La Bronze, maître ès tension sur son nouvel opus

La Bronze présentera son nouvel opus «Les corps infinis» lors d’un spectacle dans le cadre du Coup de cœur francophone lundi soir.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La Bronze présentera son nouvel opus «Les corps infinis» lors d’un spectacle dans le cadre du Coup de cœur francophone lundi soir.

Pensez à un bon vieux ressort. Quand on l’écrase, il se tend, accumule le stress, se crispe. Quand on le lâche, il se libère, s’éclate, explose dans le ciel. La chanteuse La Bronze aime bien ce principe en musique, et elle en a fait une des lignes maîtresses de son deuxième disque complet, intitulé Les corps infinis, paru vendredi et qu’elle défendra sur scène ce soir au Coup de coeur francophone.

La Bronze, de son vrai nom Nadia Essadiqi, a déjà quelques années de musique pop et électro dans le corps, mais a vu son parcours recevoir un sérieux coup d’accélérateur quand sa reprise en arabe de Formidable, de Stromae, a reçu une réponse quasi virale sur YouTube au début de 2016. À ce jour, la vidéo a obtenu 2,3 millions de visionnements, et a ouvert plusieurs portes à La Bronze, dont plusieurs plateaux de télévision européens.

Selon l’auteure-compositrice-interprète, dont la touche se trouverait quelque part à la croisée des musiques de Klô Pelgag, de Fanny Bloom et de Laurence Nerbonne, ce tourbillon n’a pas vraiment eu d’impact sur la création des Corps infinis, un disque plus achevé que son premier. « J’étais dans un mood de liberté et de joie de créer », dit-elle.

Terrain de jeu

Le disque, en partie enregistré à Los Angeles à la maison de la SOCAN, s’est révélé un terrain de jeu pour La Bronze — aussi comédienne — et son réalisateur, Clément Leduc, qui avait aussi fait son EP Rois de nous. « On s’est laissé une totale liberté. C’est sûr qu’on est attirés par l’électro, mais en même temps, c’est de la pop que je fais, alors c’est sûr que ça allait être pop. Mais on a vraiment laissé ça ouvert. On a donc du cor français, je voulais un choeur d’enfants, il y a un solo de drum un peu étrange… Ma mère chante même sur l’introduction d’une chanson en arabe, un chant traditionnel marocain. »

Le cor français, arrangé par Mathieu Pelletier-Gagnon, n’est pas anodin ici, car il joue un rôle clé dans l’ambiance de ce disque. « Je trouve que c’est un instrument qui a une sonorité extrêmement épique, il a quelque chose de très glorieux, dit La Bronze. Et c’est ce que je recherche souvent quand je compose de la musique. Clément et moi, souvent on se dit qu’il faut avoir des sections ou des suites d’accords qui nous donnent le goût de vivre et de mourir en même temps. C’est notre petite phrase entre nous. Il y a de la tension juxtaposée à de la détente. J’aime ça, les contrastes. »

Sincérité

Les corps infinis se révèle effectivement comme un navire très efficace, plus raffiné et épuré que le premier disque de La Bronze. « Je pense qu’on a davantage ciblé là où on voulait aller, de façon chirurgicale. » Et où voulait-elle aller en fait ? « Je savais que tu me demanderais ça ! On voulait aller vers une grande sincérité, je pense. Il n’y a rien qu’on a laissé au hasard. Des fois, on cherchait un son pendant trois heures. On voulait que ça sonne exactement comme ce qui allait faire vibrer notre coeur de la façon la plus sincère possible. »

Dans l’écriture, celle qui adore le travail de l’auteur et comédienne Lena Dunham (Girls) jongle aussi avec l’idée des contrastes. On sent dans plusieurs titres un mal, une douleur, une blessure, mais qui n’est pas le sujet de la chanson. La musicienne finit souvent par insuffler dans ses histoires une bonne dose de lumière — un mot clé dans son approche d’écriture.

« Même les chansons qui ont un propos plus dark, comme On danse par en dedans, c’est quand même important pour moi qu’on n’aille pas s’enliser dans un trou noir. Je veux voir les épreuves avec un regard plus doux, en les voyant surtout comme un trampoline vers quelque chose de beau et de grand. » Une certaine transcendance, quoi.

Ce lundi soir, La Bronze montera sur scène pour présenter son album, lors d’un spectacle donné dans le cadre du Coup de coeur francophone et qui compte son lot de mystère. La salle est inconnue. On donne un point de rencontre au public, qui sera transporté en navette jusqu’à bon port !

« On est allés dans un chalet pendant une semaine pour monter toutes ces tounes-là. C’est cool, car les cors vont être là. C’est Yann Perreau qui fait la mise en scène, et même ma mère va être là, elle va chanter. » Sinon ? Le reste sera à découvrir sur scène, nous lance La Bronze sourire en coin.

Les corps infinis

La Bronze, Kartel Musik