Les Charbonniers de l’enfer enracinés dans l’espace

Les Charbonniers de l'enfer lors du spectacle pour les 100 ans du «Devoir» au Metropolis en 2010
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les Charbonniers de l'enfer lors du spectacle pour les 100 ans du «Devoir» au Metropolis en 2010

Allez, au charbon ! C’est reparti pour de nouvelles aventures : revoilà nos Charbonniers de l’enfer, en quête du minerai de base, à partir duquel on fait les diamants. Il n’y a que ça, des diamants, dans la compilation 25 ans de grande noirceur, qui vient de sortir des entrailles de la Terre — par une extraordinaire coïncidence, la veille de ce samedi à L’Astral, premier spectacle de retrouvailles pour messieurs Michel Bordeleau, André Marchand, Michel Faubert, Jean-Claude Mirandette et Normand Miron.

Dame ! Seize titres sur combien ? Quand on a fouillé le répertoire a cappella comme ils l’ont fait, quand on a adapté à l’a cappella des chansons populaires comme ils l’ont fait, le choix est vaste. Sans compter les airs qui viennent encore s’ajouter, comme ils l’écrivent, façon Star Trek, à l’intérieur de la pochette, leur but demeure le même : « Rechercher de nouvelles formes de vie aux confins d’un univers formaté là où personne ne s’était aventuré. »

La machine à chanter bien huilée

Ça redémarre comme un train dont on viendrait de huiler les engrenages : les cinq voix s’allient si naturellement, on jurerait que la machine a roulé hier. Le patriarche André Marchand annonce sans cérémonie l’itinéraire : « Après une absence d’à peu près cinq ans et à l’aube de nos vingt-cinq ans d’existence, nous allons vous présenter un survol de notre voyage… » Les harmonies à cinq dans sonnent comme autant de cheminées de locomotive. Un convoi vocal !

J’avais un peu oublié la singularité des Charbonniers. Quelque part entre le chant traditionnel et les groupes impromptus des barbershops (avec un fond de polyphonies corses), ça ne ressemble à rien d’autre qu’aux Charbonniers. C’est à la fois le prolongement d’ancestrales manières et une véritable création collective. Pour reprendre l’analogie des séries de science-fiction, c’est de la chanson enracinée dans l’espace. Des turlutes intergalactiques. De la truculence en apesanteur. Des voix entrelacées dans le chronogyre (la machine à voyager dans le temps de la série Time Tunnel — Au coeur du temps).

Tout leur est possible, bien au-delà de la chanson à répondre (qu’ils mènent avec aplomb et joie, comme de raison) : il y a aussi les complaintes, ces morceaux tendres et doux, et même une « turlute méditative » en souvenir de Pierre Falardeau. Leurs ponctions dans le corpus moderne sont particulièrement saisissantes : il y a une saine colère dans Le vent nous portera, de Noir Désir.

Embarquez dans le train en marche : la tournée se poursuit à Châteauguay, passera par Dolbeau-Mistassini, Alma, Québec (entre autres arrêts), et se rendra jusqu’à Joliette à la fin de mars 2018. Il n’y a qu’à suivre les voies et les voix.

Le Devoir