The Mavericks à L'Astral: enfin exaucés, enfin la fiesta rock'n'roll!

The Mavericks en 2015
Photo: Rick Diamond Getty Images / Agence France-Presse The Mavericks en 2015

Ça, c’est rare : ni tables ni chaises à L’Astral. Tout le monde debout pour les Mavericks. Pleine capacité : 600 personnes. Eh ! C’est pour ainsi dire le tout premier spectacle en salle montréalaise du groupe de Miami. Le premier en tête d’affiche. Il était à peu près temps, presque trois décennies après le premier album déjà formidable du formidable groupe, paru en 1991. À cette époque, c’est à Ottawa, à Toronto qu’on allait voir la bande rock’n’country latino et son fabuleux chanteur, Raul Malo. Finalement, à l’été 2016, le Festival international de jazz de Montréal a offert aux Mavericks une scène extérieure, et des tas de gens qui ne connaissaient pas du tout le groupe ont été ravis. Assez pour les réinviter. Et faire salle comble : les fans de la première heure, les aficionados d’americana, plus les conquis de 2016, ça aurait justifié un Métropolis. Ça donne L’Astral avec des airs de Spectrum.

Mesurons notre chance : qui, aux USA, peut voir les Mavericks dans un club ? Disons que c’est une récompense pour avoir attendu si longtemps. Rien que la première partie, assurée par la chanteuse Whitney Rose, a quelque chose de rarissime chez nous : imaginez une nièce de Loretta Lynn ou Tammy Wynette, mais qui viendrait de l’Île-du-Prince-Édouard. « Pretty much all the songs are about infidelity », précise-t-elle. Ça vient avec le territoire, la contrée country l’exige. La guitare Fender totalement twangy ne nuit pas non plus : l’orthodoxie, parfois, c’est exactement ce qu’on veut. Bonus non négligeable : une reprise relevée du succès de Jeannie C. Riley, l’imparable Harper Valley PTA. Pour l’amateur du genre (moi et 599 autres), c’est inespéré. Encore moins attendue, encore plus impressionnante : You Don’t Own Me, l’hymne pré-féministe des années 1960, que popularisa Lesley Gore (et Michèle Richard chez nous : Je suis libre). Épatante et pertinente séance de réchauffement.

Le E Street Band du rock’n’roots latino

Ça ne démarre pas à plein régime : un mambo à moyen tempo, les Mavericks avancent comme la puissante machine à spectacle qu’ils sont, sans s’énerver. Mais sans répit non plus : la marche est inexorable. L’Astral suit le rythme, ça ondule des hanches au balcon autant qu’au parterre. Ça monte d’un cran avec un shuffle (I Think Of You) qui rebondit en souplesse, très cabaret cubain pré-Castro. La suite est presque ska. Back In Your Arms Again rebondit plus fort, l’amplitude augmente. Ça, c’est du crescendo coolissime. Les huit musiciens jouent pas fébriles, le geste est leste, ça balance. Et ça accélère peu à peu. La guitare du chanteur, Raul Malo, est accordée très basse, ça vibre dans le bas-ventre. Et ça accélère encore : l’accordéon tient la vedette, puis l’orgue, fromagé à souhait. Dance in The Moonlight est une joie qui se danse.

L’explosion s’en vient. On le sent. Cette salle va sauter comme un bouchon de champagne. Mais avant, Raul Malo rappelle que les fusillades meurtrières continuent aux USA — encore une ce dimanche, au Texas — et qu’il faut continuer d’en parler sur les réseaux sociaux « until somebody does fucking something about it ». Et il chante How Can You Mend A Broken Heart, l’immortelle des Bee Gees. Quelle voix, ce type ! Un Roy Orbison version armoire à glace. Ça prend au coeur. Oh ! What a Thrill également : cette montée jusqu’à la note qui tue, il n’y a pas de parade possible.

La grande salve sans fin

Et ça y est. La grande salve de rock’n’roll qui sauve la vie. Ride With Me, Be My Guest (de feu Fats Domino), ça ne dérougira plus jusqu’à l’hallali. Ce groupe est le E Street de Miami, avec un chanteur marchand de bonheur. En rappel, les Mavericks montent encore le niveau. Nouveau crescendo, à partir de La Sitiera, puissamment poussée en espagnol. Suit… devinez ! Harvest Moon, de Neil Young, magnifique et sensuelle, avec un solo de saxo à se liquéfier sur place. Pur délice. Et c’est All Night Long, et c’est à nouveau la fête, et ça pourrait bien durer toute la nuit. Le chachacha se transforme en hymne à l’amour : Aquarius (Let The Sunshine In).

Et pour la fin à rallonge, on obtient toutes sortes de choses. Un succès première époque des Mavericks : Dance The Night Away. Et encore du rock’n’country, reprise d’une fameuse de Merle Haggard : The Bottle Let Me Down. Et You Never Can Tell d’un autre grand regretté : Chuck Berry. Fats et Chuck réunis : fallait les Mavericks pour ça. Et Les enfants du Pirée en supplément gratuit ? Eh oui. Faut voir les gens chanter en souriant : ce fabuleux groupe rend heureux. Et ce n’est pas encore fini. Trois chansons plus tard, ça déménage encore : il faudra All You Ever Do Is Bring Me Down pour accepter que ça se termine. Oserais-le dire ? À contrecoeur. Oui, on aurait pris encore sept-huit succès des années 1990. Eh ! À trop attendre, on devient insatiables. Mais gageons que les Mavericks seront de retour dans pas si longtemps. Ils ont compris, cette fois.