Carrefour mondial de l’accordéon de Montmagny: univers homogène, mélange inusité

Le duo Silb avec Kristina Kuusisto au bandonéon et Roger Eon à la guitare, vendredi soir à la salle Edwin-Bélanger à Montmagny
Photo: Julien Simard Le duo Silb avec Kristina Kuusisto au bandonéon et Roger Eon à la guitare, vendredi soir à la salle Edwin-Bélanger à Montmagny

Montmagny. Jusqu’à lundi midi, tous les types d’accordéons résonnent de la rue Saint-Jean-Baptiste au coeur de la ville de Montmagny jusqu’au Centre des migrations près du camping attenant au fleuve. Jusqu’à maintenant, Simon Thoumire, le duo Silb, Marie-Jeanne Brousseau et plusieurs autres se signalent. L’univers du festival est homogène, mais le mélange, inusité.

Et ce qui saute aux oreilles une fois de plus est d’entendre toutes les possibilités offertes autour d’un seul instrument. Mais s’agit-il vraiment d’un seul instrument ? Le « tire et pousse » du diatonique, l’unisonore du chromatique, l’amplitude du bandonéon, le côté chanson de l’accordéon piano, le son proche de l’orgue du bayan russe : la planète est vaste même si le coeur bat à la même mesure et les mélanges proposés entre variété, traditions, musette, chanson, jazz, classique et musiques plus actuelles paraissent parfois insolites. Mais, dans la capitale de l’oie blanche, cela coule de source.

Vendredi soir

Vendredi soir à la salle Edwin-Bélanger, l’éclectisme était au rendez-vous. Comme chaque année, on proposait sept artistes virtuoses qui reviennent sur les autres scènes pendant tout le week-end. Une formule intéressante qui permet de voir ou revoir, sans trop en manquer. En ouverture, un programme tout écossais avec le joueur de concertina Simon Thoumire qui a épaté la galerie avec son caractère espiègle et pourtant délinquant en tirant parfois simultanément deux sons opposés l’un à l’autre et en jouant traditionnel tout déconstruisant sans réserve.

Cela, devant un public d’âge mûr qui a également goûté Samuel Garcia qui n’avait pour accompagnement qu’un batteur. Entre chansons anciennes qui rappellent le musette, jazz qui fait scatter, citations instrumentales de Piaf et de Michael Jackson, il a arrangé et « dérangé » les pièces. Puis, ce fut l’affaire de l’Italien Renzo Ruggieri, un accordéoniste italien aux lunettes blanches qui dirige des orchestres symphoniques… Ici, on entre dans le monde frénétique du saltarello, du tango au flot de notes ou du classique et du blues aux formes aléatoires.

Diamik est devenu un autre coup de coeur de la soirée en créant une brillante démonstration plurielle de la culture bretonne. Deux accordéonistes accompagnent librement Brigitte Kloareg, une chanteuse charismatique qui occupe la scène avec une aisance déconcertante. Le trio a précédé le duo Silb composé de la bandonéoniste finlandaise Kristina Kuusisto et du guitariste français Roger Eon. Ici, la notion de paire musicale atteint des sommets et la façon du couple de donner de l’espace au tango sans le copier impressionne.

Après eux, le personnage : Vladimir Denissenkov avec son monde unique, son bayan et son répertoire entre les sons d’église et le rock, la tendresse et la puissance, juste avant la surprise de la soirée : Marie-Jeanne Brousseau, une jeune accordéoniste québécoise qui a grandi avec le Carrefour et qui s’améliore à chaque présence. De l’insérer après toutes ces figures internationales fut un véritable coup de maître. Elle s’est d’ailleurs mérité une ovation debout. Son parcours se compare à ceux d’Alexandre B. Caron, de Timi Turmel, et de Keven Desrosiers, trois autres accordéonistes présents à Montmagny.

Samedi

Une grande (re) découverte de la journée fut cette Place à la gigue, alors que le directeur artistique Raynald Ouellet a animé une musique endiablée et fait danser trois gigueurs et une gigueuse qui martelaient les planches, marchaient en rythmant, créaient l’illusion d’avancer en reculant ou l’inverse, devenaient souples et agiles comme des pantins. À quatre en avant, ça frappe fort !

Sinon d’autres artistes nous ont conquis : Laudat et Dubanton avec leur swing musette, du Balajo à Gainsbourg ; Vildà et leur extraordinaire rencontre entre le chromatique finlandais et le chant joik du peuple sami ; le duo Montanaro-Cavez et leur imaginaire européen, leur jeu sale et méditatif ; le basque Joseba Tapia qui a traduit Quand les hommes vivront d’amour dans sa langue. On lui laisse le mot de la fin : « C’est important le Québec pour les Basques, autant pour la littérature que pour la chanson ».

Yves Bernard séjourne à Montmagny à l’invitation du Carrefour mondial de l’accordéon de Montmagny.