Une troisième intégrale Beethoven canadienne

Tafelmusik Baroque Orchestra
Photo: Sian Richards Tafelmusik Baroque Orchestra

Tafelmusik Baroque Orchestra publie sur son étiquette Tafelmusik Media une intégrale des Symphonies de Beethoven. C’est, après celles de Jean-Philippe Tremblay et l’Orchestre de la Francophonie, et de Kent Nagano et l’Orchestre symphonique de Montréal, la troisième gravée au pays.

Plusieurs pianistes canadiens ont gravé l’intégrale des sonates de Beethoven ; Anton Kuerti, Louis Lortie, Stewart Goodyear, celle d’Angela Hewitt étant en cours. En ce qui concerne les symphonies, il a fallu attendre la présente décennie pour voir arriver trois intégrales.

On peut regretter que celle de l’OSM ne soit pas présentée dans un boîtier plus luxueux et valorisant. Ce pourrait être une bonne idée pour une éventuelle réédition, car de ce point de vue, Tafelmusik, sans faire dans le grand luxe, a publié un produit plus élégant, bannissant toute matière plastique.

Tafelmusik, c’est l’orchestre baroque de Toronto, qui a connu une notoriété internationale lorsque le producteur Wolf Erichson, qui avait dirigé le département d’enregistrement de Das alte Werk chez Telefunken, puis créé l’étiquette Seon, avait été chargé par Günter Breest, le directeur de Sony Classical de constituer un catalogue baroque — l’équivalent de Archiv chez DG —, qui se nommait Vivarte. C’était dans les années 1990, et Tafelmusik s’était alors allié dans de nombreux projets au chef Bruno Weil.

Un environnement différent

Le haut fait beethovénien de Tafelmusik reste une intégrale des concertos pour piano avec Jos van Immerseel au pianoforte qui demeure très pertinente quant à ses concurrentes (Tan-Norrington, Levin-Gardiner et Lubin-Hogwood).

L’intégrale symphonique ici assemblée est quelque peu hétéroclite. Les Symphonies no 1 àont été captées en public en 2012 et 2013, la Neuvième (un concert, aussi) date de 2016, alors que les Symphonies no 5 etsont le CD Analekta de 2004 et les Symphonies no 7 etle CD Analekta de 2008.

Avec Tafelmusik et Bruno Weil, il n’y a jamais tromperie sur la marchandise : le chef et l’orchestre « vendent » littéralement du son d’instrument ancien et tout est fait pour rappeler à l’auditeur qu’ici, les effectifs sont minimaux et qu’on n’utilise pas de vibrato. Ce qui étonne parfois, c’est qu’avec si peu d’instruments on n’entende pas mieux les vents (cors dans le 1er mouvement de la 7e).

Le fond de la réflexion a été posé lors de l’édition isolée de la Neuvième : « Une fois qu’on a eu la curiosité “d’aller y voir” et que l’on sait, grâce à Hogwood, Brüggen ou Gardiner, ce que cela donne en matière de couleurs et d’image sonore, quel peut être, 20 ans après la bataille, l’intérêt de racheter une version intraitable et austère qui ne mise, dogmatiquement, que sur les couleurs et la supposée justesse musicologique ? Maintenant que les grands chefs ont assimilé les enseignements des baroqueux défricheurs, autant écouter la richesse et la chaleur des orchestres de Leipzig, Minnesota, Berlin, Munich ou Montréal, dirigés avec la hauteur de vue, la souplesse et le sens de la respiration accrus de Riccardo Chailly, Osmo Vänskä, Simon Rattle, Mariss Jansons et Kent Nagano. »

Beethoven : Les neuf symphonies

Tafelmusik, Bruno Weil. Tafelmusik Media 6 CD TMK 1034 CD.