Noël dans le parc: pop, punk, blanc Noël, Noël blanc avec Mudie

«Je pourrais décider demain d’écrire un album hardcore à la Bad Brains. Je fais ce que je veux. C’est aussi un peu l’objectif avec cet album, me donner toute la liberté, même celle de faire de la pop», explique Hugo Mudie.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Je pourrais décider demain d’écrire un album hardcore à la Bad Brains. Je fais ce que je veux. C’est aussi un peu l’objectif avec cet album, me donner toute la liberté, même celle de faire de la pop», explique Hugo Mudie.

« J’ai une répétition ce soir, je vais essayer de monter la chanson de Noël des Ramones là-dedans, Merry Christmas (I Don’t Wanna Fight Tonight) », espère Mudie, Hugo de son prénom. Voilà qui terminera la saison de Noël dans le parc avec un bang ! Aussi au programme : les chansons nouvelles de son premier album solo, Cordoba, paru en septembre dernier, une affaire new wave mélodique de laquelle dépasse tout de même le jupon punk du chanteur des mythiques The Sainte Catherines.

Mais oui ! Du punk du temps des Fêtes ! Au firmament, les Ramones, « la meilleure chanson punk de Noël », assure l’auteur-compositeur-interprète. En tout cas, la meilleure chanson originale, « parce que des reprises punk de chansons pop traditionnelles, ça m’a toujours écoeuré ». Ça exclut Oi ! To the World, des Vandals, et le fade album de Noël de Bad Religion, mais ça aurait pu qualifier Xmas Eve (She Got Up and Left Me), de Rancid, et There Ain’t No Sanity Clause,de The Damned.

Ou encore Christmas on the Road, triste récit du Noël des membres d’un groupe rock en tournée loin de leur famille… chanté par Mudie lui-même, leader du groupe country-rock Yesterday’s Ring. Sauf erreur, ni son groupe punk The Sainte Catherines, fierté de la scène punk québécoise des années 2000 ayant été recrutée par la maison de disques américaine Fat Wreck, ni Miracles, son autre projet folk, n’avaient enregistré de chanson de Noël originale.

Prolifique

Ça fait beaucoup de projets musicaux à mettre au compte de Mudie, dites-vous ? Cordoba, pourtant son premier album solo, serait la 35e parution du prolifique musicien depuis presque deux décennies. Étonnant disque, d’abord sur le plan vocal : lui qui casse volontiers sa voix sur des accords bruyants, le voilà interprète d’une certaine douceur, voir d’une mélancolie, en tous cas sur la première moitié de ce disque de chansons new wave aux guitares qui grafignent paresseusement au pas d’une batterie réglée comme une horloge.

« J’ai presque tout composé au synthétiseur », dit Mudie pour justifier la facture sonore de Cordoba. « Ensuite, c’est un peu le naturel qui est revenu au galop, avec les deux chansons vraiment punk de l’album. En écrivant le disque, je ne me posais pas la question du style que j’allais emprunter ; si j’avais une toune punk en tête, j’y allais. » Plus d’une trentaine de maquettes ont émergé de sa période d’écriture, réduites à onze chansons, sélectionnées avec l’aide du réalisateur Alex Ortiz, bassiste et chanteur du groupe We Are Wolves.

Sa conversion du punk vers la pop new wave est parfaitement réussie, simplement parce que, pour lui, pop ou punk, c’est du pareil au même. « Une chanson, c’est une chanson ; ce qui fait qu’elle paraît pop, c’est qu’on y retrouve une série de notes qui s’écoutent bien, une mélodie et un texte qui se chantent. La différence, c’est qu’avec The Sainte Catherines, elle était habillée façon “punk défonce”, et celles de Yesterday’s Ring en country-rock. En fin de compte, c’est la même affaire. »

Du reste, il convient que ses vieux fans de The Sainte Catherines « sont un peu fourrés » d’apprendre que le premier extrait de Cordoba, Livre d’or, a tourné sur CKOI et Énergie, et que le suivant, Sirène, pourrait même commencer à tourner chez Rouge FM. « Ils ne savent pas comment prendre ça ! lance en rigolant Mudie. Pour moi, ça n’a aucune importance. Enfin, je suis content : mon but, c’est que mes chansons soient entendues. Je suis fier de mes chansons. Ensuite, où ça joue, ça ne se choisit pas. Quant à ce que ça révèle de mon parcours, ben, pas grand-chose. Je pourrais décider demain d’écrire un album hardcore à la Bad Brains. Je fais ce que je veux. C’est aussi un peu l’objectif avec cet album, me donner toute la liberté, même celle de faire de la pop. J’aime brouiller les cartes, aller où on ne m’attend pas. »

Il aime déranger, agacer, taquiner aussi, reconnaîtront ses lecteurs. Devenu chroniqueur « gonzo » chez Urbania et Vice, il prend un malin plaisir à confier ses anecdotes de tournées et à révéler les dessous de l’industrie de la musique, sourire en coin. « Bon, mes chroniques, je ne les trouve pas provocantes, tempère-t-il. J’aime écrire. Quand j’écris, je m’imagine faire rire mes amis. Je fais ça un peu pour rire en général de ceux qui se prennent au sérieux : les musiciens professionnels, les journalistes, les punks… Moi-même, je suis chanteur, je vois le ridicule de ça, le faux vedettariat. À mon sens, c’est plus le fun de se moquer de nous et des autres qui se prennent au sérieux que de viser des cibles faciles, mettons Mario Pelchat… »

Mudie va donc clore une année riche en musique, avec ce premier album solo et la réussite du festival qu’il dirige, le Pouzza Fest, par un concert extérieur de Noël demain soir, à 20 h 30, à la place Émilie-Gamelin.

« On est en train de faire un montage des meilleurs moments du film National Lampoon’s Christmas Vacation que je veux projeter derrière pendant le concert, s’emballe Mudie. Le meilleur film de Noël — je l’ai déjà écouté trois fois cette saison… »

Mudie à Noël dans le parc, place Émilie-Gamelin, samedi, 20 h 30, gratuit