Rencontre-choc entre le jeu vidéo et le symphonique

Le compositeur Maxime Goulet et la chef Dina Gilbert, qui tiendra la baguette de cette «Symphonie du jeu vidéo de Montréal».
Photo: Nadia Zheng Le compositeur Maxime Goulet et la chef Dina Gilbert, qui tiendra la baguette de cette «Symphonie du jeu vidéo de Montréal».

L’Orchestre Métropolitain s’est branché sur une véritable forêt amazonienne : l’univers des studios de création de jeux vidéo de la métropole. Et l’idée qui a germé dans le cerveau du compositeur Maxime Goulet est génératrice d’adrénaline.

Comme pour l’Orchestre symphonique, avec la symphonie « Concordia » de Samy Moussa habillée par Moment Factory, l’OM affiche vendredi la Symphonie du jeu vidéo de Montréal, son grand projet présenté dans le cadre du 375e anniversaire de la métropole. La création combinera musique nouvelle et vidéo. Mais cette fois, l’aspect visuel ne sera assurément pas le vague alibi d’une composition musicale se suffisant à elle-même.

Composer dans un bureau

Maxime Goulet est de ces jeunes compositeurs qui ont compris que leur avenir n’est pas de se limiter au microcosme des ensembles spécialisés dans la musique contemporaine. Goulet, auteur des Chocolats symphoniques en 2014, a mis auparavant son savoir-faire au profit de l’industrie du jeu vidéo, en tant qu’employé, de 2007 à 2014, du studio Gameloft.

« Beaucoup de gens trouvent cela drôle d’être compositeur, de 9 à 5, dans un bureau. Mais c’était vraiment ma vie. Chez Gameloft, nous étions plusieurs compositeurs avec chacun son style et sa spécialité : les compositeurs pop-rock étaient assignés aux courses de voitures et aux jeux de sports, par exemple. Spécialiste de la musique orchestrale, je composais souvent la musique symphonique des jeux rattachés à Disney, tels Spiderman, Ironman, Shrek. »

Aujourd’hui, Maxime Goulet a diversifié ses activités : « Je compose toujours de la musique de jeux vidéo, mais à mon compte, en parallèle de la musique de concert. »

Le joueur sur scène sera en mode exploration ou en mode combat

 

Le compositeur a accompagné, au fil de ses créations pour la franchise Dungeon Hunter, l’évolution d’un langage sonore en parallèle avec les possibilités techniques : « Un joueur peut rester deux heures dans une forêt. Si une musique de deux minutes joue en boucle, soixante répétitions, cela devient lassant. Dans Dungeon Hunter IV, nous avions une musique générative. C’est-à-dire que j’ai composé d’une part plusieurs musiques de 5 à 10 mesures qui se succèdent dans un ordre aléatoire, et d’autre part un système d’accompagnements qui, eux aussi, s’enchaînent aléatoirement. Donc, à chaque récurrence, une mélodie peut être accolée à un accompagnement différent et la perception est très variée. »

Lors du concert, cette évolution stylistique sera palpable dans une grande suite symphonique composée pour les 10 ans d’Assassin’s Creed (Ubisoft) à partir des 10 jeux de la franchise. Une vidéo spécifiquement réalisée pour l’occasion dévoilera même, en primeur, certaines images du 10e volet, Assassin’s Creed Origins, avant la sortie très attendue du jeu, en octobre.

Translation symphonique interactive

« Un des buts du projet était de montrer la diversité des jeux qui se font ici, pas seulement des Assassin’s Creed, mais aussi des jeux indépendants, nous dit Maxime Goulet. Nous voulions que le concert soit représentatif de la richesse de la création du jeu vidéo à Montréal, qui héberge plus de 125 compagnies de jeu. »« Nous souhaitions aussi une grande diversité dans les consoles, les genres de jeux (enfants, adultes, action, horreur, humour) et les esthétiques musicales », ajoute le concepteur.

Sur une soixantaine de soumissions, Goulet a retenu les musiques de 37 jeux, illustrés visuellement, tantôt par des montages, tantôt par des sortes de bandes-annonces, tantôt par le jeu lui-même. Oui : le jeu, avec quelqu’un qui joue sur scène et interagit avec l’orchestre.

C’est là qu’interviennent l’adrénaline et le choc des univers. Car contrairement à une musique, linéaire, d’opéra ou de film, la musique de jeu vidéo est interactive. « Dans la musique de jeu vidéo, il arrive que la mesure 24 soit jouée avant la mesure 7 ! », résume Maxime Goulet.

« Un joueur, parfois il tourne à droite, parfois il tourne à gauche, et le monstre n’arrive pas toujours au même moment. Donc la montée de la tension n’a pas la même durée. C’est là le défi des compositeurs de musiques de jeux : comment composer une trame qui évolue avec la performance du joueur et sonne différemment selon sa manière de jouer. Il était intéressant de préserver cet élément interactif lors du concert. »

Le défi n’a jamais été relevé par un orchestre symphonique, selon Maxime Goulet, qui prend exemple sur un jeu d’aventure.« Le joueur sur scène sera en mode exploration ou en mode combat. Nous aurons deux versions de la même pièce : une version combat et une version atmosphère/exploration, et les partitions auront deux portées. On va passer de celle du haut à celle du bas selon la situation. Si on commence le combat à la mesure 27, on passe à la portée du haut, et si le combat s’achève à la mesure 34, on change à nouveau : cela permet de passer entre deux musiques en direct. »

Heureux d’avoir pu combiner son expérience de compositeur de musique de jeux et de musique de concert, Maxime Goulet compte pousser cette expérience d’interactivité dans le futur.

Le terme « Symphonie du jeu vidéo de Montréal » ne désignera pas, pour l’occasion, la forme symphonique au sens classique ou romantique. « Cela veut surtout dire que nous rendons symphonique l’univers du jeu vidéo montréalais. Le concert va avoir un aspect éclectique, car la musique est variée, la forme est variée. L’orchestre et le choeur, qui chantera dans la moitié des pièces, en seront les fils conducteurs. »

Ce spectacle multimédia, animé par Stéphanie Harvey et Jasmin Hains, sera dirigé par Dina Gilbert, que l’on a surtout connue de 2013 à 2016 comme assistante de Kent Nagano à l’OSM et dont la carrière prend un bel envol puisque la présente saison l’amènera notamment à diriger l’Orchestre national de Lyon, l’Orchestre philharmonique de Radio France et le Toronto Symphony Orchestra.

La Symphonie du jeu vidéo de Montréal

Création originale de Maxime Goulet. Arrangements de Benoît Groulx. Choeur et Orchestre Métropolitain, direction Dina Gilbert. Animation : Stéphanie Harvey et Jasmin Hains. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, vendredi 29 septembre 2017 à 19 h 30.