Mezzo Live HD et Stingray Classica: du pareil au même?

Pour amadouer la clientèle, la chaîne Classica est restée décryptée jusqu’à mi-décembre.
Photo: Pierre-Étienne Bergeron Pour amadouer la clientèle, la chaîne Classica est restée décryptée jusqu’à mi-décembre.

Les chaînes spécialisées en musique classique Mezzo Live HD et Stingray Classica sont désormais toutes deux offertes sur abonnement spécial au sein d’un bouquet de chaînes câblées. Valent-elles vraiment la même chose ?

L’article du Devoir saluant l’arrivée sur l’offre câblée de Vidéotron de la chaîne Stingray Classica a suscité chez maints lecteurs de nombreuses frustrations. Horaires fantaisistes ; programmes décalés ; impossibilité de connaître le contenu diffusé… Notre pire expérience fut un jour de tomber sur un documentaire sur l’opéra Tosca en langue allemande sans sous-titres à une heure où était censé être diffusé un concert de Claudio Abbado ! Comme le dit Rob Overman, responsable du contenu de la chaîne, à Amsterdam : « Les introductions de chaîne ne se font jamais sans heurts. »

Les choses se sont progressivement calées à la mi-novembre. Pour amadouer la clientèle, la chaîne nouvelle venue est restée décryptée jusqu’à mi-décembre, le temps, pour nous, de nous faire une bonne idée du contenu.

Contenu frais et réchauffé

Dans Le Devoir, la direction de Stingray a largement eu le loisir d’exposer ses orientations stratégiques. Ce que l’on voit à l’écran n’est pas (encore) de cet acabit. Si Mezzo Live HD porte bien son nom, en diffusant des spectacles live et très récents, tels que les concerts de l’Orchestre Métropolitain à la Philharmonie de Paris, nous avons eu bien du mal à trouver à Classica des programmes postérieurs à 2013.

On schématise à peine en disant que, pendant que Mezzo Live HD diffuse les débuts de Simon Rattle au Symphonique de Londres (2017), Classica repasse ses débuts à Berlin (2002). C’est sans doute un moindre mal au Québec, dont les mélomanes n’ont jamais vraiment vu ces concerts d’archives.

Vu sous cet angle, Classica possède alors un avantage pour les amateurs de classique purs et durs : sa programmation est 100 % classique et la chaîne ne choisit pas justement le week-end, où le spectateur est disponible et tranquille à la maison, pour, comme Mezzo, diffuser du jazz à la queue leu leu.

Nous sommes pourtant bien déçus que, contrairement à ce que nous avions compris, et sachant que Classica n’offre pas de contenu frais, la chaîne ne puisse pas être incluse dans les bouquets de 20 ou 30 chaînes. Elle est vendue 5 $ par mois, au même prix que Mezzo, ce qui est un peu cavalier puisque Mezzo est un vrai producteur de contenu (qu’il faut bien financer) alors que Stingray n’est qu’un « fournisseur de tuyaux », qui se nourrit du contenu produit par les autres.

À ce titre, l’ambition de 30 % de contenu local affiché par Classica, quand on sait que Stingray ne met pas un kopeck dans la production, tient pour l’heure du doux rêve à long terme. Pour que des tiers producteurs créent une abondance de contenu à céder à Stingray pour diffusion, il faudrait que les coûts de production en Amérique du Nord baissent considérablement et donc réviser les conventions syndicales régies par les ententes de l’American Federation of Musicians, à laquelle la Guilde des musiciens du Québec est affiliée. Une désaffiliation pour ensuite gérer, localement au Québec, au coup par coup, des « ententes médias » de nature totalement nouvelle : voilà une idée et un chantier en suspens depuis environ dix ans !