L’année des «Frères cueilleurs» au GAMIQ

Le groupe Alaclair Ensemble est reparti avec cinq prix Lucien.
Photo: Jerry PIgeon Le groupe Alaclair Ensemble est reparti avec cinq prix Lucien.

Chronique d’un triomphe annoncé. Hier soir au Café Campus, où se déroulait le 12e Gala alternatif de la musique indépendante du Québec (GAMIQ), Alaclair Ensemble a été appelé sur scène à cinq reprises pour recevoir une distinction, dont l’important trophée de l’Artiste de l’année, remis au terme d’une longue cérémonie durant laquelle vingt-neuf autres prix ont été décernés. Avec deux prix Lucien chacun, le groupe rock Chocolat et l’auteure-compositrice-interprète Lydia Képinski auraient aussi eu à se réjouir, mais l’annonce de la fermeture du Divan Orange au printemps prochain est venue mettre de l’ombre sur les visages.

On n’avait pas encore remis de prix que la nouvelle est tombée, de la bouche même des gestionnaires de la salle de spectacle du boulevard Saint-Laurent, invités à présenter le Lucien du Microalbum hip-hop de l’année : après treize ans, le Divan Orange, l’un des plus importants diffuseurs de nouveaux talents musicaux de la scène musicale montréalaise, cessera ses activités au printemps 2018.

« Si nous acceptons une part du blâme dans la gestion de nos activités, reste que l’instabilité d’une programmation culturelle à l’année, en plus de la hausse du loyer et des taxes, les relations de voisinage parfois difficiles, mais aussi et surtout l’absence de soutien au fonctionnement venant des institutions publiques pour assurer notre pérennité, nous obligent à fermer le Divan Orange pour de bon », peut-on lire dans la lettre publiée sur les réseaux sociaux puis lue dimanche soir devant un parterre médusé. Presque tous les musiciens réunis au Café Campus hier ont un jour foulé les planches du Divan. C’était le berceau des musiciens de l’émergence, l’un des endroits où ils ont fait leurs premiers pas.

La scène indépendante, malgré tout, a célébré le travail accompli cette dernière année. Domination presque totale du collectif hip-hop Alaclair Ensemble, qui a donc récolté cinq des six prix pour lesquels il était en lice. Aux rappeurs les Lucien de la Chanson de l’année et du Vidéoclip de l’année pour l’extrait Ça que c’tait, le prix de l’Album hip-hop de l’année pour Les frères cueilleurs, et celui de l’Artiste de l’année. Le cinquième, celui du Spectacle de l’année, ils l’ont partagé avec leurs confrères Koriass et Brown de la tournée L’osstidtour ; le spectacle était aussi en nomination dans la même catégorie au gala de l’ADISQ, fin octobre dernier.

Chocolat et Lydia Képinski récompensés

Et comme à l’ADISQ, Chocolat n’est pas rentré bredouille : Félix de l’Album rock de l’année grâce à Looloo remporté au Premier Gala, idem du côté du Gala alternatif de la musique indépendante du Québec. Les rockers ont également été auréolés du Lucien de la Pochette de l’année, signée Jonathan Robert.

Quid de Klô Pelgag, reine du récent gala de l’ADISQ ? C’est dans le règlement de la cérémonie destinée à braquer les projecteurs sur l’indépendance musicale : sont exclus tous les artistes ayant eu une chanson dans les 30 premières positions du palmarès général francophone ou anglophone, ainsi que ceux ayant reçu une nomination dans les catégories individuelles du gala de l’ADISQ, comme celui de l’interprète féminine de l’année. Klô disqualifiée, toute la place revenait à Lydia Képinski, dont l’univers musical évolue pour ainsi dire en banlieue de celui de Pelgag. La douée, qui remportait en mai dernier le concours les Francouvertes, repart avec les Lucien du Microalbum pop de l’année (pour l’album éponyme Lydia Képinski) et, surtout, le pleinement mérité Lucien de la Révélation de l’année.

Côté hip-hop, le Lucien du microalbum de l’année a été remis aux Dead Obies pour Air Max. Noir Éden a valu à Peter Peter le prix de l’Album pop de l’année, After the Glow celui du Microalbum rock de l’année à Jesse MacCormack. Leif Vollebekk a remporté l’Album folk de l’année pour Twin Solitude (le prix du microalbum est revenu à Helena Deland pour Drawing Room) alors qu’Antoine Corriveau repartait avec le Lucien de l’Album indie rock.

Cette année, l’ADISQ avait biffé sa catégorie Album électronique de l’année parce qu’elle n’était pas parvenue à en recenser assez pour justifier que l’on coule une statuette de plus. Aux GAMIQ, on a remis l’Album de l’année électro à Suuns pour Hold/Still, et celui du Microalbum électro à Dear Criminals pour Seven songs for Nelly. Il y avait cinq candidats différents pour chacune de ces deux catégories, et ils ne sont que la pointe de l’iceberg de la riche scène électronique québécoise. De même, des Lucien furent décernés dans les catégories Punk, Metal, World, Post-rock/post-punk, Folk-bluegrass et Jazz – la liste des gagnants est longue, nous vous invitons à la consulter. C’est plein de bons artistes à découvrir.