Mara Tremblay présente «Cassiopée», un album avec ses deux fils, son ex et des «chums» de filles

Ce nouvel album, Mara Tremblay a voulu le faire sans concession, sans limites.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Ce nouvel album, Mara Tremblay a voulu le faire sans concession, sans limites.

« Ça t’en fait un de plus », dit-elle en ajoutant Cassiopée, le nouvel album, à ma petite pile. « Tu les apportes tout le temps… » Oui, à chaque entrevue, je ressors ma totale Mara, son intégrale en devenir. C’est ma façon de lui dire : j’étais là, je suis encore là. Nous calculons : c’est bien avant les albums à son nom que ça commence. C’était en 1989, j’étais au journal étudiant Continuum, elle était avec Les Maringouins à jouer au violon le répertoire de La Bolduc. Après il y a les Colocs, les Frères à ch’val. Encore et toujours Mara la violoniste. « Je voulais pas être chanteuse, moi, j’étais musicienne. »

Il a fallu la ferveur d’un Patrice Duchesne, et la volonté d’un Michel Bélanger, pour que ça se fasse. « C’est vraiment Audiogram qui a créé Mara Tremblay, la chanteuse. » C’est écrit en rouge sur blanc dans le livret : elle remercie « toute la boîte Audiogram » de lui « permettre de créer et faire des disques libres depuis bientôt vingt ans ». Contrat terminé après À la manière des anges, elle en a paraphé un nouveau. « J’ai vu c’était quoi, la vie sans Audiogram. Ça allait nulle part. C’est tellement clair : j’en ferais pas, de disques toute seule, je lancerais pas mon label : j’ai pas cette ambition-là. C’est avec eux autres que je deviens une bibitte à créer. Ils me donnent les sous et me disent : vas-y ! Et j’y vais. »

Tous les disques sur la table

Elle étale les sept disques sur la grande table où nous nous retrouvons, un peu à l’écart dans le chic bistrot adjacent à la salle Wilfrid-Pelletier. Dans son regard, qui va de pochette d’album en pochette d’album, on peut lire pas mal tout : les amours, les désamours, les mariages de musique, les hauts très hauts et les bas très bas de la bipolarité, l’équilibre enfin atteint. On voit naître et grandir ses deux gars, Victor et puis Édouard. « Les amours, ça fait de beaux enfants et de belles chansons », résume-t-elle.

Le nouvel album est d’abord la célébration de cette proximité : depuis trois ans, Victor Tremblay-Desrosiers tient la batterie dans les spectacles de Mara. « Il connaît mon beat, c’est incroyable. Moi étant sa mère, le premier rythme qu’il a entendu, c’est mon coeur. Et ça me touche profondément que sa vie, ce soit des rythmes. Il me comprend totalement. Au départ, le projet, c’est lui et moi. Après, on a greffé des gens. »

Dont François « Sunny » Duval qui, s’il n’est plus l’amoureux de Mara, n’est pas moins le complice attitré : le guitariste des Breastfeeders a l’approche garage-rock souhaitée. Et manie l’orgue Farfisa, la basse fuzzée, l’autoharpe. Sonorités estampillées 1966. « C’est débile à quel point jouer de la musique, c’est ce qu’on fait le mieux ensemble. Je voulais revenir à quelque chose de plus brut, et il était le gars parfait pour ça. »

Mara retrouve Mara

Il s’agissait pour Mara de se distinguer du précédent album, À la manière des anges, moins bien reçu par tout le monde… y compris elle. Quitte à s’éloigner d’Olivier Langevin, présent depuis Le chihuahua, au tout début de la carrière solo, en 1999. « Je pense qu’on était arrivé au bout de notre collaboration. Ça me ressemblait moins. Pour Cassiopée, j’ai voulu que tout soit comme moi. C’est ma réalisation, ma façon. »

Et sa façon, c’est de jouer en prise directe ce qu’elle a dans la tête. « Ça vient de ma formation classique. J’entends tout ce que ça va donner au moment de composer. Je compose arrangé. Même les choeurs, chaque partition. C’était déjà sur les démos, je faisais toutes les voix. La seule différence pour l’album, c’est que j’ai été chercher mes chums de filles [Frannie Holder, Catherine Durand, Sylvie Paquette, une demi-douzaine d’autres]. »

L’album en résultant est sans concession, sans limites. Imaginez la Mara la plus douce : elle l’est encore plus dans le premier couplet de Cette heure au lac Notre-Dame. Rappelez-vous la Mara la plus lâchée lousse, celle du Spaghetti à papa : elle est presque punk dans Carabine. Tout redevient possible pour la Mara de Cassiopée, et tout arrive : le plus jeune fiston, Édouard, a signé deux musiques. « C’est fou comment c’est arrivé. Édouard arrive de l’école, voit une guitare acoustique, la prend… et se met à jouer. Il n’avait jamais joué de guitare, et là il fait un picking que je fais, moi. Tu sais, le picking dans Les aurores ? Je capote ma vie. De même. Out of nowhere ! Victor, François, tout le monde pensait que c’était moi qui jouais. Ben non. Ça fait que j’ai mis une mélodie et des paroles sur ce qu’il jouait, et ça a donné Avec le soleil. »

Le regard de Mara brille. « C’est une des chansons que les gens aiment le plus… Et après, il m’est arrivé avec une chanson complète. Je pense que c’est un musicien dans l’âme, lui aussi. » On verra toute la smala, et l’ex itou, au lancement-spectacle à Coup de coeur francophone. « Ces jours-ci, le métier est tellement pas évident qu’on rate pas une occasion. On va faire le nouvel album au complet, et jouir de chaque instant. »Cassiopée aura sa version vinyle, et on parle d’un beau boîtier de 33-tours, comme celui de Pierre Lapointe. « C’est l’idée d’Audiogram : on verra bien. Moi, je suis déjà contente d’avoir encore pu enregistrer un disque… »

En spectacle-lancement à la Sala Rossa, le mardi 7 novembre à 18 h, dans le cadre de Coup de coeur francophone.

 

Mara Tremblay - Avec le soleil

Cassiopée

★★★★

Mara Tremblay, Audiogram/Sony

1 commentaire
  • Johanne Archambault - Abonnée 3 novembre 2017 13 h 39

    Pas de E

    Cassiopé, Noémi, Chantal, Rachel, Magali, Maud... et j'en passe. Je n'ai pas encore vu Ruthe (aïe, je ne devrais pas le dire, ça va donner l'idée à quelqu'un). Pas la faute du chroniqueur. Au moins, se demander s'il existe un masculin correspondant avant d'ajouter un "e". E n'est pas le signe absolu du féminin. Il existe des noms masculins qui finissent par "e". Et il y a, par ailleurs, des mots qui sont bons pour le masculin et le féminin, par exemple chef, issu de "caput", qui signifie tête en latin : nul besoin de cheffe!!!