«Tosca» moins un

Giancarlo Monsalve (Cavaradossi), Melody Moore (Tosca) et Gregory Dahl (Scarpia) dans «Tosca»
Photo: Yves Renaud Giancarlo Monsalve (Cavaradossi), Melody Moore (Tosca) et Gregory Dahl (Scarpia) dans «Tosca»

Tosca fut, en février 1980, le premier opéra présenté à l’Opéra de Montréal. À l’époque, le solaire ténor argentin Luis Lima et le somptueux baryton verdien libanais Garbis Boyagian accompagnaient sur scène Nicole Lorange. Un trio en airain. Ce n’est pas ce que nous avons sur scène en 2017, hélas.

Visuellement, cette Tosca de 2017 de facture traditionnelle est semblable à celle que voyaient nos parents, nos grands-parents et leurs parents : un cadre soigné reproduisant les sites romains et des gestes attendus, comme celui de Tosca posant le crucifix sur le corps de Scarpia après l’avoir tué. Seul bémol : quelques gestiques vraiment outrées, de type cinéma muet, à l’image des déplacements quasi burlesques d’Angelotti dans l’église.

Le dispositif et les costumes de Robert Perdziola sont très classiques, mais particulièrement cultivés, soignés et raffinés, avec des éclairages latéraux étudiés faisant naître de judicieuses ambiances, tels les ombres portées de l’acte II ou le lever du jour pastel de l’acte III.

Fondamentalement cette Tosca est un spectacle idéal pour initier des néophytes à l’opéra : ce qu’on voit est beau, l’action est ramassée et la musique d’une redoutable efficacité, d’autant que nous avons dans la fosse un vrai chef lyrique et fin connaisseur de la partition, qui joue d’élans et de ralentis avec beaucoup de tact.

Talent brûlé

De fait, ce que nous propose l’Opéra de Montréal va être très diversement apprécié selon le niveau de connaissances et d’attentes de chacun. Ceux pour lesquels le spectacle prime et dont les références sont assez vagues vont être subjugués. Ceux qui s’attendent à avoir un trio vocal au niveau espéré de l’institution risquent d’éprouver une sérieuse frustration. Car on y était presque…

Les deux chanteurs connus ici, Melody Moore-Wagner (Tosca) et Gregory Dahl (Scarpia), sont au sommet de leur art. Moore est nettement plus convaincante en Tosca qu’elle ne le fut en Butterfly : la voix sied mieux au rôle, avec un superbe bas médium et un engagement dramatique remarquable. Dahl s’amuse à camper le despote Scarpia, et son autorité vocale et scénique nous rappelle son extraordinaire Tonio dans Paillasse en 2009. Valerian Ruminsky est aussi exemplaire en sacristain que Patrick Mallette dans le rôle d’Angelotti.

Mais voilà, il y a, incarnant Mario Cavaradossi, un ténor chilien nommé Giancarlo Monsalve dont on se demande comment ou pourquoi il a pu réussir une audition ici, et devant qui il l’a passée. Les failles techniques sont si criantes qu’elles se débusquent pourtant facilement. La conduite vocale est très hasardeuse avec un placement non contrôlé qui fait que la voix peut partir dans tous les sens à n’importe quel moment, dès qu’il y a des lignes et phrases à chanter. Comme le timbre est intrinsèquement superbe, Monsalve alterne instants quasi glorieux et passages très gênants, notamment dans les passages à mi-voix. Le IIe acte, suite d’imprécations, fait illusion, mais ni l’acte I au complet, ni les deux grands airs.

Le cas est hélas bien connu et pas isolé : celui d’un ténor à la voix d’or, engagé trop tôt dans des rôles trop lourds (il chantait Cavaradossi sur scène en Europe à 26 ans !) avec un bagage technique insuffisant. Donc mélomanes, attention aux frustrations. Néophytes : allez voir le spectacle pour prendre la piqûre de l’opéra et achetez-vous ensuite le DVD avec Gheorghiu, Alagna et Terfel. Ce dernier présente aussi l’avantage de ne pas avoir à subir le public, hélas, le plus insupportable (aux premières du moins) de toutes les institutions musicales montréalaises. Le concert de toux au début du IIIe acte, véritable défouloir collectif, juste parce que personne ne chantait, a détruit les sublimes ambiances diaphanes créées par le chef Giuseppe Grazioli, dont le travail méritait vraiment plus de respect.

Tosca

Opéra en 3 actes de Giacomo Puccini. Melody Moore-Wagner (Tosca), Giancarlo Monsalve (Mario Cavaradossi), Gregory Dahl (Scarpia), Choeurs de l’Opéra de Montréal, Orchestre Métropolitain, Giuseppe Grazioli. Mise en scène : Jose Maria Condemi, remonté par Andrew Nienaber. Décors et costumes : Robert Perdziola. Salle Wilfrid-Pelletier, samedi 16 septembre 2017. Reprises les 19, 21, 23 septembre 2017 à 19 h 30.