Lisa LeBlanc (et Whitehorse) au Corona: dans les dents, un vrai détartrage

Ce samedi soir, Lisa LeBlanc est venue mettre le trouble.
Photo: Caroline Perron Ce samedi soir, Lisa LeBlanc est venue mettre le trouble.

Dernier spectacle de la tournée, première montréalaise. Son premier « show complet » en ville depuis « deux ans et demi ». Pas exactement montréalocentriste, Lisa LeBlanc. Pas barrée à quarante non plus : ça démarre dans le tapis. Le riff très Lindsay Buckingham qui lance City Slickers et Country Boys ne laisse rien au hasard. Lisa est sérieusement d’attaque ce samedi soir au Corona : ses musiciens et elle finissent la chanson à genoux. La frappe est pesante pour Could You Wait 'Til I’ve Had My Coffee : Lisa a-t-elle été aussi hard-rock ? J’suis pas un cowboy dégaine que c’en est épeurant. Une salve d’entrée aussi drue, ça fait plus que place nette : ça détartre.

Même les acoustiques ont le combo guitare-banjo puissamment appuyé. Le niveau d’énergie déployée se rit des instruments de mesure. Lisa, toute seule pour l’introduction d’Eh cher, You’ve Overstayed Your Welcome, fait tout un bon bruit. Quand les gars qui l’accompagnent s’en mêlent, c’est tout juste si ça gagne en intensité. C’est quasiment métal pour Ti-gars : ça va être cette sorte de spectacle. Exutoire, défoulement tout le temps : un long long rappel formidable.

Les moments tendres deviennent répits nécessaires, pour souffler : Kraft Dinner, chantée par tout le monde avec elle, caresse entre deux grandes claques. (Self-Proclaimed) Voodoo Woman plonge résolument dans les marais du sud des États : le son est glorieusement sale, et Lisa hurle. Et ensuite ? L’intensité monte d’une couple d’étages (et le volume aussi, tonitruant) pour I Love You, I Don’t Love You, I Really Don’t Know. Le duo Whitehorse, qui officiait en première partie (voir plus bas), vient grossir encore la proposition.

Je ne me souviens pas avoir vu Lisa LeBlanc plus survoltée que ce soir. Bluegrass métal ? Oui, ça se peut. Elle peut tout ce qu’elle veut, l’Acadienne. You Look Like Trouble (But I Guess I Do Too). C’est le moins que l’on puisse dire. C’est seulement ça qu’on peut encore dire, en vérité. Ce samedi soir, Lisa LeBlanc est venue mettre le trouble. Ça pourrait finir en bagarre, comme dans un grand saloon. Ace Of Spades, de Motorhead, avec ça ? Une bombe. Je pense que je vais ranger le iPad avant que ça ne revole de partout. « C’est mad, je capote ! », résume Lisa. On appelle ça de la joie. De la joie dangereuse.

Pour Whitehorse, toutes les occasions sont bonnes

En première partie, on retrouvait les tourtereaux de Whitehorse, Luke Doucet et Melissa McClelland, moins d’un mois après leur show en tête d’affiche au Petit Campus. Récidive qui force l’admiration : quand on vient de triompher au Massey Hall, la princière salle de spectacles de Toronto, réchauffer les fans de Lisa LeBlanc n’est pas précisément une promotion. Qu’à cela ne tienne : le tandem rempilait au Corona pour se gagner des indéfectibles, et toutes les occasions sont bonnes.

Et ça n’a pas tardé. Après Baby What’s Wrong — la fabuleuse première chanson de l’album Leave No Bridge Unburned — ambiance surf-espionnage-western au superlatif ! —, c’était gagné. La chère Lisa était déjà conquise, elle, en les présentant : « Pour opener pour nous autres, on a vraiment un first-class act… » Ça oui. Whitehorse pourrait précéder sur scène le Rock’n’roll Hall Of Fame au grand complet, Neil Young inclus, c’est dire la félicité de notre championne de Rosaireville et de ses fans.

La formule à trois, Melissa-Luke avec un batteur d’appoint, alliait le meilleur de leurs mondes : un son de groupe (un peu comme la dernière fois, claviers en moins), et le caractère farouchement auto-suffisant du couple. Avec la belle guitare White Falcon de Luke très à l’avant-plan. Et les harmonies les plus entrelacées de la planète roots-rock. Vivement la re-revoyure, tiens. Encore et encore. Jusqu’à ce qu’ils obtiennent leur propre MTelus rempli. Belle petite ovation après leur trop courte performance au Corona : un autre bout du chemin défriché.