Golson le doux et Coltrane l’acharné

Benny Golson a publié cette année, soit celle du 50e anniversaire de la mort de Coltrane, un album intitulé «Horizon Ahead».
Photo: Bennygolson.com Benny Golson a publié cette année, soit celle du 50e anniversaire de la mort de Coltrane, un album intitulé «Horizon Ahead».

Les saxophonistes John Coltrane et Benny Golson furent de très grands amis des années 1940 à la mort du premier, le 17 juillet 1967. Le second, qui est toujours de ce monde, ne s’en est pas encore remis. Leur histoire fait penser à celle, célèbre, de Montaigne et de La Boétie. Oui, oui, oui… C’est sérieux, eux aussi auraient pu dire : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »


Dans le documentaire Chasing Trane réalisé par John Scheinfeld, qui vient tout juste de sortir, le gentleman Golson, car il est vraiment un gentleman, raconte leur rencontre à Philadelphie au milieu des années 1940, alors qu’ils étaient adolescents, et leur passion pour Charlie Parker en général et pour le be-bop en particulier.

Photo: Associated Press On apprend dans le documentaire «Chasing Trane» que son obsession pour la musique était tellement envahissante que Coltrane travaillait continuellement.


Il détaille, avec une sensibilité si constante qu’il en est touchant, les bons moments passés ensemble, ceux qui se conjuguèrent avec l’adversité, et bien évidemment l’obsession très profonde de Coltrane pour la musique. Ce film a d’ailleurs pour principale qualité ceci : la mise en relief de la passion dévorante de Coltrane pour son art. De tous les grands musiciens de sa génération — Mingus, Monk, Davis et Rollins —, Coltrane fut à cet égard, la passion, le plus fanatique.

À travers les témoignages de Sonny Rollins, Carlos Santana, Bill Clinton, le philosophe Cornell West, l’ex-batteur des extraordinaires Doors John Densmore, Jimmy Heath et plusieurs autres, Scheinfeld confirme que cette obsession était tellement envahissante que Coltrane travaillait continuellement. Avec d’autant plus d’acharnement qu’il voulait fondre l’amour spirituel du monde, l’amour religieux du monde, dans sa musique. En d’autres termes, notre homme était également dévoré par l’ambition. La noble, il va sans dire. Bref, ce documentaire vaut vraiment le détour même si sa structure est très convenue.

Par un de ces hasards dont l’histoire a le secret, Golson a publié cette année, soit celle du 50e anniversaire de la mort de Coltrane, un album intitulé Horizon Ahead sur l’étiquette High Note. On doit confesser que ce CD est sorti il y a plusieurs mois, mais on était passé à côté jusqu’à ce qu’on réalise récemment qu’il est un incontournable. Un sommet. On s’explique.

Avant toute chose, il faut préciser que ce disque a été réalisé avec des musiciens réputés : Mike LeDonne au piano, Carl Allen à la batterie et l’immense Buster Williams à la contrebasse. Ensuite ? C’est tout simple, Golson appartient à la catégorie des champions mi-lourds du jazz. Lui qui fut l’auteur des morceaux les plus célèbres des Jazz Messengers, soit Along Comme Betty et Whisper Not, et aussi le cofondateur avec Art Farmer d’une des grandes formations des années 1950 et 1960, soit le Jazztet, vient de signer un album à inscrire dans la liste restreinte de ceux qui ne révolutionnent rien, qui ne font pas de tapage, mais qui distillent du bonheur de la première à la dernière note.

C’est tout simple (bis), cet Horizon Ahead est l’égal de Bitting the Applepar Dexter Gordon, d’If I’m Luckypar Zoot Sims, de Yeah ! par Charlie Rouse, de Café Montmartre par Stan Getz, de Workout par Hank Mobley et d’Aunt Louise par David Murray et Steve Grossman with Michel Petrucciani. Autrement dit, cet Horizon Ahead du doux Benny Golson est d’ores et déjà intemporel.

  

ECM vient de mettre son catalogue à la disposition des abonnés d’Apple Music, d’Amazon, de Spotify, de Weezer, de Tidal et de Qobuz, soit les principaux acteurs de la spoliation quasi totale des droits d’auteurs.

  

Le pianiste Chick Corea et le batteur Steve Gadd ont reçu un doctorathonoris causa de la fameuse Eastman School of Music fondée, c’est à retenir, il y a maintenant des décennies de cela.

  

Après notre sortie contre le prix que l’on demande ici pour l’acquisition des numéros invendus en territoire européen de Jazz Magazine, un lecteur averti nous a signalé que la revue en question est disponible sur le site de la Grande Bibliothèque.

  

Au sommaire du numéro courant de JazzTimes, des entrevues avec les batteurs Antonio Sanchez et Louis Hayes, les 100 ans de Buddy Rich, plus les rubriques habituelles.


Ben Riley, c’est tout ça !

Zut ! L’immense Ben Riley est mort à New York. Il avait 84 ans. Riley, c’était bien évidemment le batteur favori de Thelonious Monk, qu’il a accompagné pendant une décennie. Riley, c’est aussi le musicien qui a eu l’intelligence de rendre hommage à Monk en remplaçant le piano par la… guitare ! Riley, c’est aussi le batteur des deux derniers albums de Chet Baker. Et c’est celui qui a accompagné Dexter Gordon, Stan Getz, Johnny Griffin, Hank Jones… bref, les sommités du jazz. Riley, enfin, c’est également celui qui fut le cofondateur du meilleur quartet des années 1980 : Sphere, avec Charlie Rouse au ténor, Buster Williams à la contrebasse et Kenny Barron au piano. Snif, snif.