Nagano-Schubert: et voilà le travail!

En première partie après une ouverture «Manfred» de bon augure, fluide et ardente, Gidon Kremer a joué le «Concerto pour violon» de Schumann.
Photo: Angie Kremer Photography En première partie après une ouverture «Manfred» de bon augure, fluide et ardente, Gidon Kremer a joué le «Concerto pour violon» de Schumann.

La 9e Symphonie de Schubert est une oeuvre particulière dans le parcours de Kent Nagano puisqu’avec la Neuvième de Mahler ce fut l’une des deux partitions qu’il dirigea en tant que chef invité, en janvier 2003, avant sa nomination à Montréal.

Il n’avait repris ce monument du répertoire symphonique qu’en 2011 à la salle Wilfrid-Pelletier. La Maison symphonique de Montréal apporte énormément de choses en matière de perception des équilibres, d’impact des cors et des trombones (glorieux mercredi soir), de possibilités de raffinements dans la balance entre les bois et les cordes. Kent Nagano peut oser des nuances pianissimo aux cordes qui ne passaient pas à Wilfrid-Pelletier. Sa Neuvième gagne donc encore en subtilité, en accentuation et en dynamique, avec des tempos un peu plus allants dans chacun des mouvements.

Ceci posé, sur le fond, Kent Nagano n’a rien changé : même dispositif (bois par deux), même disposition, mêmes ralentis, mêmes équilibres et mêmes crescendo aux mêmes endroits. Son interprétation paraît totalement figée, alors que bien des chefs poursuivent toute leur vie des expérimentations dans cette symphonie, notamment dans la disposition de l’orchestre.

La Neuvième est pour Nagano ce que les Allemands appellent « Ein Paradestück », c’est-à-dire une partition dont il connaît tous les recoins et avec laquelle il éblouit les orchestres qu’il dirige. Contrairement au concert de la semaine passée, il a visiblement pu répéter autant que nécessaire cette symphonie, ou bien il avait apporté son propre matériau d’orchestre scrupuleusement annoté. Nous retrouvions donc le niveau d’excellence et de finition de la Turangalîla de Messiaen ou de la 8e de Mahler, cette qualité qui justifie de payer une place de concert, fut-ce pour subir une vingtaine de zozos insistant pour applaudir entre les mouvements envers et contre 1800 autres.

En première partie après une ouverture Manfred de bon augure, fluide et ardente, Gidon Kremer a joué le Concerto pour violon de Schumann. Kent Nagano est très fidèle à l’égard de ce grand monsieur de la musique, âgé désormais de 70 ans, même si je n’ai toujours pas compris ce qu’ils avaient vraiment à se dire sur le plan artistique.

L’art de Kremer aujourd’hui, en solo et en concerto, c’est l’art d’accommoder les restes : reste de son, reste de puissance, reste de virtuosité. Il l’a fait au mieux de ses possibilités dans le Concerto de Schumann en utilisant une approche diaphane. Peut-être, tout de même, faudrait-il que la raison guide Kremer à songer à se limiter à ses activités avec la Kremerata Baltica.

Le romantisme de Schubert et de Schumann

Schumann : Ouverture Manfred. Concerto pour violon et orchestre. Schubert : Symphonie n° 9, « La Grande ». Gidon Kremer (violon), Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique, mercredi 25 octobre. Reprise ce soir.

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 26 octobre 2017 13 h 26

    D'accord

    Pas expert pour deux sous mais d'accord, bon Manfred et bon Shubert, concerto de Shumann et Kremer sans relief.