Vincent Vallières à La Tulipe: la vie qui bat très fort

L'auteur-compositeur-interprète Vincent Vallières
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir L'auteur-compositeur-interprète Vincent Vallières

La première montréalaise du spectacle commence par les présentations. C’est qui, Vincent Vallières ? Il vient d’où ? Le gars de l’Estrie a désormais une chanson qui répond à toutes les questions d’identité et d’appartenance. Ça s’intitule À hauteur d’homme, c’est le cinquième titre du plus récent album, Le temps des vivants, et ça dit l’essentiel. « J’habite une ville/J’habite une vie/À hauteur d’homme/Pis ma blonde/J’suis ton chum/Ensemble on doit rien à personne ».

C’est bien, commencer par dire d’où l’on vient : après, on peut avancer, droit devant. « Malgré tout ce qui est difficile, il y a de belles choses qui se passent… », déclare le chanteur : c’est ce qu’on a besoin d’entendre. Pas un jovialiste, mais quelqu’un qui fait du bien, un type sans chiqué, un homme qui insuffle de la bonne énergie et une saine dose d’espoir. Du souffle, de l’élan, c’est tout ça, Vincent Vallières. Comme la dernière fois. Et la fois d’avant. Avec lui, comme avec un Richard Séguin ou un Springsteen, on vient se recharger l’âme et se remplir le coeur. Je me souviens encore d’un formidable show de lui à La Tulipe, et le retrouver au même endroit ce jeudi soir réconforte : dans la vie, il y a aussi de la continuité.

Force de frappe

C’est aussi une force de frappe, Vincent Vallières : son groupe fait corps avec lui. Dans la toute nouvelle Bad Luck autant que la plus familière Le monde tourne fort, c’est la même ferveur, le même geste. Andre Papanicolaou et ses guitares, Amélie Mandeville et sa basse, Marc-André Larocque et sa batterie, Vincent et ses guitares, sa voix, les harmonies à deux ou trois, constituent une sorte d’être vivant. Très vivant. Mais tout naturellement vivant, sans un gramme d’esbroufe. Sans jamais en mettre plein les oreilles juste pour en mettre plein les oreilles. On pense aux Hearbreakers du regretté Tom Petty, surtout dans la salve de fin de première partie (qui pourrait être une fin de show, tant ça rentre dedans) : Stone, Café Lézard, On danse comme des cons.

La deuxième partie permet de constater ceci : Vallières, si énergique soit-il, n’en est pas moins un vétéran. Il y a de la profondeur sur le banc, nombre d’albums dans lesquels puiser pour raconter une histoire qui est presque autant la nôtre que la sienne. Malgré sa fougue très juvénile et son rock sans âge, ce public le suit depuis longtemps, a vieilli avec lui, et affronté un peu beaucoup les mêmes vents et marées. Ça s’entend particulièrement dans Entre partout et nulle part (qui parle d’un choix fondamental de la vie : partir ou rester), ça parle à tous dans L’amour c’est pas pour les peureux (un texte pour les couples, en forme d’épreuve de réalité).

« On est tous une page du grand livre d’histoire », chante Vallières dans Avec toi : difficile d’être plus rassembleur. « Merci à la vie en général », lance-t-il après avoir nommé toute son équipe. Oui, son hymne national est entonné à pleins poumons au rappel : c’est vraiment ce qu’on a besoin d’entendre (et de chanter ensemble) ce soir à La Tulipe : « On va s’aimer encore. »