Lady Gaga au Centre Bell: condamnée à la surenchère

La chanteuse Lady Gaga
Photo: Kevin Mazur / Getty Images / Agence France-Presse La chanteuse Lady Gaga

Les gens étaient déjà autour du Centre Bell en septembre quand le gazouillis de Lady Gaga, tristement, siffla forfait : pas en forme, fibromyalgie, pas en voix non plus, Stefani Joanne Angelina Germanotta se révélait humaine, très humaine. Le costume le plus extravagant, extraverti, extraterrestre, ne pouvait pas cacher l’essentiel : une chanteuse doit pouvoir chanter et bouger sans souffrir. D’une certaine manière, ça rassurait : on n’aurait pas droit à un festival d’auto-tune. La Lady l’avait prouvé auprès de Tony Bennett, la théâtralité de sa proposition n’est pas son plus grand attrait. Elle chante, fort et bien, plus Barbra Streisand que Katy Perry dans l’âme. Une vraie de vraie.

Nous la retrouvons donc ce vendredi soir de novembre au même Centre Bell, en sa double incarnation : la bibitte de scène et l’interprète. Un compte à rebours la précède, façon départ de fusée interplanétaire, façon Times Square le 31 décembre. Dix minutes, de la fébrilité à l’allégresse. Deux mois et dix minutes, en vérité : ça y est presque. Cinq minutes. Deux minutes. « Ga-ga ! Ga-ga ! », scande la foule. Une minute encore. Cris, cris, cris. Roulement de tambour. Ça y est.

La voilà. Une scène dans la scène la soulève. On voit surtout son chapeau de cow-girl constellé de brillants : c’est pour la chanson de départ, Diamond Heart. Du plus récent album, intitulé comme la tournée : Joanne. A-Yo, une autre du même album, est très country’n’roll. La Lady a le déhanchement elvissien.

Métamorphoses

« Bonjour, mes petits monstres », lance-t-elle affectueusement, en français. Puis s’excuse pour septembre. Et ça repart du départ, avec Poker Face, une chanson du premier album, The Fame. Et puis la chanteuse « disparaît » pendant Perfect Illusion. Précisons : c’est un spectacle en plusieurs métamorphoses.

Deuxième tableau : l’embrasement. Fausses et vraies flammes à la grandeur de la scène et du Centre Bell. Non, ce n’est pas si impressionnant. La chorégraphie non plus : très au point, mais pas plus inventive que la dernière fois au même endroit. Des projections « liquides » font plus d’effet. Mais pas tant. On sent Lady Gaga un peu prisonnière de sa surenchère.

Un clip, où Lady Gaga s’est affublée de cornes de rhinocéros, prépare la foule au prochain tableau, plus glam : Just Dance, LoveGame sont enchaînées. Trois immenses amibes, qui surplombent la patinoire, irradient : ça me rappelle un épisode de Star Trek : The Next Generation. Impression de déjà-vu. Du déjà-Gaga, quoi. Laquelle, à chaque fin de numéro, finit par enlever (ou se faire enlever) des parties de costume. On suppose que c’est symbolique, et que ce n’est pas le « Joanne Tour » pour rien. C’est la tournée de l’acceptation inconditionnelle de soi. Je m’appelle Joanne, je me dévoile plus que jamais (mais pas trop quand même), et vous ?

Le moment inclusif

Nouveau tableau. Des structures du plafond, les sortes d’amibes, se détachent et descendent des passerelles, qui vont permettre à Lady Gaga et à sa cohorte de danseurs-danseuses de passer de l’une à l’autre des petites scènes secondaires qui parsèment le parterre. C’est plus épatant, plus festif et coloré : on pense au Cirque du Soleil, tiens.

Une fois sur la scène la plus éloignée, Lady Gaga déploie un drapeau canadien, sur lequel est écrit « Every one has to love each other ». Ça fait aussi partie du cahier de charges : le discours inclusif. Elle nous accueille tous, comprend-on dans la chanson Come to Mama, de loin la plus soulful de son répertoire, avec The Edge of Glory, donnée piano-voix. Oui, elle chante remarquablement, plus Joanne que Lady Gaga dans ces moments de vérité. Le vrai dévoilement, c’est ça : une chanteuse qui s’accompagne en chantant. Tout simplement.

Tout ce qui suit sera de trop, forcément. Mais c’est ainsi : Lady Gaga est condamnée à la surenchère. Encore une chorégraphie. Encore les effets spéciaux. Pas le choix. On se met à rêver d’un spectacle complet piano-voix. Son public en voudrait-il ? Il ne faut pas sous-estimer les petits monstres.