Bruno Mars, roi d’une cérémonie des Grammy très politique

Le chanteur américain Bruno Mars a récolté trois des quatre trophées majeurs de la cérémonie des Grammy Awards à New York.
Photo: Don Emmert Agence France-Presse Le chanteur américain Bruno Mars a récolté trois des quatre trophées majeurs de la cérémonie des Grammy Awards à New York.

Le chanteur américain Bruno Mars a récolté trois des quatre trophées majeurs de la cérémonie des Grammy Awards à New York, coiffant sur le poteau le rappeur Kendrick Lamar, au terme d’une soirée très politique.

Couronné dans les catégories reines d’album de l’année pour 24K Magic, enregistrement de l’année pour le morceau-titre de l’album et chanson de l’année pour That’s What I Like, le chanteur de 32 ans au style flamboyant est reparti avec six récompenses, record de la soirée.

En recevant le titre d’album de l’année, dernier prix de la cérémonie, Peter Hernandez, de son vrai nom, a remercié les autres artistes sélectionnés dans la catégorie dont Kendrick Lamar et Jay-Z. C’est un nouveau camouflet pour le hip-hop, qui n’a remporté que deux fois le prix d’album de l’année, la dernière fois il y a 15 ans.

Pour Jay-Z, la soirée a tourné à la déception, avec aucune victoire malgré huit nominations. À 48 ans, ce vétéran du hip-hop, déjà primé 21 fois aux Grammy, a été devancé dans trois catégories majeures par Bruno Mars et dans trois sous-catégories rap par Kendrick Lamar.

Le rappeur californien est quant à lui reparti avec cinq statuettes dorées en forme de gramophone, réalisant son second grand chelem dans les quatre catégories rap et y ajoutant la meilleure vidéo pour Humble.

Il a aussi ouvert la retransmission télévisée avec une performance coup-de-poing, offrant à un public enthousiaste une interprétation de son titre XXX, avec Bono, du groupe U2, et entouré de figurants en tenue camouflage et cagoule noire.

XXX est l’un des titres les plus engagés de l’album DAMN., qui évoque les meurtres de jeunes hommes noirs aux États-Unis. Lamar a conclu sa prestation entouré de figurants habillés de rouge, qui semblaient recevoir des coups de feu et s’écrouler.

Des discours politisés

Alors que l’industrie du disque avait semblé assez détachée des enjeux du moment, la cérémonie des Grammy a finalement fait feu de tout bois et multiplié les interventions politiques, reprenant la main à Hollywood, qui avait amorcé le mouvement.

De nombreux invités, de Lady Gaga à Sting, en passant par Khalid ou Cindy Lauper, étaient arrivés à la cérémonie arborant des roses blanches en écho aux mouvements #MeToo et Time’s Up à Hollywood, à l’appel tardif d’un groupe de musiciennes.

Photo: Angela Weiss Agence France-Presse Arborant des roses blanches, Lady Gaga a rendu hommage au mouvement Time's Up à Hollywood.

Lors de son passage sur scène, Lady Gaga a ensuite rendu hommage à Time’s Up, contre le harcèlement sexuel et pour l’égalité entre hommes et femmes, avant que la chanteuse et actrice Janelle Monae y revienne lors d’un vibrant monologue.

« À ceux qui voudraient essayer de nous faire taire, nous offrons deux mots : “c’est fini”. Fini les inégalités de rémunération, la discrimination, le harcèlement sous toutes ses formes, et les abus de pouvoir », a déclaré la chanteuse en présentant une prestation de Kesha qui, avec sa chanson Praying, a rappelé sa bataille contre un producteur qu’elle accuse de l’avoir violée.

Photo: Christopher Polk / Getty Images North America / Agence France-Presse Lady Gaga, accompagnée de Mark Ronson à la guitare

Immédiatement derrière, une autre chanteuse, Camila Cabello, a rendu hommage aux « Dreamers », les bénéficiaires du programme DACA qui permet à des immigrés arrivés enfants clandestinement aux États-Unis de travailler et d’étudier légalement.

Ce programme a été supprimé par le président Donald Trump, qui a pressé le Congrès de le remplacer par une nouvelle législation. Mais les parlementaires sont pour l’instant dans l’impasse.

Photo: Christopher Polk / Getty Images North America / Agence France-Presse Bebe Rexha, Cyndi Lauper, Kesha, Camila Cabello, Andra Day et Julia Michaels, lors de la 60e cérémonie des Grammy Awards

Camila Cabello a rappelé qu’elle était elle-même arrivée enfant de Cuba avec ses parents, « arrivés dans ce pays sans rien en poche, que de l’espoir ».

Les chapitres politiques se sont multipliés, avec une prestation de U2 devant la statue de la Liberté, et un rappel du poème inscrit à sa base qui invite à accueillir tous les immigrés qui se rendent à New York et aux États-Unis.

Autre salve, le présentateur de la retransmission, James Corden, a fait lire à des chanteurs, mais aussi à Hillary Clinton, des passages du livre polémique Fire and Fury, qui brosse un tableau apocalyptique de la première année du gouvernement Trump à la Maison-Blanche.

Le rappeur Logic, qui interprétait son titre 1-800-273-8255 pour la prévention du suicide, a conclu les prestations scéniques de la soirée avec un nouveau message tourné vers les autres pays du monde, « nourris de culture, de diversité et de milliers d’années d’histoire ».

Photo: Christopher Polk / Getty Images North America / Agence France-Presse Le rappeur Logic

Une allusion directe à la politique migratoire du président Trump et à ses récents propos polémiques sur les « pays de merde », qu’il conteste avoir tenus.

En début de soirée, la Canadienne Alessia Cara avait créé la surprise en remportant le premier des quatre trophées majeurs, celui de révélation de l’année.

Elle a appelé à soutenir « la vraie musique et les vrais artistes, car tout le monde doit avoir les mêmes chances ».

Outre Jay-Z, l’autre grand perdant de la soirée a été Despacito, le méga succès qui a tout emporté sur son passage en 2017. Nommé dans trois catégories, il est reparti bredouille dimanche.

Leonard Cohen remporte un Grammy posthume

Le chanteur et poète de légende Leonard Cohen n’avait jamais remporté de Grammy de son vivant : il a obtenu dimanche celui de « meilleure performance rock » pour la chanson You Want It Darker, dans laquelle il se disait prêt à mourir.


Leonard Cohen, décédé en novembre 2016, a beau avoir été une figure majeure de la musique avec des chansons légendaires comme Hallelujah ou So Long, Marianne, il n’a jamais connu de grand succès au sens commercial du terme et a toujours été boudé par les Grammys, les plus grandes récompenses de la musique américaine.
 

Son album You Want It Darker est sorti trois semaines avant la mort du chanteur canadien, à Los Angeles, à l’âge de 82 ans.
 

Dans la chanson-titre, Cohen, qui aimait les réflexions métaphysiques, se disait prêt à affronter la mort.
 

« Hineni, hineni », chantait-il dans le refrain, utilisant un mot hébreu qui signifie « Je suis là », avant d’ajouter, accompagné par le choeur de la synagogue de son Montréal natal : « Je suis prêt, Seigneur ».
 

S’il n’avait jamais remporté de Grammy pour une chanson ou un album, Leonard Cohen avait tout de même reçu une récompense pour l’ensemble de sa carrière en 2010.
 

Il apparaissait aussi sur un album d’hommages à la chanteuse Joni Mitchell qui, emmené par la légende du jazz Herbie Hancock, avait été sacré Album de l’année en 2008.