Un nouveau décor pour «Tosca»

L’opéra «Tosca» prend racine dans une pièce de Victorien Sardou qui a pour cadre, en 1800, la lutte en Italie des armées française et autrichienne.
Photo: Yves Renaud L’opéra «Tosca» prend racine dans une pièce de Victorien Sardou qui a pour cadre, en 1800, la lutte en Italie des armées française et autrichienne.

Tosca, le célèbre opéra de Puccini, ouvre ce soir, samedi, et pour quatre représentations, la saison de l’Opéra de Montréal. Une scénographique nouvelle est convoquée pour abriter le drame des amants Floria Tosca et Mario Cavaradossi, opprimés par le méchant Scarpia.

Assister à une soirée d’opéra où Floria Tosca se jetterait en haut du Château Saint-Ange, mais où un facétieux accessoiriste aurait remplacé le matelas par un trampoline, puis voir la soprano fendre les airs en sens inverse comme un missile…

Fantasme de celui qui a vu trop d’opéras ou de dessins animés de Tex Avery ? Non, scène finale d’une émission parodique pour la télévision allemande sur les coulisses de l’opéra concoctée par le grand metteur en scène Otto Schenk, auquel New York doit le Ring de Wagner qui tint l’affiche au Met pendant plus de trois décennies.

Rassurez-vous, Tosca auf dem Trampolin — la scène avait donné le titre à l’émission —, cela n’arrivera pas ce soir à l’Opéra de Montréal (OM). L’OM a pris toutes les précautions pour que la soirée soit classieuse en coproduisant avec l’Opéra de Cincinnati une nouvelle scénographie confiée au décorateur et costumier Robert Perdziola. De ce que montre le site de l’Opéra, la chose apparaît traditionnelle, chic et de bon goût. Ce cadre habitera une action théâtrale menée par Andrew Nienaber.

Le choix des extrêmes

 

L’OM affiche Tosca en début de saison, après avoir achevé la précédente avec La bohème, en partie pour une noble raison. Le renouvellement du public est plus rapide à l’OM qu’ailleurs et il justifierait de mettre régulièrement à l’affiche les grands classiques pour ces nouveaux venus. La dernière présentation de Tosca à l’OM date de février 2010. Tosca avait alors été programmé pour le 30e anniversaire de l’Opéra de Montréal, qui avait inauguré ses activités le 7 octobre 1980 avec cet opéra. Le millésime 2017 sera le septième en 38 saisons.

Parmi les autres motivations d’une programmation aussi soutenue, il y a le fait que la présence de tels blockbusters (ou « vaches à lait ») permet de prendre de gros risques de programmation, comme, cette saison, avec l’opéra JFK de David T. Little. Cette politique, associant répertoire hyperconnu et populaire et projets audacieux, est en vigueur depuis plusieurs années à l’OM.

Plutôt que de la prendre pour argent comptant, il faut cependant commencer à noter que, conduite avec une telle constance, cette politique condamne les opéras de « moyenne réputation », ceux qui ont un potentiel de remplissage de 65 à 75 %, qui déséquilibreraient l’équation économique. Ainsi, il semble ne plus y avoir de place à l’OM pour un opéra de Janacek, de Britten, une Lady Macbeth de Mtsensk de Chostakovitch, un Freischütz de Weber ou une rareté de l’opéra français. Or, ces ouvrages valent-ils tellement moins que Dead Man Walking, Silent Night ou JFK ? Il n’y a pas de réponse toute faite, mais il est important de se poser la question.

Hitchcock à l’opéra

Tosca a été créé en 1900 à Rome. L’opéra prend racine dans une pièce de Victorien Sardou qui a pour cadre, en 1800, la lutte en Italie des armées française et autrichienne. En fait, les personnages sont réels et ont été décrits à Sardou par Cesare Angelotti, le prisonnier politique évadé, ex-consul de la République romaine.

Selon le musicologue Heinz Becker, Vitellio Scarpia aurait été ainsi un baron d’origine sicilienne, amant de Marie-Caroline, la fille de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche. Exécuteur, à la chute de la République romaine, des basses oeuvres de celle-ci, il était naturel qu’il s’en prenne au très francophile Cavaradossi, élève, en peinture, de David et fils d’un ami de Voltaire, dont l’amoureuse était Tosca, une cantatrice qui avait débuté dans Nina de Paisello.

Musicalement, ce qui rend cet opéra tout à fait particulier est ce qui y suinte, les univers antagonistes qui s’interpénètrent musicalement et dramatiquement. Non seulement Tosca bénéficie d’une action idéalement concentrée, mais en plus Puccini parsème l’opéra d’indices. Dès le début, les accords cinglants sont un avertissement. Ils incarnent l’ombre menaçante du chef de la police, Scarpia, alors même que ce dernier n’est pas en scène.

Les diverses couches présentes dans l’action de Tosca sont l’art, la religion, la politique, le pouvoir et le sexe. Et le génie de Puccini, son audace, est de mêler ces couches comme personne n’aurait osé le faire.

Parmi les grandes scènes de l’opéra, on cite toujours l’affrontement entre Tosca et Scarpia au 2e acte, mais la scène finale du 1er acte avec Scarpia à l’église est un moment tout aussi extraordinaire. Alors que retentit un Te Deum, Scarpia suinte littéralement le désir sexuel conquérant vis-à-vis de Tosca. À l’inverse, l’issue du combat Scarpia-Tosca de l’acte II n’est pas le viol, mais les commentateurs ont été nombreux à relever la dimension orgasmique des imprécations « Muori, Muori ! » prononcées par Tosca après son meurtre.

Ce suspense, parfaitement mené par Puccini, sera confié à Melody Moore, qui avait incarné à Montréal Madame Butterfly en septembre 2015. Le ténor chilien Giancarlo Monsalve fera ses débuts au Québec dans le rôle du peintre Mario Cavaradossi face au Scarpia de Gregory Dahl. L’Orchestre Métropolitain et le Choeur de l’Opéra de Montréal seront dirigés par Giuseppe Grazioli.

Tosca

Opéra en 3 actes de Giacomo Puccini (1900) sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, d’après la pièce de Victorien Sardou. À la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 16, 19, 21 et 23 septembre 2017 à 19 h 30.

À voir en vidéo