«Super Lynx Deluxe»: frénétique Galaxie

Le «cadre» de Galaxie, c’est aussi les textes caractéristiques d’Olivier Langevin, aux images simples et où se mêlent les aventures de la nuit, les animaux sauvages, les états altérés et les engins mécaniques.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le «cadre» de Galaxie, c’est aussi les textes caractéristiques d’Olivier Langevin, aux images simples et où se mêlent les aventures de la nuit, les animaux sauvages, les états altérés et les engins mécaniques.


Pour le guitariste Olivier Langevin, son groupe rock Galaxie offre un grand espace de liberté, qui se superpose paradoxalement à un certain cadre, à certaines exigences venues de la scène.

Depuis sa naissance en 2002, Galaxie s’est forgé au fil de ses albums une réputation en spectacle plus qu’enviable. Amplis dans le tapis, énergie défoulatoire, solos endiablés et rythmiques lourdes ont fait le bonheur de milliers de fans québécois en quête d’ivresses en tous genres.

De plus en plus, donc, « il doit arriver ce qui doit arriver », illustre Olivier Langevin, manieur de six cordes aussi émérite qu’expérimenté. Entendre : déjà en studio, la chanson doit être envisagée pour son existence devant public.

Et ça se passe ainsi au grand plaisir de Langevin, plaisir qui se sent sur ce cinquième et tout dernier disque Super Lynx Deluxe. Voilà un disque frénétique, jovial, nerveux, psychédélique et hip-hop sur les bords. Outre la dernière pièce instrumentale, les titres défilent, mordent, s’amusent.

« C’est ce qu’on voulait », dit le rouquin guitariste qui a remporté en 2015 les Félix pour l’album alternatif et le groupe de l’année. « C’est vraiment le live qui nous a portés pour cet album-là. » À peine atterri de la tournée du précédent disque Zulu, le groupe Galaxie a remis les gaz.

Ce qui n’est pas l’habitude d’Olivier Langevin, lui qui attend habituellement « quatre ou cinq ans avant de sortir d’autres choses, pour de multiples raisons. Mais j’avais déjà des trucs entamés, et d’autres qui restaient de l’album d’avant. On est tout de suite retournés en studio, [le batteur] Pierre Fortin et moi, pour ne pas perdre le beat. »

À la bonne place

L’avantage de la pause est en même temps son désavantage : elle permet de laisser décanter les choses, mais redémarrer la machine peut demander beaucoup de travail. « Là, on a juste continué dans ce quoi on était, mais sans refaire la même affaire », dit Olivier Langevin.

La posture reste délicate. Ne pas vouloir se répéter est une chose, « mais juste vouloir se réinventer c’est un peu inutile. Ça ne sert à rien d’aller partout. Il faut aller à la bonne place. Surtout avec un projet comme Galaxie, où il y a certains paramètres. Et c’est pas péjoratif, mais il y a un cadre, c’est un type de musique, de groupe. »

Super Lynx Deluxe — un titre qui cadre parfaitement avec l’imagerie de la formation — ramène quelques lignes très blues des premières heures, des claviers saturés des disques Tigre et diesel et Zulu, mais aussi une dose de rythmes à la Beastie Boys, époque Sabotage.

« Il y a eu un trip qui a été assouvi, je pense, rigole Langevin. Ça faisait super longtemps que ça me tentait de le faire, que je traînais ce genre de sons en me disant que ça fitterait peut-être pas avec ce qu’on fait. Et on s’est rendu compte qu’en amenant ces rythmes super hip-hop dans l’approche, le timbre et l’énergie de Galaxie, ça fonctionnait. »

 

Sans le générateur

Mais si la sauce prend, ajoute le musicien, c’est que le groupe a su respecter le produit, comme on dit aux Chefs. Des éléments rythmiques de ce genre sont déjà passés dans le filtre de Galaxie dans le passé, mais « c’était plus dans le magma, ça paraissait moins ». Tandis que pour Super Lynx Deluxe, « on a pris la décision que c’est le beat qui allait mener la pièce. On voulait garder en avant les éléments forts qui avaient inspiré la chanson et construire autour. »

Reste que cette idée des mélanges est omniprésente dans les titres de Super Lynx Deluxe. Olivier Langevin aime bien ces rencontres atypiques, improbables. Il pointe son chandail de David Bowie. « C’est ça qui me fait triper de lui. Tu écoutes sa musique et tu te demandes : “Qu’est-ce qu’il veut ? C’est quoi les quatre-cinq affaires qui en théorie ne se mélangent pas mais qui fonctionnent ?” J’apprécie beaucoup ce genre d’affaires là. »

Le « cadre » de Galaxie, c’est aussi les textes caractéristiques d’Olivier Langevin, aux images simples et où se mêlent les aventures de la nuit, les animaux sauvages, les états altérés et les engins mécaniques.

Ici, il a évolué dans sa plume ? « C’est les mêmes vieilles niaiseries », rit le musicien, qui rappelle l’existence en ligne d’un outil créé par un internaute il y a quelques années et qui génère automatiquement des paroles clichées de Galaxie. « Je l’ai essayé, le générateur, mais ça n’a pas marché », explique-t-il sourire en coin, trouvant quand même l’engin assez drôle.

Et qu’est-ce qui clochait ? « C’est que le résultat groove pas tant que ça. Même si ç’a l’air niaiseux [ce que j’écris], il y a quand même une certaine recherche. Quand tu lis les paroles vite fait, tu te dis : il est buzzé raide, mais c’est beaucoup du travail sur le rythme. J’ai tellement écouté de musique en anglais que j’essaye d’aller chercher des sonorités de mots, des grooves de mots, c’est vraiment là-dessus que je mets mon énergie quand j’écris. »

Et puis il y a un imaginaire qui, par la force des choses, remonte à la surface avec ce type de rock de party. Olivier Langevin a tenté d’utiliser ou d’adapter les textes d’un ami, textes qui sur papier étaient en cohérence avec l’approche de Galaxie, mais la liaison avec la musique ne s’est pas faite assez bien à son goût. « Et il y a des couleurs de mots, sinon une distance, de quoi d’un peu froid… Tsé, Galaxie, ça devient un personnage, et il y a des affaires qu’il peut dire et d’autres qu’il ne peut pas dire, le personnage ! » Et il faut savoir dompter la bête, aussi « super » ou « deluxe » soit-elle.
 

Écoutez Super Lynx Deluxe

 

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Avec en poche un disque de Galaxie déjà intitulé Tigre et diesel, Olivier Langevin ne voulait pas avoir encore un félin dans un titre d’album, mais tout au long de l’enregistrement, rien n’a détrôné Super Lynx Deluxe. « À la base, le lynx c’est une inside avec des chums de hockey, c’est comme ça qu’on surnommait les gens, tout le monde était un lynx. Et à un moment donné en tournée, Fred [Fortin] se trouve une basse sur Kijiji, une Vox, et le vendeur dit qu’il a aussi la guitare qui allait avec. Alors Fred donne rendez-vous au gars. Il ouvre le case et la basse, c’est une Cougar, alors on part à rire. Puis le gars ouvre l’étui de guitare, et c’était une Super Lynx Deluxe. On s’est dit : “Wow, c’est un signe de la vie !” Je l’ai achetée et c’est resté. »