Half Moon Run avec l'OSM: rencontre, création, beauté!

L’OSM et Half Moon Run se sont alliés pour rendre au mieux ces orchestrations fabuleuses et foncièrement originales.
Photo: Antoine Saito L’OSM et Half Moon Run se sont alliés pour rendre au mieux ces orchestrations fabuleuses et foncièrement originales.

Dès les premières mesures, on sait. En ce mardi soir à la Maison symphonique, une rencontre va avoir lieu. Il y a l’orchestre symphonique, dirigé par Adam Johnson. Il y a les voix de Devon Portielje, Conner Molander, Isaac Symonds et Dylan Phillips, en entrelacs d’harmonies. Et rien d’autre. Pas besoin de rien d’autre. Personne n’est au service de personne : l’OSM n’accompagne pas Half Moon Run, et le groupe n’est pas un instrument de plus. Égalité. Rencontre. Les orchestrations y sont pour beaucoup dans cette impression première : Blair Thomson, qui a travaillé avec Louis-Jean Cormier, savait qu’il fallait dépasser la bête transposition. Savait qu’il fallait créer une autre bête, inventer, bâtir, payer d’audace, pour l’occasion.

C’est tout de suite saisissant. Sun Leads Me On, Turn Your Love, Drug You sont transfigurées. L’introduction composée pour Drug You ébahit : que d’envergure ! Qui plus est — détail qui compte —, les gars de Half Moon Run sont en habit, comme les musiciens de l’orchestre. Ils se fondent sans disparaître. C’est le résultat qui importe. Et le résultat est exquis, d’un goût délicat, une véritable union librement consentie. Par la suite, des guitares s’ajoutent, la basse, la batterie, mais l’orchestre ne bat pas en retraite pour autant. L’équilibre persiste pour Narrow Margins. L’instrumentation rock enrichit la proposition. Et l’orchestre tout autant.

L’expérience unique

On pense forcément à l’extraordinaire spectacle symphonique de Patrick Watson à l’église Saint-Jean-Baptiste. Dans la même ligue. Une réussite pour les mêmes raisons. Des trouvailles, des trouvailles, des trouvailles, de la beauté toujours. Ce qui distingue Half Moon Run : ces harmonies si complexes, ces timbres célestes si naturellement imbriqués dans le son d’ensemble. La foule, très jeune et très chic, goûte chaque instant : le sentiment de vivre quelque chose de rare et de magnifique est ressenti partout dans la Maison symphonique. Une grande vibration qui est aussi un grand frisson.

Conner souligne « le privilège » de vivre cette « expérience unique », et sait à qui tout le monde est le plus redevable : « Je veux remercier l’homme de génie qui a fait les arrangements ce soir : monsieur Blair Thomson. » C’est vraiment ce qui compte : l’OSM et Half Moon Run sont alliés pour rendre au mieux ces orchestrations fabuleuses et foncièrement originales. Tout fonctionne : les morceaux de pop flottante, les morceaux plus folk, pas loin du bluegrass. Comme quoi on peut tout tenter avec un orchestre symphonique, pour peu qu’on y joue à plein le pari fondamental de l’art : oser, avec intelligence et sensibilité. Au-delà du savoir-faire. Chaque chanson donne accès à son univers propre : on reconnaît Unofferable, Need It, et en même temps, on les découvre. Plein potentiel révélé.

Les modulations soulèvent, apaisent, soulèvent. On est transportés. On voit des paysages, les images se succèdent dans la tête, chacun a les siennes. Chaque chanson est un court métrage, et tout peut arriver, et tout arrive. Je vois des gens qui ferment les yeux, laissent les oreilles tout recevoir. Les spectateurs sont à la fois ici et ailleurs. Partis. Et absolument présents. C’est l’effet que produit cette musique pareille à nulle autre. Je ne sais pas trop par quel chemin on en arrive à Full Circle et la fin du concert : je sais seulement que nous avons vécu une vie entière, en une heure et demie. Et qu’une autre vie entière sera vécue mercredi soir.