Isabelle Ouimet, dans ses souliers à la programmation de Coup de coeur francophone

Guidée par sa passion pour la musique, Isabelle Ouimet a occupé tous les postes, fait tous les métiers au sein de cette industrie qu’elle connaît comme le creux de sa main.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Guidée par sa passion pour la musique, Isabelle Ouimet a occupé tous les postes, fait tous les métiers au sein de cette industrie qu’elle connaît comme le creux de sa main.

Après l’année anniversaire, celle du coup de barre. À sa 31e édition, l’équipe du festival Coup de coeur francophone accueille une nouvelle programmatrice dotée d’une riche feuille de route : Isabelle Ouimet, bassiste au sein du groupe rock Vulvets et fondatrice de la boîte de production La Royale Électrique. Une des rares femmes au Québec à la tête de la programmation d’un festival musical, mais surtout la seule musicienne à occuper ce poste. Conversation autour du rôle de défricheur du vénérable festival cofondé en 1986 par son directeur, Alain Chartrand.

Tout le milieu la connaît. Guidée par sa passion pour la musique, elle a occupé tous les postes, fait tous les métiers au sein de cette industrie qu’elle connaît comme sa main. « La programmation de festival, c’est quelque chose qui me tentait depuis longtemps, admet-elle. Là, je suis dans mes souliers. »

Elle hérite d’un festival en bonne santé, son prédécesseur au poste, Steve Marcoux, ayant réussi le virage artistique, « soit prouver que le “francophone” n’est pas un genre musical, précise Ouimet. Chez Spotify et Deezer, le francophone est une catégorie musicale, point final. Notre objectif est d’accorder une place à toutes les expressions de la musique francophone, tous les genres musicaux, autant l’expérimental que la chanson, le hip-hop, etc. C’est un mandat très éclectique qui est aussi celui d’une vitrine » pour les artistes et les multiples déclinaisons de la musique en français.

La première programmation portant sa signature passe le test alors que des artistes établis partagent l’affiche avec les jeunes pointures de l’underground. « Donner de la place à des artistes moins connus, autant les “émergents” que ceux qui s’assument dans la marge, qui n’ont pas nécessairement d’aspiration commerciale. »

C’est par les concerts « événementiels » uniques que Ouimet appose sa griffe sur sa première programmation. « Le concert de Canailles, par exemple, qui aura des airs de carnaval, avec pop-corn, barbe à papa, un habillage de scène et d’autres surprises. Le genre de spectacle qui ne se produira qu’une seule fois. » Le spectacle de Damien Robitaille virera en soirée disco-soul « avec un collectif de DJ un peu kitch, le plancher de danse et la boule disco ». Ouimet promet que le concert de La Bronze, qui se tiendra dans un endroit gardé secret, déstabilisera l’auditoire. « Ça va être complètement débile — on est allé loin avec ce show, si loin que je ne sais pas comment ce sera reçu. »

La programmation de festival, c’est quelque chose qui me tentait depuis longtemps. Là, je suis dans mes souliers.

 

Parole de musicienne

Ainsi, Isabelle Ouimet rejoint le club sélect des femmes oeuvrant dans la programmation artistique d’un festival. « On se connaît toutes ! » Caroline Johnson (ex-Spectra, Mile Ex End), Marilyne Lacombe (festival Distorsion), Marie-Laure Saidani (Piknic Électronik/Igloofest), Évelyne Côté (evenko), on en oublie. L’atout d’Isabelle Ouimet, cependant, est peut-être davantage dans sa vocation de musicienne, elle qu’on a vue dans l’orchestre de Buddy McNeil and the Magic Mirrors, puis au sein du quatuor psyché-rock Vulvets.

« C’est sûr que je suis au parfum d’une certaine scène musicale moins fréquentée du grand public. J’ai surtout un rapport différent avec les artistes. Une proximité. Ça me permet d’être plus audacieuse sur la formule du spectacle. Par exemple, je pense que si je n’avais pas aussi bien connu les gens de Canailles, mon idée de faire de leur concert un carnaval aurait sans doute été bizarrement reçue. Je connais leurs goûts, je sais ce dont ils ont envie, je me sens proche de leurs objectifs. »

Son oreille tendue vers la scène underground québécoise la rend surtout mieux informée sur le travail de ses consoeurs, bien représentées dans ce 31e Coup de coeur francophone : presque 40 % de l’affiche est composée de musiciennes et de groupes comptant une femme en ses rangs.

« Je le dis en toute candeur, je n’ai jamais cherché à programmer autant de femmes, nuance-t-elle. Je suis juste sensible à la musique faite par des femmes. J’en écoute, j’en aime, j’en programme. C’est culturel et c’est pour ça aussi que je suis plus partisane de la sensibilisation aux productions féminines, plutôt que de lever le poing pour dénoncer » le manque de représentation de femmes dans les événements musicaux au Québec.

« Si moi, comme programmatrice, je n’ai jamais eu le réflexe de laisser plus de place aux femmes, c’est d’une part parce que je suis informée de ce que ces musiciennes font et que j’aime leur travail. À mon sens, n’importe qui de moindrement allumé qui écoute de bonnes productions de groupes et d’artistes féminines ne peut pas y rester insensible. Je pense que c’est plus une question de sensibilisation, parce que des femmes qui font de la bonne musique, y en a beaucoup ! » ajoute-t-elle en soulignant le travail des Maude Audet et Saratoga, qui sont de la fête cette année.

« Et Halo Maud, un projet exceptionnel, le meilleur de la pop française, abonde Isabelle Ouimet. Puis Sandor, un band suisse qui chante en français — déjà, les trouver, c’est un défi. Or, un band suisse mené par une femme au talent incroyable, c’est encore plus difficile. On est tombé sur la perle rare. J’en suis fière, mais je ne me lance pas de fleurs, parce que c’est juste le reflet d’un bouillonnement actuel. Je pense que les femmes sont à l’avant-plan de la production musicale actuelle en ce moment. »

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 2 novembre 2017 16 h 06

    Une autre belle photo de M. Ruiz

    Bravo !