Cinq coffrets de musique anglophone à écouter pour l’éternité

Les Beatles en 1965
Photo: Agence France-Presse Les Beatles en 1965

Oui, je sais, il y a le coffret de la période « chrétienne » de Bob Dylan (Trouble No More) et celui des 50 ans de l’album Their Satanic Majesties Request, des Stones, et même un accordéon qui contient tous les albums de Weird Al Yankovic (Squeeze Box), mais bon, je ne les ai pas eus en main. Voici ceux qui me sont parvenus, et qui ne ressortiront qu’avec moi les pieds devant.

Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, 50th Anniversary Super Deluxe Edition
The Beatles (Apple, Calderstone, Universal)
Un chef-d’oeuvre, magnifié. Giles Martin, le fils du regretté Sir George, a fait l’inimaginable : partir des pistes d’origine — empilées à l’époque, faute d’espace au mixage — et permettre au paysage sonore de s’épanouir, sans rien trahir. Redécouvrir ce que l’on connaît par coeur : sensation inouïe. La batterie, la basse, présentes comme jamais auparavant ! Ajoutez à cette félicité des disques remplis de pistes de travail (100 minutes jamais entendues !), le fascinant mixage mono de 1967, un Blu-Ray/DVD avec des clips et un documentaire, ainsi qu’un véritable livre. Giles l’a dit parfaitement dans Le Devoir : « Je pourrais aussi comparer notre travail — pardonnez le peu d’humilité — à la restauration de la chapelle Sixtine : sous les couches de vernis, les couleurs étaient extraordinaires. »

A Boy From Tupelo
Elvis Presley (Follow that dream)
Est-il besoin de vous raconter ce qui s’est passé, le soir du lundi 5 juillet 1954, dans le petit studio de Sam Phillips à Memphis ? L’irruption, l’éruption Elvis ? La fusion entre le gospel, le country’n’western, le rhythm’n’blues et le boogie ? Eh bien, ce coffret nous fait vivre ça, et nous donne tout, tout, tout ce qu’on a pu trouver de l’Elvis des débuts, entre 1953 et 1955 : pas moins de 85 titres, performances pour la radio, spectacles, prises supplémentaires, versions définitives. Exceptionnelle restauration, livre débordant de documents jamais vus, ce sont les Tables de la Loi que l’on achète ici.

Live At Pompeii
David Gilmour (Columbia Records)
Ça nous est arrivé en même temps que la tournée Us + Them de Roger Waters au Centre Bell : le coffret des fa-bu-leux concerts donnés par David Gilmour dans l’amphithéâtre antique de Pompéi, là où les quatre gars de Pink Floyd, pour une équipe française de télé et les statufiés de l’éternité, jouèrent en 1972 le meilleur de leur matériel le plus planant. Rogers a été formidable, mais rien ne bat ce décor, cette guitare, cette voix, cette ambiance hors du monde. Matériel solo, raretés du groupe, essentielles, tout transporte et soulève. Encore une fois, c’est la « Deluxe Edition » qu’il faut, avec les disques, le film de l’événement tournée en 4K, l’affiche, les livrets. L’expérience totale.

Archives
Neil Young

Ça ne s’achète pas en magasin, il n’y a pas de bébelles pour grossir le prix, mais c’est le plus gigantesque coffret au monde. Servi sur un plateau. Neil a rendu disponible sur un site exemplaire l’intégrale de ses archives sonores, en plus d’une quantité phénoménale de documents. De ses tout premiers groupes jusqu’à aujourd’hui, on a les démos, des tas de spectacles, et tous les enregistrements officiels en très, très haute définition. J’ai envie de vous dire : faites votre propre coffret. Et partez en auto, et perdez-vous.



Flowers in the Dirt
Paul McCartney (mpl, Capitol, Universal)
Il y a un livre de 112 pages pour raconter l’histoire, les manuscrits reproduits, un catalogue d’exposition des photos de Linda McCartney, un DVD farci d’archives et de clips, et il y a bien sûr l’album dans toute sa gloire. Mais l’essentiel, la vraie récompense, ce sont les deux disques de démos et pistes de travail enregistrés en 1988 par Paul avec Elvis Costello, au moment où c’était le projet d’un véritable disque en duo. Sous forme inachevée, c’est ce qu’on obtient enfin. Dommage que Paul ait reculé, jugeant trop « radicale » la possibilité d’un « McCartney-Costello Show », alors qu’il préparait son grand retour sur scène. Splendide consolation.