Art Pepper était le meilleur. Point.

Monty Budwig, Shelly Manne, Bill Watrous, Pete Jolly, Art Pepper et Bob Cooper
Photo: Omnivore Monty Budwig, Shelly Manne, Bill Watrous, Pete Jolly, Art Pepper et Bob Cooper

Au cours des dernières années de sa vie, Arthur Edward Pepper, dit Art, a fait ce qu’Edward Kennedy Ellington, dit Duke, avait fait avec fébrilité et constance au cours des siennes : enregistrer encore et toujours. Enregistrer jusqu’au dernier jour et mettre à l’abri les bandes non publiées. Dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, soit Pepper évidemment, ces faits d’armes ont été confectionnés de sa sortie de prison au début des années 1970 jusqu’à ce que le sommeil sans les rêves l’emporte le 15 juin 1982. Il avait 56 ans.

Depuis peu, l’étiquette Omnivore nous propose une série de six albums mis en boîte à la fin des années 1970, début 1980. Dans la grande majorité des cas, ces productions sont inédites. En fait, pour nous elles le sont toutes pour cause d’obligation contractuelle : à l’époque, le saxophoniste était lié au groupe Fantasy propriétaire de Galaxy, soit l’étiquette pour laquelle Pepper a signé tous ses disques après sa sortie du redouté pénitencier de San Quentin. Seulement deux des disques proposés aujourd’hui avaient été distribués du vivant de Pepper au Japon. Bref, en Amérique du Nord, nous n’avions jamais vu l’ombre de ces albums qui se détaillent en magasin à 23 $ sans les taxes. Bien, passons à l’explication essentielle.

Dans les années 1950, Pepper avait passé plus de deux années derrière les barreaux pour possession d’héroïne. Les années 1960 ? Il les a passées presque toutes en dedans. À San Quentin, il a retrouvé le saxophoniste Frank Morgan, le trompettiste Dupree Bolton, le batteur Frank Butler, un pianiste et un contrebassiste dont on a oublié les noms. Bref, ils avaient formé un quintet. Le « boss » du coin leur fournissait leurs doses à condition qu’ils jouent une fois par semaine live.

 


On aura deviné que Pepper et ses amis ont joué, joué, joué. Ils ont cherché, expérimenté, travaillé quotidiennement, mais n’ont jamais été, on s’en doute, enregistrés. D’où la fébrilité évoquée plus haut à sa libération. Il faut savoir que c’est en prison qu’il a pris de la hauteur, si l’on peut dire les choses ainsi, en gommant les clichés du jazz West Coast dont il fut le grand manitou dans les années 1950 avec Gerry Mulligan, Shelly Manne, Shorty Rogers, Jimmy Giuffre, Chet Baker et deux ou trois autres. C’est en prison qu’il est devenu obsédé par l’oeuvre de John Coltrane. Il a voulu faire l’alchimie entre la légèreté, le lyrisme West Coast ainsi que l’intensité et la profondeur de Coltrane. Et il y est parvenu. Fait unique dans les annales du jazz.

Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter en tout ou en partie la série d’Omnivore qui se décline ainsi : un double album avec le saxophoniste Sonny Stitt, un avec le trompettiste Jack Sheldon, un avec le pianiste Pete Jolly, un avec le saxophoniste alto Lee Konitz, un avec le tromboniste Bill Watrous et le dernier avec Shelly Manne. Des deux albums dont on a fait l’acquisition, soit celui avec le trompettiste Sheldon et celui avec Shelly Manne, on peut vous dire que c’est suave et extrêmement séduisant de bout en bout, Pepper et ses complices, qui jouaient alors beaucoup plus pour le cinéma, étant en totale maîtrise de leur art.

Dans la foulée des disques publiés après son retour, les grands critiques de l’époque avaient estimé que Pepper était le plus grand altiste vivant. En fait, les albums d’Omnivore confirment qu’il fut et reste le plus grand de l’histoire avec Johnny Hodges et Charlie Parker. Point.