Heureuse découverte lyrique dans la bonne humeur

Comme pour la renaissance Rameau en France, la danse contemporaine s’invite dans l’opéra baroque.
Photo: Catherine Aboumrad Comme pour la renaissance Rameau en France, la danse contemporaine s’invite dans l’opéra baroque.

« Un pétard ? Oui, mais Justin… » C’est une des blagues qui émaillent désormais les intermèdes théâtraux de cette pastorale lyrique Nicandro e Fileno de Paolo Lorenzani, créée à Versailles devant Louis XIV il y a 336 ans et qui prenait la poussière des bibliothèques depuis.

Marie-Nathalie Lacoursière et Francis Colpron, en réunissant Le Nouvel Opéra et Les Boréades, ont eu raison de replacer la partie théâtrale dans l’ère contemporaine pour lui donner un punch décontracté canadien et québécois, avec une mention spéciale pour le délirant 2e intermède, celui de la Cabane métaphorique façon Petite vie avec sa « Chanson de la nourrice au p’tit cul à sa nounou ».

Le public s’amuse aussi de voir à quel point les artistes eux-mêmes ont eu un bonheur délirant à se faire plaisir. Le théâtre n’est d’ailleurs pas le seul élément de contemporanéité. Comme pour la renaissance Rameau en France, la danse contemporaine s’invite dans l’opéra baroque.

Une consistance surprenante

L’équipe réunie par Colpron et Lacoursière est formidable : tout le monde est acteur et musicien, le plus brillant étant Francis Colpron lui-même. On le voit sur scène incarnant le Duc de Nevers dans les intermèdes, puis quelques secondes plus tard dans la fosse animant l’orchestre et dirigeant les chanteurs.

Ceux-ci, excellents, conviennent à ce répertoire et sont bien appariés, tant Nils Brown et Jean-Marc Salzmann dans les rôles des deux barbons que Suzie LeBlanc et Pascale Beaudin jouant leurs filles. Le chant de Philippe Gagné et Dominique Côté manque parfois un peu de rondeur et de finition, mais au disque, il n’y paraîtra rien.

Un mot final sur l’oeuvre, qui a largement surpassé nos attentes. Les pastorales sont en général des niaiseries insipides et peu consistantes sur des histoires de bergers et de bergères. Nicandro et Fileno est de la belle musique de plus haut niveau, avec des airs notables, qui ne méritait absolument pas un oubli de plus de trois siècles. L’équipe instrumentale menée par Francis Colpron et le premier violon d’Olivier Brault l’ont fait vivre intensément.

On a hâte de la rejuger en disque et, même, de la revoir sur scène.

Nicandro e Fileno

Opéra pastoral de Paolo Lorenzani (1681). Nils Brown (Nicandro), Jean-Marc Salzmann (Fileno), Suzie LeBlanc (Filli), Pascale Beaudin (Clori), Philippe Gagné (Lido), Dominique Côté (Eurillo). Stéphanie Brochard (danse, Cupidon), Marie-Nathalie Lacoursière (la muse). Les Boréades, direction Francis Colpron. Mise en scène : Marie-Nathalie Lacoursière. Monument-National, jeudi 23 novembre.