L’oeuvre en marche de Rémi Bolduc

Rémi Bolduc se signale aujourd’hui avec force avec la publication de «Live at The Yardbird Suite», paru sur l’étiquette Les Productions Art and Soul.
Photo: Yvon Couillard Rémi Bolduc se signale aujourd’hui avec force avec la publication de «Live at The Yardbird Suite», paru sur l’étiquette Les Productions Art and Soul.


Le saxophoniste Rémi Bolduc est malin, dans le sens le plus intelligent, et non diabolique, du terme. Il est également appliqué. Très appliqué même. Toujours est-il qu’il est en train de se singulariser, de se distinguer ainsi : il construit patiemment et avec constance ce qu’il faut bien nommer une oeuvre. On précisera même, en ces temps de confusion esthétique, une oeuvre de jazz.
 

Après avoir dialogué avec un grand maître du piano en la personne de Kenny Werner. Après avoir conversé avec le saxophoniste Jerry Bergonzi, reconnu aussi comme un immense professeur de la New England Conservatory of Music. Après avoir signé des hommages des plus suaves à Oscar Peterson, Dave Brubeck et Paul Desmond. Après avoir salué, on s’en doute, la mémoire de Charlie Parker, voilà qu’aujourd’hui Rémi Bolduc se signale avec force avec la publication de Live at The Yardbird Suite, paru sur l’étiquette Les Productions Art and Soul.

Ce qui frappe d’emblée avec cet enregistrement réalisé à Edmonton dans un club administré, c’est à retenir, par l’Edmonton Jazz Society, c’est l’architecture musicale. Notre homme s’est entouré de ses fidèles et très efficaces collègues Dave Laing à la batterie et Fraser Hollins à la contrebasse, puis il a invité quatre autres saxophonistes évoluant dans diverses villes du Canada. Soit le vétéran PJ Perry à l’alto, puis Phil Dwyer, Kelly Jefferson et le formidable Kirk MacDonald aux ténors. À noter : l’absence de piano. En d’autres mots, le coefficient de difficulté auquel étaient confrontés Bolduc et Dwyer, ce dernier pour deux pièces, pour tout ce qui a trait aux arrangements, se confondait avec costaud.

Dans l’histoire du jazz, ce type de formation est extrêmement rare. De mémoire, on a retenu le Saxophone Choir d’Odean Pope et les aventures menées par David Murray et Henry Threadgill pour l’extraordinaire étiquette italienne Soul Note/Black Saint. Le World Saxophone Quartet ? Comme son nom l’indique, il n’y a pas de formation rythmique.

Écoutez Rémi Bolduc jouer un solo sur I Remember You

 
L’architecture musicale mise à part, cet album vaut son pesant d’or maya pour son programme : quatre pièces enregistrées ont été écrites par Bolduc, une par Perry, une par Dwyer et une par MacDonald. On insiste : le professeur à la Schulich School of Music de McGill a opté pour des compositions originales.

La facture du disque ? La présence de cinq saxophonistes sur sept exécutants imprime sur l’ensemble des pièces tout ce qui fonde le virevoltant. C’est dynamique et étincelant. Le jeu respectif de ces messieurs est synonyme de captivant. Pas hypnotisant, mais bien prenant, séduisant. Parfois, c’est même décapant.

Probablement que tout cela tient à ceci : Bolduc a choisi de ne pas décliner toutes les pièces à coups de cinq solos de saxo à tous les coups. Peut-être devrait-on préciser que le jeu d’ensemble, les arrangements, nous a fait penser à quelque chose, on ne sait comment le nommer, se situant entre la moyenne formation de Gil Evans et le big band de Thad Jones et Mel Lewis. Une chose est certaine : Rémi Bolduc poursuit une sacrée trajectoire. Chapeau !

   

Le trompettiste et compositeur sud-africain Hugh Masekela est décédé des suites d’un cancer. Il avait 78 ans. Outre ses faits musicaux, on retiendra ses faits d’armes contre le régime d’apartheid. Hugh Masekela fut un grand monsieur.

  

L’étiquette Columbia/Legacy annonce la publication du sixième volume de ses Bootleg Series consacrées à Miles Davis et à John Coltrane pour fin mars. Il s’agit de spectacles enregistrés à Paris et à Stockholm avec Wynton Kelly au piano, Paul Chambers à la contrebasse et Jimmy Cobb à la batterie.


Le concert de la semaine

Ce samedi soir au bar Upstairs, le trompettiste Ron Di Lauro rend hommage à Chet Baker avec John Roney au piano, Frédéric Alarie à la contrebasse et André White à la batterie.
1 commentaire
  • Paul Cadrin - Abonné 27 janvier 2018 10 h 47

    Rémi Bolduc et l'ensemble de saxophone

    Très juste de dire que ce genre d'ensemble est extrêmement rare, mais il y en a eu eu beaucoup plus proche de Rémi Bolduc que ceux mentionnés dans l'article. En 2008, Janis Steprans, avec qui Bolduc a étudié à l'Université Laval, publiait Quatuor du nord, sur étiquette Elephant Record (ER 0708): quatuor de sax avec contrebasse et batteur.