Les voix à suivre de Weyes Blood et serpentwithfeet

Weyes Blood s'est produite sur la scène de la Sala Rossa dans le cadre du festival POP Montréal. 
Photo: Katie Miller Weyes Blood s'est produite sur la scène de la Sala Rossa dans le cadre du festival POP Montréal. 

Elle avait des airs de prêtresse new age, Natalie Mering, arrivant sur la scène de la Sala Rossa samedi soir vers 23h, sage et irradiante comme si elle avait traîné dans ses bagages le doux soleil de sa Californie pour nous en faire cadeau. Seule devant son synthétiseur, elle a commencé son trop court tour de chant avec Can’t Go Home, et le charme opéra. Entre folk confidentiel et pop-rock moelleuse, la musicienne œuvrant sous le nom Weyes Blood a fait son effet en cette soirée caniculaire.

Ses trois musiciens l’ont ensuite rejointe, un bassiste, un batteur, un à la slide guitar. Toujours au synthétiseur, Mering amorce alors la suave Used to Be, toujours de son plus récent album, Front Row Seat to Earth. Puis ça nous frappe : le climat musical, la scène rectangulaire, la lumière tamisée, le rideau pourpre derrière. Le temps d’un instant, nous étions transportés au mystique Roadhouse, ce bar du village de Twin Peaks de la série télévisée du même nom. Plusieurs noms de la scène alternative (Nine Inch Nails, Au Revoir Simone, Sharon Van Etten, etc.) y ont joué dans la récente saison de cette série-culte, ressuscitée après vingt-cinq ans. Du coup, on se croyait à la fin d’un épisode de cette série, réalisée par David Lynch.

Ça ajoute à la féerie de la soirée, qui avait pourtant mis un peu de temps à s’incarner, comme si l’orchestre avait du mal à trouver son équilibre, jouant de manière plutôt pataude. Avec Seven Words, la chimie opérait mieux, la voix hypnotique de Mering coulant sur des accords d’orgues. Weyes Blood passera ensuite à une rythmique plus dégourdie avec Hang On (de The Innocents, 2014), guitare acoustique à la main.

Les Diary et Generation Why (et son introduction durant laquelle elle peste contre les téléphones intelligents) furent les moments forts de cette petite heure de chansons qui aurait dû s’étirer davantage — elle a, après tout, déjà trois albums solos, quelques EP, et ces reprises suavement livrées, comme la version plus carrée de Run of the Mill de George Harrison au rappel (à Boston la veille, elle a même fait Vitamin C de Can !). Avant le lever du rideau, c’est seule à la guitare qu’elle a offert une version à fleur de peau de In The Beginning, magnifique retour au folk de ses débuts, tirée du mini-album Cardamom Times. Autant dire qu’elle nous a laissés sur notre faim, mais sur une faim heureuse (excusez-la !).

serpentwithfeet

Le festival Pop Montréal ne pouvait espérer une plus belle fin de semaine pour son seizième anniversaire – son « sweet sixteen » ! L’un des plaisirs du Pop est de bondir d’une salle à l’autre, de tracer son parcours musical en visitant les nombreuses salles investies par les musiciens invités. Pouvoir le faire en se sentant encore en plein été, c’est providentiel.

Avant de prendre la direction de la Sala Rossa, boulevard Saint-Laurent, escale au centre-ville à la « petite église au toit rouge », l’église Saint-Jean-l’Évangéliste de son vrai nom, juste en face, côté nord, de la Maison Symphonique, était la destination de choix pour une dose de pop expérimentale à Pop Montréal. La poétesse Camae Ayewa, alias Moor Mother, devait clore la soirée, précédée par l’envoûtant alchimiste des bruits électroniques Yves Tumor. Les festivaliers avaient noté la richesse de l’affiche : la buée montant jusqu’à la nef brouillait la lumière des projecteurs, tant il y avait du monde à la messe.

Le New-Yorkais Josiah Wise (serpentwithfeet) était dans son élément. Biberonné au gospel, formé au chant jazz, il emprunte à ces genres qu’il connaît intimement pour développer ses chansons confessionnelles aux orchestrations minimalistes (parfois un chœur synthétique, un violon pour seul accompagnement mélodique, des nappes de synthétiseurs). Sa voix impressionne, le chant est formidablement juste, spontané, les notes précises qu’il émet giclent sur de simples accords de piano dont il joue lorsqu’il ne chante pas sur des bandes préenregistrées.

Sa performance s’avère encore plus gospel et, surtout, plus crue que sur disque — un seul EP au compteur, l’épatant Blisters, paru sur l’étiquette pop d’avant-garde Tri Angle Records. Plus crue, mais plus touchante aussi : Wise entretient constamment le dialogue avec son auditoire, lui improvise des répliques à l’intérieur même de ses chansons. Il donne un spectacle à vif, que l’on sent encore embryonnaire et qui, surtout, mériterait d’être appuyé par un orchestre plutôt que par des bandes préenregistrées. Le projet n’en est qu’à ses débuts, c’est à suivre.

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