Wynton Marsalis sans les ornières

Wynton Marsalis rythme sa démarche avec un souci prononcé pour l’histoire des «jazzmen», et surtout des Afro-Américains.
Photo: Andrew Toth Agence France-Presse Wynton Marsalis rythme sa démarche avec un souci prononcé pour l’histoire des «jazzmen», et surtout des Afro-Américains.

Wynton Marsalis a toujours divisé. Depuis le début de sa notoriété, soit aux alentours de 1980-1981, il est regardé de haut dans le champ droit, pour ne pas dire détesté, mais très apprécié dans le champ gauche. À l’origine de ce biais, il y a un trait de caractère qui a toujours distingué le trompettiste originaire de La Nouvelle-Orléans : ses opinions sont tranchées. Si tranchées qu’elles sont pour ainsi dire sans appel. À preuve son nouvel album intitulé Handful of Keys, sur étiquette Blue Engine Records, qui commande avant tout un retour en arrière.

Au ras des pâquerettes, dans son cas les choses se sont passées comme suit : dans la foulée de l’énorme succès connu lors de la sortie de son premier album sur étiquette CBS, cet homme alors jeune s’est appliqué à torpiller une certaine idée du jazz. Plus exactement celle que des groupes aussi insipides que Spyro Gyra défendaient.

On se souvient que lors d’un entretien accordé dans les années 1980 au mensuel français Jazz Magazine, Marsalis posait la question qui gêne entre toutes, soit celle-ci : comment se fait-il que le « p’tit » Blanc occupe la page couverture des revues et soit également chouchouté par un contingent de critiques très majoritairement blancs ? À cette époque, on s’en souvient (bis), Pat Metheny, soit le guitariste qui fait dans l’épate en faisant sonner son instrument comme un cor anglais, remportait un succès énorme avec son disque Offramp, qui avait plus à voir avec le rock dit progressif qu’avec le jazz. C’est dit.

Toujours est-il qu’à la faveur, c’est le cas de le dire, de la campagne de dénigrement dont il fut le sujet constant à l’époque, Marsalis a pris tout le monde à contre-pied. Comment ? En creusant le sillon esthétique établi par Jelly Roll Morton, Fletcher Henderson et surtout, surtout, Duke Ellington.

 


Pour bien marquer son inclination pour le jazz classique, dans le sens le plus noble du terme, notre homme a délaissé les saillies musicales qui caractérisent le be-bop dont il était issu puisqu’il fut un Jazz Messenger durant une grande partie des années 1970. Sa démarche, Marsalis l’a toujours rythmée avec un souci prononcé pour l’histoire. Celle des jazzmen, mais aussi, voire surtout, celle des Afro-Américains. Bien.

Ce qu’il nous propose depuis peu a d’ailleurs plus à voir avec l’histoire qu’avec le jazz proprement dit. Ce Handful of Keys est en effet une déclinaison du « piano jazz » à travers son histoire. Marsalis et l’ensemble qu’il dirige depuis une trentaine d’années au moins, soit le Jazz At Lincoln Center Orchestra, remanient des compositions signées Fats Waller, James P. Johnson, Bill Evans, McCoy Tyner, Wynton Kelly et… Oscar Peterson ! De ce dernier, Marsalis et ses invités reprennent Hymn to Freedom.

Pour détailler ces pièces, Marsalis a invité les pianistes suivants : Dick Hyman, Isaiah J. Thompson, Helen Sung, Myra Melford, Joey Alexander et Dan Nimmer. Ces messieurs-dames ont comme dénominateur commun la virtuosité. Cela précisé, on aura compris que le résultat est éclatant, épatant, voire spectaculaire. Bref, l’histoire du piano a été fort bien servie, merci !


 

Avis à la population : l’un des « plus-meilleurs-pianistes » du jazz contemporain sera parmi nous samedi soir. Il s’agit de Marc Copland. Il occupera la scène du Dièse Onze en compagnie d’Adrian Vedady à la contrebasse et de Jim Doxas à la batterie. Ce digne, très digne héritier de Bill Evans et Paul Bley a signé, faut-il le rappeler, une extraordinaire série de trois albums intitulée New York Trio Recordings, publiée sur l’étiquette allemande Pirouet. Non seulement ça, voilà qu’un enregistrement réalisé pour ECM avec Gary Peacock à la contrebasse et Paul Motian, avant le décès de ce dernier, vient tout juste de paraître. En deux mots, Copland, c’est du costaud.


 

Le site ArkivMusic, réputé auprès des amateurs de musique classique pour l’éventail de ses choix et la qualité de ses services, a décidé d’ouvrir une vaste section jazz pour parer aux fermetures des grandes chaînes comme HMV ou Virgin : ArkivJazz. Après avoir fouiné quelque peu, ce site s’avère bien meilleur qu’Amazon ou JazzDepot.