Maude Audet lance son troisième album, «Comme une odeur de déclin»

Pour son album «Comme une odeur de déclin», l’auteure-compositrice-interprète Maude Audet s’est entourée de musiciens-étoiles et d’Ariane Moffatt à la réalisation.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Pour son album «Comme une odeur de déclin», l’auteure-compositrice-interprète Maude Audet s’est entourée de musiciens-étoiles et d’Ariane Moffatt à la réalisation.

D’abord, ne pas se fier au titre, austère, du troisième album de Maude Audet : c’est dans les chansons plus allègres, dans ses airs pop aux formes arrondies par les guitares chaudes, mieux encore que dans les ballades folk planantes, que l’auteure-compositrice-interprète se révèle pleinement. Comme une odeur de déclin a le titre d’un disque d’automne qui s’écoute aussi bien par une journée de canicule, tiens. « Ah oui, hein ? Y’a les deux. J’admire les artistes qui entrent dans leur son, dans leur monde. Moi, j’ai besoin de la lumière aussi », dit-elle avec cette voix apaisante qui nous happe dès la première écoute du disque.

Mine de rien, il s’agit là d’un troisième album, que Maude préfère plutôt présenter comme son deuxième, « parce que le premier [Le temps inventé, 2013] était un assemblage de maquettes » réunies pour en faire un disque par son précédent collaborateur, Navet Confit. Un premier album « exploratoire, grâce auquel j’ai un peu appris mon métier », qu’elle avait sorti de manière autodidacte, sous son prénom. « En même temps est arrivée La voix, tous ces artistes qu’on appelait par leur prénom. Y’avait même une artiste en France qui s’appelait simplement Maude… »

Maude Audet, ce sera désormais. Assumer tout, même son arrivée tardive à la chanson — professionnellement, s’entend, la musique ayant accompagné la musicienne depuis son adolescence grunge. Assumer le besoin d’être là, en studio avec ses compositions, sur scène avec sa guitare.

« Au début, j’ai souffert du syndrome de l’imposteur, admet-elle. Plus maintenant. Quand j’ai commencé, j’avais un autre métier, mais déjà, toute jeune, je regardais les chanteurs, les auteurs-compositeurs, avec admiration. Ah ! ça doit être tellement merveilleux… J’ai plongé ; au début, j’étais gênée de le dire. Maintenant, au bout de trois albums, ça y est, c’est ça que je fais. »

Son deuxième disque, Nous sommes le feu (réalisé lui aussi par Navet Confit), avait remporté un succès critique et confidentiel. « C’est grâce à cet album que j’ai pris ma place. Je me suis alors sentie plus investie », estime-t-elle.

Tout coule de source

Ce nouvel album, par lequel elle s’est sentie plus en contrôle de son art et de sa vision, lui attirera sûrement de nouveaux amateurs de chanson québécoise, ne serait-ce que pour écouter le travail de l’orchestre de musiciens-étoiles qu’elle a réuni autour d’elle : Joe Grass aux guitares, Robbie Kuster (Patrick Watson) à la batterie, Marie-Pierre Arthur à la basse et aux choeurs, Antoine Corriveau qui lui répond le temps d’un duo sur la pensive Dans le ruisseau, l’écrivaine Erika Soucy comme « soutien aux textes ». Toute une caution.

Sans oublier Ariane Moffatt à la réalisation. Une première réalisation d’album pour quelqu’un d’autre, « y’avait quelque chose de symbolique, qu’elle a assuré avec beaucoup de générosité et de modestie, raconte Maude Audet. À la base, oui, j’avais envie de travailler avec Ariane, j’avais envie de travailler avec une femme. Ma collaboration avec Navet Confit, c’était super, mais après deux disques, il me fallait du changement. Ariane est la première à qui j’avais pensé. C’est elle qui m’a proposé de réunir ces musiciens — tout le monde était disponible, ça s’est fait naturellement. »

En effet, tout coule de source sur Comme une odeur de déclin. Classique sur le plan de l’écriture, rassurant dans ses moments calmes, amusant dans ses clins d’oeil à la chanson francophone classique et à la pop américaine aux relents sixties. Maude Audet cite volontiers l’influence d’Angel Olsen et de PJ Harvey pour les passages plus rugueux, concentrés sur la seconde moitié de l’album. On craque pour le triplé Il fera bleu, Vieille photo et Mirage, et on devient tout mou pour une chanson comme Leo.

Une autre de ses influences, qu’elle nomme familièrement. Leo, pour Cohen. Ils apparaissent, moins d’un an après sa mort, les hommages en forme de chansons, sans doute la plus belle forme d’hommage qu’il puisse souhaiter. « J’ai écrit ça deux ou trois jours après sa mort, explique-t-elle. La chanson m’est venue toute seule. Cohen, je ne m’en suis jamais lassée depuis que je l’ai découvert à l’âge de 15 ans. C’est un hommage très personnel ; j’imagine que, maintenant que l’on sait qu’elle a été écrite pour lui, on reconnaîtra quelques phrases dans mon texte qui lui font référence. Leo, c’est familier, à l’image de la relation que je sentais que j’avais avec lui. En plus, elle survenait quelques jours après l’élection de Trump — ça allait mal… »

C’est donc ça, l’odeur de désespoir.