De la musique pop, rap, indie et rock avant toute chose

Philippe Papineau Collaboration spéciale
Charlotte Cardin lors du Festival international de jazz de Montréal de 2017
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Charlotte Cardin lors du Festival international de jazz de Montréal de 2017

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Vous voilà chez votre disquaire préféré — indépendant, oserait-on vous proposer — devant l’abondance. Devant mille étiquettes, différentes langues, différents formats. C’est la crise du disque, oui. Il se vend moins de disques, mais on ne peut pas dire qu’il s’en produise vraiment moins. Osons un peu de débroussaillage semi-objectif pour vous guider dans votre sélection de cadeaux pour l’être cher.

Parce qu’il faut le répéter, le disque en cadeau, c’est franchement sympa, pratique et en plus vecteur d’émotions. Ça peut même devenir contagieux, avec un peu de chance. Numérique, CD ou vinyle, le choix du format vous appartient, ou appartient à l’être cher. Parlant de cher, il peut y avoir une variation notable entre les prix dans différents magasins, alors faites quelques recherches en ligne, sinon gardez vos factures.

Photo: Michaël Monnier Le Devoir Klô Pelgag

Plongeons avec Klô Pelgag, nommée Révélation au Gala de l’ADISQ 2016, puis Auteur ou compositeur de l’année il y a quelques semaines. Son deuxième disque, L’étoile thoracique est riche en mélodies, rempli d’audaces accessibles, et porté par des cordes qui réussissent à bercer et à créer de la tension. Parfait pour les esprits libres et les oreilles curieuses. À l’autre bout du spectre, le jeune Émile Bilodeau séduit beaucoup d’amateurs de Bernard Adamus et de Jean Leloup avec son approche folk toute simple et des textes ancrés dans une réalité terre à terre, propre aux vingtenaires allumés.

Pour un folk plus poussé et poétique, il est dur de se tromper avec Philippe B et son dernier disque La grande nuit vidéo, ou alors avec les plus récentes explorations du groupe Avec pas d’casque sur son disque Effets spéciaux. Envie de chansons plus simples et faussement naïves ? Optez pour le duo Saratoga, tout en harmonies vocales et en instruments de bois qui vibrent, avec un petit côté sombre dans les textes. Le disque s’intitule Fleur et s’offre avec ou sans bouquet, ça dépend de votre budget.

Relançons cette liste de cadeaux musicaux infinie avec Pierre Lapointe, qui a lancé cette année La science du coeur, un disque court mais poignant, intense, vibrant, avec une touche classique à la française mais avec une approche moderne. En plus, l’imagerie du disque est franchement agréable, digne d’un musée d’art contemporain. Un autre Québécois ayant une approche un peu frenchy est Peter Peter, qui lui a enregistré son troisième disque Noir éden en France. C’est onirique, empreint de solitude, et ses sonorités androgynes sont très plongées dans les années 1980 et donnent beaucoup de corps à son univers éclectique.

Photo: Francis Vachon Le Devoir Émile Bilodeau

2017 a aussi été une belle année pour nombre de rapeurs québécois, qui ont souvent pris le pari du disque solo en dehors de leurs groupes respectifs. Comme KNLO, du groupe Alaclair Ensemble — dont le disque Les frères cueilleurs vaut amplement le détour —, qui a livré son premier disque intitulé Long jeu. C’est éclaté dans les genres, mais comporte de grande qualité, et l’album gagne aussi au fil des écoutes. Deux autres des membres d’Alaclair, Eman et Vlooper, ont aussi lancé leur deuxième disque commun, La joie, qui n’a pas la force instantanée de leur premier effort, mais qui vieillit comme un bon vin. Le groupe Loud Lary Ajust a aussi vu ses deux MC lancer des disques. Lary Kidd a offert un disque intense, ancré dans plusieurs enjeux forts du moment, alors que son collègue Loud joue une carte plus calme, mais hautement efficace. Il a lancé un EP fort bien reçu, et plus récemment un disque complet, Une année record, où le thème du succès est récurrent.

Femmes fortes

Une série de créatrices de talent ont livré de gros albums dans les derniers mois, comme Charlotte Gainsbourg avec son cinquième effort, Rest, disponible depuis très peu de temps. Mara Tremblay a aussi lancé il y a quelques semaines Cassiopée, enregistré en famille et fort bien reçu par la critique.

Dans un son plus électro pop, difficile de passer à côté de la populaire Charlotte Cardin, à la voix envoûtante, et tant qu’à y être, découvrez La Bronze, auteure-compositrice-interprète d’ici qui sait manier les mots et les ambiances rythmées.

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir KNLO

Autre grande dame de la musique d’ici, Lhasa de Sela sera à l’honneur en cette fin d’année alors que son étiquette de disque lance un disque posthume, enregistré devant public lors d’un festival en Islande en 2009. On y entend une dernière, sinon la dernière présence sur scène de la chanteuse à la voix si prenante. Dans la même veine, Ariane Moffatt a aussi livré un album live cette année, Le petit spectacle à La Chapelle, enregistré en duo avec le guitariste Joseph Marchand. Voilà peut-être un ajout de choix à la discographie de celui ou celle qui suit depuis longtemps l’auteure de Combustion lente.

Autre disque un peu hors-norme : l’hommage à Richard Desjardins, qui compte toutes sortes d’approches de son répertoire par toutes sortes de chanteurs québécois. Koriass étonne, Philippe B fait toujours du beau, Keith Kouna joue sur ses cordes les plus sensibles, Fred Fortin joue au remodeleur étoile… Sinon, toujours dans le disque différent, il y a bien cette bête à cinq têtes, 5 X 15, qui s’arrime en partie au spectacle Montréal symphonique, livré cet été. L’album sert cinq longues pièces de 15 minutes composées par Alex McMahon, Champion, Marc Pérusse, Éloi Painchaud et James Di Salvio.

En rafale pour la fin ? Pour des disques à fleur de peau, tentez les derniers efforts de Jason Bajada et Dany Placard. Fans de la musique à la radio CHOM ? Le jeune Aliocha, qui y joue souvent, a lancé un disque bien fait, où les fans de Dylan retrouveront quelques références. Toujours chez les Anglos de Montréal, le dernier des Barr Brothers, Queens of the Breakers, mérite une oreille plus qu’attentive, tout comme les excellents disques de Timber Timbre — sombre mais beau —, Leif Vollebekk — un folk touchant — et Geoffroy — de la pop-indie de haute voltige.