Le défi des matinées musicales des Boréades

Le flûtiste Francis Colpron
Photo: Sebastien Jukovich Le flûtiste Francis Colpron

Les institutions musicales sont toutes à la recherche de manières de casser le rituel du concert. Elles cherchent notamment d’autres créneaux horaires et d’autres lieux pour toucher de nouveaux publics. Les orchestres y vont de « 5 à 7 » sous forme de propositions musicales d’une heure sans entracte, alors que les Mélodînes de Pro Musica attirent des spectateurs sur l’heure du lunch.

À assister parfois aux concerts de 10 h 30 de l’OSM, le jeudi, j’ai été frappé par la baisse de fréquentation dans cette série par rapport à il y a une dizaine d’années, à la salle Wilfrid-Pelletier. Malgré l’attrait et le confort de la Maison symphonique de Montréal, les spectateurs se font plus rares. J’ai donc voulu tester, jeudi, une proposition de la Fondation Arte Musica à la salle Bourgie et voir le public que cela attirait.

Il faudra user pour l’occasion d’un euphémisme et qualifier la salle de « peu garnie ». Il y a donc encore du chemin à faire ou une voie à trouver pour attirer un public au concert à des heures inhabituelles. Dans les « propositions modestes mais solides » dans ce créneau, il semble que ce soit I Musici qui, depuis ses Concerts Ogilvy (qui se déroulent désormais ailleurs — mais en tant d’endroits différents dans le temps qu’on ne sait plus où !), a trouvé un public solide.

Francis Colpron, Amanda Keesmaat et Mélisande McNabney ont donc donné, jeudi à Bourgie, l’aubade à quelques mélomanes, avec un programme d’une heure, interrompu par un bref commentaire du directeur des Boréades. Le menu érudit comprenait des oeuvres pour flûte, la flûte à bec devenant traversière au passage du XVIIIe siècle.

La composition en était remarquable avec une découverte notable : la sonate de Sybrand II van Noordt (1659-1705). Ce compositeur précède Quantz et Graf d’un demi-siècle, mais hormis l’utilisation de la flûte à bec, on n’entend rien de ce décalage. Francis Colpron, qui semble s’amuser beaucoup plus à la flûte à bec qu’à la traversière, a ajouté au programme le facétieux « Boffons » (Bouffons) pour flûte à bec seule de van Eyck dans une version très caractéristique de son art : élégante, cultivée, pas échevelée. À noter aussi, la splendeur du clavecin flamand touché avec art par Mélisande McNabney.

Tout cela a fait une heure musicale sympathique. Reste, même à la salle Bourgie, avec son vivier de clients du musée, à trouver la formule pour y intéresser davantage de monde.

Les Boréades : matinées baroques

Johann Joachim Quantz : Sonate pour flûte traversière et basse continue en si mineur QV 1 : 168. Friedrich Hartmann Graf : Sonate pour flûte traversière et basse continue en mi mineur. Jacob van Eyck. « Boffons ». Variations sur le choral Danket dem Herrn pour flûte à bec seule. Sybrand II van Noordt : Sonate pour flûte à bec et basse continue en ré mineur op. 1 no 4. Francis Colpron (flûtes), Amanda Keesmaat (violoncelle), Mélisande McNabney (clavecin). Salle Bourgie, le 21 septembre.


 
1 commentaire
  • Geneviève Soly - Abonné 22 septembre 2017 07 h 59

    Des matinées très suivies

    Bonjour Christophe,
    Je ne sais pas si vous avez eu les statistiques d'assistance de toutes les saisons de Matinées depuis la création de cette série il y a au moins 4 ans. Je peux vous assurer que certaines ont été bien garnies. Dans le cas des Idées heureuses que je dirige, la plus grande assistance à l'un de nos concert s'il y a 3 saisons - soir près de 350 personnes - a été observée à l'une de ces matinée. L'année suivante nous avons repris le même programme à la même période de l'année, toujours en matinée, et il y avait deux fois moins de public. Par ailleurs, notre premier concert de saison mardi soir dernier n'a attiré que 70 personne on parle toujours de la salle Bourgie - alors que nos moyennes annuelles sont plutôt de 300 psesonenes... il y a tellement de facteurs qui entrent en ligne de compte - dont les conflits avec d'autres concerts et c'était en partie notre cas mardi - qu'il est difficile de formuler une analyse sur UN seul concert et d'en tenir rigueur à un seul facteur. On peut aussi se demander si on vit pas l'équivalent des désastres des changements climatiques, à savoir que, lentement mais sûrement, le fait qu'il y ait toujours de plus en plus d'activités musicales ( sans compter celles présentées par toues les autres disciplines artistiques ) pour un bassin de population qui, somme tout est non seulement réduit, mais de moins en moins informé - vous savez comme moi la place réservée à la musique dite classique dans les médias et l'absence d'éducation musicale dans les écoles. Bref, nous cherchons tous à attirer le public, mais nous sommes dans une écologie difficile et je pense que le créneau matinée est excellent !