Angèle Dubeau reçoit le prix RIDEAU Hommage

Angèle Dubeau a reçu le prix RIDEAU, qui souligne l’apport de la violoniste à la démocratisation de la musique classique.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Angèle Dubeau a reçu le prix RIDEAU, qui souligne l’apport de la violoniste à la démocratisation de la musique classique.

Lorsqu’elle a eu son premier violon, à l’âge de quatre ans, Angèle Dubeau s’est empressée de lui donner le lit de sa poupée. Elle le bordait ensuite tous les soirs, en lui souhaitant bonne nuit. Depuis, la virtuose Angèle Dubeau n’a jamais cessé de jouer du violon. Sauf lors du douloureux traitement subi pour un cancer du sein il y a quelques années. Lorsqu’elle l’a repris ensuite, le violon pleurait et elle pleurait avec lui, raconte-t-elle.

Mardi, Angèle Dubeau recevait le prix RIDEAU Hommage, remis par le Réseau indépendant des diffuseurs d’événements artistiques. Ce prix souligne notamment l’apport de la violoniste à la démocratisation de la musique classique.

Il y a beaucoup de gens de la musique classique qui ne comprenaient pas ce que je faisais et qui venaient ridiculiser ce cheminement de vouloir essayer de rejoindre tout le monde

 

« Créer des liens »

« J’ai depuis toujours cette volonté de démystifier la musique classique, dit la musicienne en entrevue. J’ai toujours dit et pensé que la musique est le bien de tout le monde. »

Peut-être est-ce l’héritage de son enfance, à Saint-Norbert, dans Lanaudière, en tant que septième d’une famille de huit enfants ? Depuis des décennies, Angèle Dubeau bouscule les conventions liées aux représentations de musique classique, notamment en s’adressant au public sur scène et en lui racontant des anecdotes liées à la musique. « À l’époque, c’était une petite révolution », dit-elle. Elle découvre alors que, simplement en changeant l’enrobage de la musique classique, celle-ci devient accessible à un plus grand nombre d’auditeurs.

Plus tard, Angèle Dubeau fera un clin d’oeil au Let’s Dance de David Bowie en donnant le titre Let’s Dance à un album de danses classiques, mais en enregistrant un extrait de 90 secondes du Let’s Dance de Bowie à la toute fin de l’album. « Cet extrait ne durait pas plus de trois minutes, mais on en a parlé plus que de tout le reste. Ça ébranlait. […] Moi, ça me faisait rigoler. Je venais de trouver une façon d’amener les gens à écouter. Ça n’est pas sorcier. J’ai plus d’un tour dans mon sac. J’ai toujours voulu créer des liens », raconte-t-elle.

Angèle Dubeau a donc toujours voulu toucher le plus de gens possible avec sa musique, et elle y est arrivée.

Mais en cours de route, certains bonzes de la musique classique ont ridiculisé ce cheminement. « Il y a beaucoup de gens de la musique classique qui ne comprenaient pas ce que je faisais et qui venaient ridiculiser ce cheminement de vouloir essayer de rejoindre tout le monde, se souvient-elle. Mais j’avais mes raisons de le faire. C’est une décision que j’ai prise moi-même. Et c’est comme dans n’importe quoi, si tu veux bouger les choses, changer les choses, il y a des gens qui jouent du coude ou qui t’égratignent. »

Les diffuseurs se souviennent aussi sûrement qu’Angèle Dubeau s’est fait un point d’honneur de sillonner le Québec à la rencontre d’un public trop éloigné pour fréquenter les concerts classiques. « Je sais que je suis la seule musicienne classique qui s’est fait une joie d’aller en région, en province. […] J’ai voulu emmener la musique là où les gens y ont peu accès ou pas du tout », dit-elle. Pour Angèle Dubeau, la raison d’être du musicien, c’est son public. Et ce public, elle veut le rencontrer.

Poser ses bagages

Que ce soit à travers le monde ou à travers le Québec, Angèle Dubeau a passé une bonne partie de sa vie dans ses bagages. C’est ce qui l’a emmenée d’ailleurs à annoncer sa dernière tournée, intitulée Pour une dernière fois, en 2017. « Je pose mes bagages, mais je ne pose pas mon violon », dit-elle. Ses violons plutôt. Depuis l’âge de 15 ans, Angèle Dubeau joue sur le « Des Rosiers », un Stradivarius de 1733, qui a appartenu au virtuose Arthur Leblanc, et qu’elle a d’ailleurs surnommé « Arthur ». Pour des raisons de sécurité, lors de certains déplacements à l’étranger, elle joue plutôt sur un violon français de 1864, fabriqué par Jean-Baptiste Vuillaume.

Cette année, la musicienne célèbre aussi les 20 ans de la Fête de la musique du Mont-Tremblant, qu’elle a conçue et dont elle assume la direction artistique. Son mari, François-Mario Labbé, président de la compagnie de disques Analekta, en est le directeur général. La musique classique, le jazz, le reggae-fusion et les chants de gorge inuits s’y côtoient librement, ce qui permet au public de s’initier à différents genres au cours du même événement. « Pour moi, une bonne musique est une bonne musique », dit-elle.

En 1997, Angèle Dubeau crée l’ensemble La Piéta, uniquement composé de femmes, d’abord simplement pour enregistrer un album de Vivaldi.

« Je voulais faire à la fois le solo et la direction », se souvient-elle. Sur un papier, elle trace une liste des noms des personnes avec qui elle a envie de travailler. Il se trouve que ce sont exclusivement des noms de femmes. Bien au-delà de ce premier disque, l’ensemble La Piéta l’accompagnera durant 20 ans, sur disque et à travers le monde.

« Comme soliste, tu es toujours seule. Tu joues avec des orchestres, avec des chefs d’orchestre, mais tu es toujours seule », dit-elle pour expliquer ce tournant de sa carrière.

À 55 ans, Angèle Dubeau cessera donc de faire des tournées. Mais la musique n’est-elle pas plus accessible que jamais, entre autres par le streaming ? note-t-elle. Il faut dire que la violoniste, qui a vendu quelque 600 000 disques en carrière, a aussi récolté 35 millions d’écoutes en continu dans plus de 100 pays.

Elle n’a d’ailleurs pas fini de convertir le monde à sa musique, et s’intéresse de plus en plus à l’industrie de la musique de films et de jeux vidéo.

1 commentaire
  • Lucien Cimon - Abonné 11 janvier 2018 08 h 51

    Une grande dame qui ne nous regarde pas de haut. Une vraie pédagogue.