Bilodeau, Blackshaw, Zeitouni: le tour du chapeau

Le compositeur Julien Bilodeau
Photo: Philippe Stirnweiss Le compositeur Julien Bilodeau

La saison 2017-2018 démarre de manière assez extraordinaire. Après la 5e Symphonie de Bruckner de Yannick Nézet-Séguin et la 8e de Mahler de Kent Nagano, la Maison symphonique abritait dimanche un troisième concert de même calibre, qui, sur le fond, était peut-être encore plus important.

En effet, une petite graine plantée par Kent Nagano il y a six ans a probablement donné hier sa première fleur. Une fleur promesse d’avenir pour les compositeurs, musiciens et mélomanes de bonne volonté. En 2011, Nagano, pour l’inauguration de la Maison symphonique, avait commandé à un compositeur alors âgé de 36 ans, Julien Bilodeau, une pièce « préparant à la 9e Symphonie de Beethoven ».

Six ans après, Julien Bilodeau a totalement transformé et idéalisé ce concept avec Ouverture lente, créée dimanche. Ouverture lente a été composée spécifiquement et sciemment pour introduire le programme d’I Musici associant le Concerto en do mineur de Mozart et la Pastorale. Elle le fait sans collages, fadaises ou autres processus éculés, avec une intelligence, une finesse et un souci de l’auditeur qui forcent l’admiration. Le spectre et la culture de Bilodeau étant larges, la chose peut très bien introduire aussi un concert associant Mozart et Richard Strauss.

La brèche est donc béante pour tous les Moussa, Bilodeau ou Éric Champagne de ce monde, ceux qui vont enfin nous sortir de l’impasse, car une voie s’ouvre pour la création musicale : s’attacher à des institutions symphoniques et mettre la table à certains grands programmes symphoniques ciblés par une contextualisation moderne cultivée. Les possibilités sont infinies. Curieuse ironie : dans ce schéma, non seulement les institutions symphoniques décriées par « l’avant-garde » ne sont pas dépassées, elles deviennent un moteur de la nouvelle modernité.

Christian Blackshaw a, pour son retour à Montréal, eu le joyau qu’il mérite : la salle qui relaie la plus infime de ses nuances et un piano parfait, idéalement réglé. Quand un piano (don du mécène David Sela) aussi minutieusement préparé est confié a un pianiste pour lequel l’infinitésimal est une seconde nature, on est emporté dans un autre monde. La cadence du 1er mouvement était du pianiste lui-même, géante comme le reste, notamment ce 2e mouvement en apesanteur.

Il faut associer au triomphe de ce concert I Musici, en formation très judicieusement renforcée, et le public, d’un silence absolu. Ce dernier a fait un triomphe mérité à une Symphonie pastorale ardente, prise à des tempos énergiques mais sans la moindre brutalité, par exemple dans les fins de phrases. On bénit toujours autant Jonathan del Mar pour son édition critique de la partition, demandant de jouer le 2e mouvement avec des sourdines. Jean-Marie Zeitouni en a tiré quelques nuances magiques, de même qu’il a différencié fortement les thèmes I et II du 3e mouvement.

Outre une transition pas forcément idéale vers le 5e mouvement, mon seul bémol ira à la timbale : je n’ai compris ni le choix de l’instrument, ni son positionnement sur la scène, ni surtout le choix un peu mou et invariable des baguettes. Mais les spectateurs de Medici.tv verront qu’il y avait dans ce concert une vie intense et un irradiant espoir.

Le retour de Christian Blackshaw

Julien Bilodeau : Ouverture lente (création mondiale). Mozart : Concerto pour piano n° 24, en do mineur, K. 491. Beethoven : Symphonie n° 6, « Pastorale ». Christian Blackshaw (piano), I Musici, Jean-Marie Zeitouni. Maison symphonique de Montréal, dimanche 24 septembre. Concert enregistré par Ici Musique et Medici.tv. Disponibilité sur Medici.tv pendant 3 mois.