, l’un de ces « fameux » Québécois récemment recalés à l’OSM à la surprise de beaucoup, qui a trouvé désormais refuge à l’Orchestre du CNA à Ottawa.

Le cor naturel, instrument périlleux entre tous (on se souvient de ce pauvre corniste tchèque de l’ensemble de Vaclav Luks en perdition dans la Messe en si en novembre dernier, qui jouait comme si ses collègues avaient facétieusement caché quelque chose dans son instrument), est si dur à maîtriser que ce que nous avons entendu mardi tient de la prouesse et de la haute voltige. Il y a de quoi dresser très haut le pavillon de la fierté nationale quand on entend une tenue instrumentale et musicale pareille.

C’était d’autant plus frustrant dans le rare exercice de la Sonate d’église K. 329, avec deux virtuoses pareils, une timbale parfaite, deux orgues aussi adéquats de voir péricliter le tout parce que deux violonistes (Laura Andriani et Chantal Rémillard) étaient incapables de jouer à l’unisson… Même si elle a cassé son archet dans la Sinfonia de Graupner, donnée pour la première fois depuis sa création au XVIIIe siècle, Laura Andriani a été fort heureusement plus solide dans la seconde partie du concert, car la première était bien fragile et décevante, alors qu’Olivier Brault a magnifiquement épaulé Geneviève Soly dans la Sonate K. 7, composée par Mozart à l’âge de 7 ans.

Ce concert a donc séduit par l’intelligence du projet, la tenue des cornistes et la richesse des orgues et du clavecin. Il a aussi confirmé une fois de plus un problème récurrent de cordes (généralisation un peu abusive, car, de mémoire, je n’ai jamais eu à me plaindre d’altistes, de violistes et de contrebassistes) baroques à Montréal, qu’il faudra bien affronter et résoudre un jour ou l’autre, à moins de se satisfaire du « vaguement juste » et du « à peu près en place ».

De Graupner à Mozart

Mozart : Sonates d’église, K. 328, 329 et 336. Allemande extraite de la Suite pour clavier, K. 399/2. Sonate pour le clavecin avec accompagnement de violon, K. 7. Quintette pour cor, violon, 2 altos et violoncelle, K. 407. Graupner : Sonate a sei en ré majeur, GWV 206. Sinfonia en ré majeur, GWV 534. Pierre-Antoine Tremblay et Louis-Pierre Bergeron (cors naturels), Les Idées heureuses, Geneviève Soly (orgue et clavecin). Salle Bourgie, mardi 30 janvier 2018.

4 commentaires
  • Dominique Boucher - Abonné 31 janvier 2018 05 h 25

    Chantal Rémillard

    C'est devenu, pour ma fenme et moi, presqu'une rengaine chaque fois que nous nous proposons d'assister à un concert de musique baroque. L'un de nous ne peut s'empêcher de soupirer : « J'espère que Chantal Rémillard n'y sera pas ! » Cette « violoniste », incapable de jouer le moindrement juste, nous gâche des concerts depuis des décennies. C'est pour nous un mystère qu'elle ait pu sévir depuis si longtemps sur la scène baroque de Montréal.

  • Geneviève Soly - Abonné 31 janvier 2018 18 h 01

    Cette « violoniste »

    Monsieur, Je me sens un devoir moral de mentionner sur cette page, pour remettre en perspective votre commentaire, que votre incompréhension de notre travail de musicien.nes perce à travers vos mots fortements exagérés et indélicats, sans parler de l'absurdité de vos propos quand au fait que madame Rémillard soit "incapable de jouer le moindrement juste" ! C'est tout le milieu de la musique baroque que vous dénigrez ainsi en attanquant notre collègue qui se produit avec tant d'Ensembles montréalais. Vous pensez donc que nous en sommes réduits à endurer une personne qui "sévit" pendant les répétitions et les concerts, nous qui aimons tant la musique que nous travaillons des heures et des heures sans jamais être rémunérés, qui endurons le stress de la performance et qui avons le courage de monter sur scène, même après une nuit blanche ou avec une grippe ?

    Et, oui, elle est violoniste car c'est ainsi qu'on nomme une personne jouant du violon, comme Chantal Rémillard le fait par amour de la musique pour gagner sa vie, ce qui est son droit le plus srtict, depuis plus de 30 ans. Aurait-on l'idée de mettre entre guillemets le mot "camionneur" en parlant d'un camioneur qui aurait fait un accident ? Ou d'un.e préposé.e aux bénéficiaire qui aurait abusé de ses patients, ou , ...etc... Je juge votre remarque narquoiss et perverse. Connaissez-vous les tenants et aboutissants de la performance sur scène ? Évidemment, non. Assistez-vous à tous les concerts auxquels madame Rémillard participe comme violoniste baroque ?, certainement pas à vous lire. Étiez-vous au concert d'hier soir ? Moi, si.

    Vous avez droit à votre opinion mais sachez que Chantal R. ne sévit aucunement dans notre milieu et que nous l'engageons pour ses qualités. Votre commentaire est signe de beaucoup de prétention.

    Geneviève Soly, D. Mus. Professeure de musicologie associée UdM, Fondatrice et directrice, Les Idées heureuses

  • Dominique Boucher - Abonné 1 février 2018 15 h 03

    Je persiste et signe

    Je persiste et signe, madame Soly : Chantal Rémillard joue horriblement faux et sa présence sur scène ne sert pas la musique (c'est le moins que l'on puisse dire).

    Jean-Marc Gélineau, Montréal

  • Dominique Boucher - Abonné 1 février 2018 16 h 57

    Pourquoi?

    Pourquoi avez-vous affacé ma réponse à Mme Soly? Elle a été visible durant quelques heures, puis, pfffft, plus rien... Eh ben...

    Cette réponse tait d'autant plus importante qu'elle clarifiait le fait que c'est moi, Jean-Marc Gélineau, et non ma conjointe, l'abonnée Dominique Boucher, qui était l'initiateur de ce commentaire.

    Jean-Marc Gélineau, Montréal