La chaîne Classica vient doubler la mise

Classica diffusera notamment, le 6 novembre, le concert inaugural du nouvel orgue symphonique de la Philharmonie de Paris.
Photo: Le Chau Cuong Classica diffusera notamment, le 6 novembre, le concert inaugural du nouvel orgue symphonique de la Philharmonie de Paris.

Avec l’arrivée sur le câble de la chaîne Stingray Classica, les amateurs, qui disposent déjà de Mezzo Live HD, peuvent consommer la musique à bouchées doubles.

C’est Vidéotron qui, le premier, a accueilli Stingray Classica dans son offre câblée. La chaîne est débrouillée à la position 722 (ou 122 pour le réglage standard). Mathieu Péloquin, vice-président principal du marketing et des communications de la société montréalaise Stingray, s’attend désormais à ce que les autres câblodistributeurs emboîtent le pas. Cogeco, Rogers et Telus semblent être les plus sensibilisés à la chose.

La concurrence n’est pas négligeable pour Mezzo Live HD, déjà implantée sur le marché, et pour la chaîne Internet en streaming Medici.tv, car Classica, une marque bien connue et implantée dans une cinquantaine de pays, s’appuie sur un fonds de catalogue sans équivalent.

Du classique dans un océan de musique

Après avoir repris les chaînes audio Galaxie, le Groupe Stingray Digital inc. dirigé par Éric Boyko, dont le siège social est à Montréal, a connu une croissance fulgurante par une politique d’acquisitions : « Trente-quatre en dix ans », nous précise Mathieu Péloquin. L’entreprise se définit aujourd’hui comme « le chef de file mondial des services musicaux multiplateformes et des expériences numériques destinés aux câblodistributeurs, aux établissements commerciaux, aux fournisseurs de services par contournement, aux opérateurs de télécommunications mobiles et plus encore ».

Quand on avait appris en janvier dernier que l’entreprise qui, à Montréal, s’occupait de diffuser de la musique country à la télé — vision, on en convient, très réductrice et largement dépassée ! — avait signé avec Unitel « une lettre d’intention exécutoire visant l’acquisition de la chaîne télévisée payante internationale Classica et d’un vaste catalogue de contenu », on se disait que les vapeurs d’alcool des lendemains de réveillon devaient brouiller les perspectives. Unitel, c’est en effet le monument du classique en vidéo depuis des décennies — Karajan, Bernstein, Böhm et toutes les légendes. Comment David pouvait-il manger Goliath, et pourquoi ?

Mettons les choses au clair : Stingray n’a pas « acheté » Unitel, mais a acquis d’Unitel la chaîne Classica, tractation assortie d’un accès privilégié au contenu du catalogue Unitel pendant 10 ans. C’est déjà assez gigantesque comme ça. Car Stingray avait déjà mis la main auparavant sur un concurrent de Classica, la chaîne Brava, créée et dirigée depuis Amsterdam par Rob Overman.

C’est ce même Rob Overman qui se trouve à la tête des deux chaînes, dont il pilote désormais la fusion, effective au début de l’année 2018. L’enseigne Classica, qui existe depuis 1996, plus parlante, dans toutes les langues et tous les pays, sera gardée.

La raison de ces acquisitions est très claire : la possession de contenu dans tous les genres de musique est capitale pour un chef de file de la distribution, et le classique est « une belle niche avec une clientèle fidèle », comme le définit Mathieu Péloquin.

International et local

Rob Overman, joint par Le Devoir à Amsterdam, va importer à Classica une philosophie qu’il infusait à sa chaîne Brava : une vocation de « chaîne internationale » en appelant « à un public large, du néophyte au connaisseur ». Ceci implique « une approche plus éditoriale, des documentaires, des explications de la part des solistes ou des chefs ».

Par rapport à Brava, « Classica a toujours eu un contenu luxueux, avec des archives ». « Nous voulons réunir le meilleur des deux mondes », affirme Rob Overman, dont l’équipe de sept personnes à Amsterdam est responsable désormais de l’offre classique de Stingray.

La clarification de l’offre passe par de précises récurrences. « Ce seront à la fois des thématiques mensuelles, pour donner une idée de festival » (Daniel Barenboïm, Gergiev-Prokofiev ou les 50 ans de l’Orchestre de Paris, en novembre), mais aussi des journées dédiées. « Il faut que le spectateur sache que le ballet c’est le jeudi, le grand opéra c’est le vendredi. Il faut créer de la clarté et des rendez-vous », juge Rob Overman. « Cela va d’ailleurs jusque dans ce que l’on diffuse en journée, où l’on peut présenter des sous-genres comme la guitare, l’orgue ou la musique de chambre », précise-t-il. Ce côté cousu main différenciera l’offre de Classica de celle de Mezzo.

À ceux qui objecteraient que Classica se reposerait trop sur son fonds de catalogue, Stingray promet « 50 premières exclusives par année ». Rob Overman renchérit : « Nous travaillons avec Unitel, Euroarts, mais aussi avec 30 à 40 autres producteurs qui viennent vers nous avec leurs projets et nous consultent. Nous choisissons, eux produisent, et quand le film est prêt nous diffusons et faisons la promotion du contenu. Nous collaborons ainsi avec la Scala de Milan, l’Opéra de Sidney ou le Mariinsky à Saint-Pétersbourg. »

Comme pour Mezzo Live HD et Medici.tv, l’enjeu de Singray Classica sera de s’assurer une présence sur le terrain pour développer un contenu spécifique. Le concert d'ouverture du dernier Festival du Domaine Forget, avec Benedetto Lupo et Les Violons du Roy, a été capté en qualité 4K. Classica s’intéresse aussi à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, à l’OSM et à l’Orchestre symphonique de Vancouver.

La scène musicale d’ici bénéficiera de cette concurrence, elle dont l’exposition médiatique avait radicalement baissé avec le désengagement de Radio-Canada. Pour l’heure, c’est le contenu international qui est diffusé en Amérique du Nord, mais le continent va avoir un flux de diffusion propre à compter de février 2018. « Nous avons besoin de 25 % à 35 % de contenu local pour que le public se reconnaisse », juge Mathieu Péloquin.

La suite, ce sera un développement des canaux de diffusion : « Nous voulons nous assurer de suivre les courants de diffusion. Nous avons ainsi réussi à mettre Classica sur Amazon TV aux États-Unis, nous avons débuté au Royaume-Uni, et travaillons sur le Japon, l’Allemagne et l’Australie. Nous allons nous assurer d’avoir accès au contenu et de continuer à le distribuer sur les nouvelles plateformes ». Du classique partout, et sous l’impulsion de Montréalais ! Qui l’eût cru ?