2017 à l’enseigne du parti pris en jazz

L’album «Dakota Mab» d’Henry Texier symbolise la modernité et l’esprit d’aventure.
Photo: LMD Productions L’album «Dakota Mab» d’Henry Texier symbolise la modernité et l’esprit d’aventure.

Dans les jours qui précèdent la naissance du « p’tit » Jésus, il est de coutume de dresser des listes. Celles des premiers de classe, des « plus meilleurs » comme disait l’autre. Toujours est-il que, pour ce qui est du jazz, strictement du jazz et non des folklores scandinaves ou semi-orientaux, cet exercice est devenu éminemment compliqué-complexe. Pas autant que la masse monétaire de la Fed, mais presque.

Soyons un instant méthodologique, donc ennuyeux. Tout un chacun a constaté que les nouvelles technologies ont bouleversé les réseaux de distribution. Dans l’univers du jazz, le bouleversement a été beaucoup plus prononcé qu’ailleurs. La cause ? La baisse tendancielle du taux de profit, soit le bénéfice net.

À côté des géants du secteur, Amazon et consorts, divers réseaux ont émergé. De ces derniers, on a retenu Arkiv Jazz (arkivjazz.com), le meilleur du groupe, The Jazz Depot (jazzdepot.com) de New York, Delmark Records (delmark.com) de Chicago, pour les renvois que ces animateurs font à d’autres points de chute, et le montréalais Cheap Thrills (cheapthrills.ca). Voilà pour l’essentiel.

Mis à part les réseaux, les technologies ont favorisé une diminution des coûts afférents à la production. Dans le jazz, comme d’ailleurs dans ce qu’on appelle l’americana, on assiste à la montée en puissance des autoproductions. Dernier exemple et non des moindres, l’immense pianiste Marc Copland est « sorti » de l’étiquette allemande Pirouet, pour mieux fonder la sienne, InnerVoiceJazz, et avoir ainsi une meilleure maîtrise de la chaîne.

Passons aux chiffres. Pour avoir une photographie chiffrée des ventes de tel disque, le producteur ou le distributeur ou l’artiste doit s’abonner, donc payer, à une compagnie qui s’appelle Soundscan — une filiale du conglomérat Nielsen —, qui se vante de mesurer toutes les habitudes des consommateurs.

Dans cet aspect du dossier, il y a un vice, car pour avoir une idée exacte des ventes de l’album de tel artiste, il faut que celui-ci ou son agent communique semaine après semaine toutes les ventes réalisées dans le cadre de ses spectacles. Et alors ? Bien des jazzmen ne sont pas inscrits à Soundscan à cause d’un coût à l’abonnement jugé trop élevé, bien d’autres ne communiquent pas le nombre exact de disques vendus, échappant ainsi à… l’impôt !

Cela précisé, des productions publiées cette année, on a retenu, dans le désordre, les suivantes.
 

Some Other Time sur ResonanceRecords, Bill Evans. Enregistré le 20 janvier 1968 en Allemagne, ce double album est vraiment une nouveauté, car il n’avait jamais été publié. Il s’agit surtout du seul enregistrement de poids d’Evans avec Eddie Gomez à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie. En deux mots, c’est du Evans tout ce qu’il y a de classique.
 

Four in One sur Smoke Sessions Records, The Heads of State. Ils ne sont ni Tunisiens, ni Norvégiens, ni Hongrois. Ils ont un double défaut : ils sont Noirs et Américains. Non seulement ça, ils jouent du… jazz ! Quelle horreur ! Ils s’appellent Gary Bartz, Larry Willis, David Williams et Al Foster. Ils sont géants.
 

Dakota Mab sur Intuition Records, Henri Texier. Enregistré en public en Allemagne, cet hommage aux Premières Nations en général et à Elvin Jones en particulier a ceci d’exemplaire : il symbolise la modernité et l’esprit d’aventure. Le contrebassiste Texier est accompagné de Sébastien Texier aux saxophones et aux clarinettes, de François Corneloup au baryton et de Louis Moutin à la batterie.
 

Horizon Ahead sur High Note, Benny Golson. Réalisé en compagnie de musiciens « costauds », soit Mike LeDonne au piano, Buster Williams à la contrebasse et Carl Allen à la batterie, cet album du saxophoniste ténor Golson est LA définition de notre époque du disque de jazz… classique ! Un régal de bout en bout.
 

Dreamsville sur Cellar Live, Cory Weeds The Jeff Hamilton Trio. Cet album du saxophoniste de Vancouver Cory Weeds, « fabriqué » avec le batteur Jeff Hamilton, le pianiste Tamir Hendelman et du contrebassiste Christoph Luty, résume tout ce que l’on a décliné plus haut. L’étiquette Cellar Live a été fondée par Weeds, qui est aussi le distributeur de ses productions. Son catalogue se conjugue avec l’excellence. C’est be-bop en diable.
 

The Purity of The Turf sur Criss-Cross, Ethan Iverson. Pianiste d’une subtilité sans pareille et encyclopédiste du jazz, Iverson livre ici un album qui confirme, si besoin était, qu’il est un des poids lourds du jazz d’aujourd’hui. À noter que cette production a été menée avec le contrebassiste Ron Carter et le batteur Nasheet Waits.