L’enjeu des droits d’auteurs résonne au Gala de la SOCAN

Le Gala de la SOCAN, animé par Stéphane Archambault, a multiplié les hommages.
Photo: SOCAN Le Gala de la SOCAN, animé par Stéphane Archambault, a multiplié les hommages.

Que la question des droits d’auteurs résonne au Gala de la SOCAN, la société qui gère ces mêmes droits pour les créateurs de la musique d’ici, c’est normal. Mais l’époque, la récente politique culturelle canadienne et les monstres du Web qui font s’effriter les redevances ont remis ces enjeux de l’avant lors de la soirée de festivités célébrant les créateurs et les chansons populaires des derniers mois et des dernières décennies.

C’est Robert Charlebois, à qui on a rendu hommage lors de la soirée pour l’ensemble de sa carrière, mais aussi pour la pièce Lindberg, qui a soufflé sur les braises, s’inquiétant pour l’avenir de la chanson — et de la langue — française ainsi que pour les droits d’auteurs. « On a connu l’âge d’or du vinyle et du CD et des droits d’auteurs. Mais c’est un métier qui est en train d’agoniser. C’est de l’expropriation, on nous dépouille de nos oeuvres. »

En verve, Robert Charlebois avait plus tôt interpellé les autorités fédérales. « J’ai l’impression que Justin [Trudeau] est en train de négocier avec un gorille. Moi, j’ai eu de la misère avec une guenon [NDLR : il a été attaqué par un singe sur un plateau de télé en France], et je lui tire mon chapeau, a-t-il lancé, ironique. Et j’espère que vous, Mélanie Joly, vous allez arriver avec un cadeau. Vous avez deux prises contre vous, vous êtes mieux de faire un circuit à soir. »

En entrevue au Devoir après avoir reçu son prix pour la chanson Lindberg, Robert Charlebois avançait comme solution de taxer les produits culturels invisibles. « [Mélanie Joly] doit faire quelque chose pour nos droits d’auteurs », a-t-il tranché.

Présente dans la salle, la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a plus tard rebondi sur ces enjeux, rappelant quelques lignes de sa politique culturelle, avouant au passage qu’elle entendait bien les critiques à son égard. « On va réviser la Loi sur le droit d’auteur, parce que, tout au long des consultations qu’on a menées, on a entendu nos auteurs, compositeurs et musiciens qui veulent avoir accès à une rémunération juste. » Mme Joly a aussi rappelé qu’Ottawa allait s’attaquer aux enjeux autour de la Commission du droit d’auteur. « On va s’assurer de réformer notre Commission [pour que] nos artistes soient payés plus rapidement avec des tarifs qui sont en lien avec le marché d’aujourd’hui. » Bref, il y a Netflix, mais le reste sera à suivre.

Plus tard, Louise Forestier a surfé sur les propos de son vieil acolyte, s’inquiétant pour son métier et la culture en général. « Je vais clamer haut et fort qu’il y a des deals qui ne se font pas au nom du respect de la culture. » La chanteuse a non pas invité les artistes à sortir dans la rue – « on n’est pas bons là-dedans » —, mais à écrire, chanter, danser. « S’il vous plaît, soyez plus fous que jamais. […] Il faut se promener au-dessus des concepts de ce qui se vend ou pas, fuck it ! » a-t-elle lancé sous les applaudissements.

Des hommages

Le Gala de la SOCAN, animé par Stéphane Archambault, a multiplié les hommages. À deux autres grands, d’abord : Leonard Cohen et Monique Leyrac — craquante avec ses pointes lancées vers Plamondon, qui l’avait présentée.

La SOCAN a aussi mis en lumière une dizaine de titres populaires récents, comme Miami, d’Ariane Moffatt, ou Montréal, d’Ian Kelly, mais a aussi créé onze nouveaux « classiques », des titres ayant plus de 20 ans et qui ont reçu au moins 25 000 rotations à la radio québécoise. Luc De Larochellière a vu trois de ses pièces récolter ce titre — Cash city, Six pieds sur terre et Si j’te disais reviens —, tout comme France D’amour avec Ailleurs, Animal et Mon frère. « C’est pas juste 25 000 rotations, il y a le temps aussi, expliquait-elle au Devoir avant la cérémonie. Il y a plein de générations maintenant qui chantent ces chansons-là, et pas juste les refrains, les couplets aussi ! » Autres nouveaux classiques : Si Dieu existe et J’ai souvenir encore de Claude Dubois, La fille aux bas nylon et La légende de Jimmy par Luc Plamondon et Close Together de The Box.

Fort peu bavards au micro, les membres de Dead Obies ont donné une petite touche plus moderne au Gala de la SOCAN — très axé sur la chanson et la pop — avec deux trophées, dans les catégories Musique virale (pour Where They @) et Musique urbaine. « Si des artistes québécois arrêtaient de basher le rap à la télé, ça aiderait sûrement » les rappeurs à se sentir moins seuls dans cette soirée de l’industrie, a lancé en souriant Joe RCA au Devoir.

Parmi les autres récompenses décernées par la SOCAN, notons que le prix International a été remis à Cristobal Tapia de Veer, que John Nathaniel a été sacré auteur-compositeur de l’année et que le prix du Compositeur de musique à l’image de l’année est allé à Michel Corriveau.

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