Hambourg a fait d’une salle de concert l’emblème d’une cité

Le concept de l’Elbphilharmonie était clair dès l’origine: une alliance de la brique rouge et d’une structure superposée à la fois aérienne et aquatique.
Photo: John MacDougall Agence France-Presse Le concept de l’Elbphilharmonie était clair dès l’origine: une alliance de la brique rouge et d’une structure superposée à la fois aérienne et aquatique.

Moins d’un an après son inauguration, en janvier 2017, l’Orchestre Métropolitain jouera ce soir à l’Elbphilharmonie, l’un des bâtiments iconiques du XXIe siècle.

Contrairement à Montréal, qui a littéralement caché sa salle dans un décor urbain d’un banal anonymat, Hambourg a choisi de faire de sa nouvelle salle de concert son emblème architectural, comme Sidney, en 1973, avec son opéra.

Le moins que l’on puisse dire est que l’Elbphilharmonie se remarque. Tout d’abord parce que l’aventure pharaonique a fait couler beaucoup d’encre. Un projet de réaménagement de la pointe ouest de la cité portuaire a été conçu dès 2001. Il s’agissait de réaffecter un entrepôt des années 1960 laissé à l’abandon. La première pierre d’un bâtiment qui devait coûter 350 millions de dollars a été posée en 2007. La nouvelle salle devait être inaugurée en 2010. Elle le sera en 2017, et la facture aura alors largement dépassé le milliard !

Ville riche, Hambourg veut tourner cette page-là et promouvoir son vaisseau qui doit attirer les projecteurs. Comme le disait Michel Audiard : « Le prix s’oublie, la qualité reste ! »

Le concept était clair dès l’origine : une alliance de la brique rouge et d’une structure superposée à la fois aérienne et aquatique. Au lieu de détruire le vieux bâtiment, il s’agissait de s’en servir comme d’un socle pour le nouveau.

 

Bien plus qu’une salle

La Philharmonie de l’Elbe a déjà son surnom, « Elphi », que lui ont donné les habitants de la ville de Brahms, qui se cherchait désespérément un bâtiment pour la représenter vraiment.

La place stratégique occupée par le Kaispeicher, cet ancien entrepôt de thé, de café et de sucre, donne à Elphi une visibilité unique dans le port de la ville hanséatique.

Les vagues de la structure en verre culminent à 110 mètres. Les architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron, concepteurs du « nid d’oiseau » du grand stade des JO de Pékin, de la Tate Modern à Londres, chargés désormais de l’extension de la Neue Nationalgalerie de Berlin, ne peuvent pas ne pas avoir pensé au trésor pictural de la ville : La mer de glace de Caspar David Friedrich, joyau de la collection de la Kunsthalle de Hambourg, la seconde ville d’Allemagne.

La Philharmonie de l’Elbe, aimant d’un quartier dynamisé, la « Hafen City », est bien plus qu’une salle de concert. Il y a vingt ans, la zone était à l’abandon avec ses entrepôts, hangars et quais en ruine. Autour de l’Elphi, Hafen City au complet couvrira 155 hectares de bureaux, appartements, commerces et espaces publics qui devraient accueillir près de 14 000 habitants et créer plus de 40 000 emplois. Hafen City est l’un des plus grands projets de développement urbain en Europe.

En lui-même, le complexe de l’Elphi inclut un hôtel de 250 chambres et 45 appartements de luxe. Parmi ses emblèmes, l’escalier mécanique le plus haut du monde, 82 mètres, qui mène au coeur du bâtiment, la plaza de 50 000 pieds carrés. C’est l’endroit où l’on passe de la brique au verre et où, à 37 mètres au-dessus de l’Elbe, on voit à la fois la ville et le port. C’est tellement couru que désormais on y vend l’accès 3 $.

Une salle aussi

Elphi va-t-elle suffire à attirer les croisiéristes à Hambourg ? C’est certainement le pari d’une ville qui multiplie les constructions d’hôtels. Mais la cité du commerce veut rappeler qu’elle est aussi une cité de culture. Rapprochement intéressant : quand on jette un oeil à la programmation du Concertgebouw d’Amsterdam et de l’Elbphilharmonie : 129 ans ont beau séparer les deux écrins, le contenu artistique est presque le même.

La salle dans laquelle va jouer l’Orchestre Métropolitain ce vendredi soir a une configuration en terrasses de vignoble, comme la Philharmonie de Berlin. Elle compte 2150 places, comme à Rotterdam. L’orchestre résident, anciennement Orchestre symphonique de la NDR, dirigé par Thomas Hengelbrock, a pris désormais le nom NDR Elbphilharmonie Orchester. Kent Nagano y dirige les concerts symphoniques de son orchestre de l’Opéra de Hambourg.

L’exubérance foisonnante règne aussi à l’intérieur, avec plus de 10 000 panneaux acoustiques, tous différents, constitués de fibres de gypse et de papier recyclé, une matière poreuse et alvéolée. L’idée est de l’acousticien japonais Yasuhisa Toyota, le principal concurrent d’Artec, la société qui a oeuvré à Montréal. Aux côtés de cette grande salle, Elphi dispose d’une salle de musique de chambre de 550 places et d’un studio de 170 sièges.

La réussite architecturale et urbanistique est assurément fascinante. Nous avons hâte de l’entendre ce soir. Il faudra sans doute domestiquer un peu la bête déchaînée à Amsterdam !

Christophe Huss est l’invité de l’Orchestre Métropolitain lors de sa tournée européenne.

L’Elbphilharmonie en chiffres

10 ans de construction

1,2 milliard de dollars (plus de 800 millions d’euros) : le coût total du projet

120 000 m2 (1,3 million de pieds carrés) pour la surface du bâtiment

200 000 tonnes, soit plus de 25 fois le poids de la tour Eiffel

10 000 panneaux acoustiques de formes et de tailles différentes
3 commentaires
  • Michèle Dorais - Abonnée 1 décembre 2017 10 h 08

    Une semaine enlevée dans Le Devoir grâce à Christophe Huss

    Merci pour tous les articles qui me réjouissent chaque matin en vous lisant sur la tournée de l'OM en Europe. Vraiment une belle série de journalisme culturel.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 1 décembre 2017 15 h 43

      100 % d'accord.

  • Jacques Leclerc - Abonné 1 décembre 2017 21 h 47

    Merci M. Huss !

    Oui, c'est formidable tous ces commentaires, critiques et considérations si intéressants .