Le Bach tendre et clément de Bernard Labadie

Le chef d’orchestre Bernard Labadie avec les Violons du Roy en 2016
Photo: Marc Giguère Le chef d’orchestre Bernard Labadie avec les Violons du Roy en 2016

Pour son concert Cantates de Bach pour Noël, présenté en collaboration avec la Fondation Arte Musica dans le cadre de l’intégrale des cantates de Bach qui s’étend sur huit saisons, Bernard Labadie avait choisi deux cantates pour la nouvelle année (BWV 16 et 190), une cantate pour l’Épiphanie et la fameuse cantate pour le jour de Noël « Christen, ätzet diesen Tag », BWV 63. La Maison symphonique de Montréal était très bien remplie pour l’occasion.

Le programme n’avait rien de spectaculaire en lui-même. Mais là n’était pas le propos. Ce n’est pas parce que la Maison symphonique ouvrait ses portes que Bernard Labadie s’est mis à détourner les cantates de Bach de leur objet en faisant chanter Alberich et Erda en solistes, en demandant aux sopranos de clamer en plastronnant le cantus firmus du choeur d’ouverture de la Cantate BWV 16 ou en s’épanchant sur les points d’orgue des chorals.

Non, le chef québécois a fait de la Maison symphonique un temple géant. Un temple dans lequel se déployait une parole. Dans ce concept spirituel et musical, Detlef Roth n’est pas une « voix ». Il peut l’être, évidemment, mais il apparaît, ici, avant tout comme un narrateur presque aussi fabuleux que Julian Prégardien en évangéliste dans les Passions. Un air, comme le duo de la Cantate BWV 190, si doux et humain, n’est pas un air, mais une parole édifiante chantée avec douceur et humanité en symbiose par un ténor et un baryton parfaitement assortis.

Tout le concert aboutit au choral de la Cantate BWV 63 et notamment une phrase : « Höchster, schau in Gnaden an diese Glut gebückter Seelen » (Très-Haut, considère, avec clémence, cette ardeur des âmes qui s’inclinent vers toi). Au sein de cette phrase, le mot « Gnaden » (clémence) règne et repend douceur et lumière sur les croyants. Le chef et les chanteurs font irradier ces paroles avec des nuances et des couleurs merveilleuses. Cette tendresse irrigue le concert : l’inflexion « Mein Jesu » de Detlef Roth (BWV 65), ou l’invocation par le choeur des « bienfaits et de la fidélité de Dieu » (BWV 16).

Le bonheur, le triomphe de la lumière, par exemple pour « Déjouer les hypocrites ici et en tout lieu » (BWV 190), est incarné par les trompettes. Les spectateurs qui ont assisté à la fois à la Messe en si de Vaclav Luks lors du Festival Bach et au concert de dimanche comprendront certainement désormais, à l’appui de l’éclat de la trompette de Benjamin Raymond, l’idée sonore que j’attache à la symbolique solaire de la trompette dans l’oeuvre de Bach. Par contre, je ne peux cacher qu’en matière de timbres il me manquait un peu la raucité des cors naturels dans la Cantate BWV 65.

Admirable prestation de tous (hautbois !) et mention spéciale à la soprano Sheila Dietrich, sortie du choeur, qui a chanté comme une vraie excellente soliste son duo de la Cantate BWV 63.

Cantates de Bach pour Noël

Jean-Sébastien Bach : Cantates Singet dem Herrn ein neues Lied, BWV 190 ; Herr Gott, dich loben wir, BWV 16 ; Sie werden aus Saba alle kommen, BWV 65 ; Christen, ätzet diesen Tag, BWV 63. Paula Murrihy, mezzo-soprano, Thomas Hobbs, ténor, Detlef Roth, baryton, La Chapelle de Québec, Les Violons du Roy, Bernard Labadie. Maison symphonique de Montréal, dimanche 17 décembre 2017.