Lâcher de fauves au Concertgebouw d’Amsterdam

Yannick Nézet-Séguin est parvenu à faire garder l’influx à ses musiciens dans une «Mer» nourrie de mille détails.
Photo: François Goupil Yannick Nézet-Séguin est parvenu à faire garder l’influx à ses musiciens dans une «Mer» nourrie de mille détails.

Le sol tremble sous nos pieds au balcon du Concertgebouw d’Amsterdam sur les premiers accords d’Exil intérieur d’Éric Champagne. C’est dans l’une des salles mythiques du monde que l’Orchestre Métropolitain donne le troisième concert de sa tournée européenne, et en quelques secondes on sait que quelque chose de très spécial va se passer.

« Quel orchestre ! Quelle harmonie ! Quelle écoute ! C’était incroyable. » À l’issue de la soirée, Rob Overman, fondateur de la chaîne de télévision Brava et directeur de la chaîne Classica, fonce sur moi pour exprimer sa stupéfaction. Ancien directeur artistique du Philharmonique de Rotterdam sous Valéry Gergiev, on peut dire que Rob Overman a le sens des valeurs. Il a vu des centaines de soirées au Concertgebouw, où sont désormais filmés 80 concerts par an, qu’il diffuse pour la plupart… « La manière dont l’orchestre s’est adapté à l’acoustique est stupéfiante », ajoute M. Overman, qui a aussi vu beaucoup d’orchestres invités moins à l’aise dans ce temple de la musique.

Un mythe réel

L’acoustique du Concertgebouw n’est pas un mythe. Ce qu’elle apporte, c’est de la chair autour de l’os : un son d’une rondeur et d’un charme inouïs et un mélange parfait des sonorités sur scène. C’est ô combien gratifiant pour l’auditeur, tant dans les pianissimos que dans les volumes sonores les plus élevés.

Photo: Concertgebouw / Christophe Huss Le Devoir Le Concertgebouw en 1888 à son inauguration. Le bâtiment qui était hors de la cité, alors, était carrément entouré de marécages et il fallait 20 minutes depuis des limites de la ville pour s'y rendre.

À Amsterdam, le Métropolitain jouait un programme totalement différent du concert de Dortmund dont nous avons rendu compte lundi. Exil intérieur, pièce riche en décibels, en contrastes et en subtilités, a été, dans ce cadre sonore, un véritable déchaînement, une catharsis. Des musiciens ? Non, des fauves lâchés sur scène, à l’image des percussions.

Et puis est venu Alexandre Tharaud. Le pianiste a possiblement donné mercredi soir le Concerto pour la main gauche de Ravel de sa vie. Dans ce cadre, sur un piano idéalement réglé, le son fut gigantesque, mais la conduite, au clavier comme à l’orchestre, partout claire et raffinée. Dès les dernières notes du Ravel, le public était debout. Encore une fois. On rappelle qu’en Europe, c’est rare…

Le secret le mieux gardé ?

L’état de grâce a perduré après la pause. Stéphane Tétreault, nullement intimidé par l’enjeu, s’est montré, au contraire, aussi transcendé que les musiciens, multipliant les nuances infinitésimales et les sons gorgés de sève. Je n’ai jamais fait mystère que la vision très mélancolique et contemplative, littéralement sculptée, du violoncelliste québécois n’est pas la mienne dans ce concerto, mais elle est originale et totalement assumée.

Yannick Nézet-Séguin est parvenu à faire garder l’influx à ses musiciens dans une Mer nourrie de mille détails, mais surtout d’une immense écoute mutuelle et d’une culture sonore française véritable, par exemple chez les cuivres, un grandiose pupitre de trompettes, mené par un Stéphane Beaulac lumineux, avec, dans le 2e mouvement, des sons et des nuances qu’on aimerait vraiment entendre ailleurs…

Triomphe, encore. Salle debout. Rappel magique (Nimrod des Variations Enigma). Tout cela dépassait les espérances. Désormais, cela dépasse l’entendement. Yannick Nézet-Séguin était fier de partager avec les journalistes, à l’issue du concert, que le Métropolitain était désormais qualifié par les plus hautes instances musicales d’Amsterdam de « secret le mieux gardé du Canada ».

Plus pour longtemps !

Christophe Huss est l’invité de l’Orchestre Métropolitain lors de sa tournée européenne.

Tournée européenne de l’Orchestre Métropolitain

Concert 3. Éric Champagne : Exil intérieur. Ravel : Concerto pour la main gauche. Elgar : Concerto pour violoncelle. Debussy : La mer. Alexandre Tharaud (piano), Stéphane Tétreault (violoncelle), Yannick Nézet-Séguin (direction). Concertgebouw, Amsterdam, mercredi 29 novembre 2017.

1 commentaire
  • Michel Dion - Abonné 30 novembre 2017 00 h 14

    L’OM en direct

    Ceux qui voudraient voir en direct le dernier concert de la tournée européenne de l’Orchestre Métropolitain à la Philharmonie de Paris ce dimanche 3 décembre à 16 h 30, heure de Paris, n’auront qu’à aller sur le site de la Philharmonie à l’adresse internet qui suit :

    https://live.philharmoniedeparis.fr/concert/1072563/l-orchestre-metropolitain-de-montreal-dirige-par-yannick-nezet.html

    Il va sans dire que pour nous, le concert commencera à 10 h 30, heure normale de l’Est. Pour ceux qui l’auront raté, les diffusions des concerts de la Philharmonie de Paris restent accessibles pendant 6 mois. C’est gratuit.

    Quant aux abonnés de Mezzo.tv, ils pourront aussi voir le concert du 2 décembre, mais cela a déjà été abondamment annoncé dans les médias.