FME, jour 2: À la dérive sur le lac Osisko

Le rappeur Lary Kidd
Photo: Jérôme Dumais Le rappeur Lary Kidd

Peu importe l’heure du jour ou de la nuit, à Rouyn-Noranda, pendant le FME, lorsqu’on entend de la musique quelque part, on ne sait jamais vraiment si c’est un groupe qui joue où une voiture qui roule fenêtres ouvertes. C’est à cause du lac Osisko en plein coeur de la ville : la surface de l’eau fait écho, les sons voyagent et résonnent partout en ville. Hier par exemple, vers 14 h, par un radieux après-midi, c’était bel et bien un groupe rock qu’on entendait jouer à l’autre bout du lac : Duchess Says.

En suivant la piste de la musique, on aboutissait dans une maison sur la rive sud du lac, louée par l’étiquette Bonsound, qui y organisait sa traditionnelle épluchette de blé d’Inde. Le rendez-vous du vendredi midi : musiciens, professionnels de l’industrie musicale québécoise et d’ailleurs — Belges, Suisses, Français, un journaliste écossais aussi, on en oublie, ne les ayant pas encore tous rencontrés — cordés autour de la piscine et près des groupes invités, à gruger un épi en échangeant sur le métier, la musique et l’accueil formidable que nous font les Rouynorandiens.

Tous les jours, avant la première salve de concerts de la journée, vers 17 h, le Festival de musique émergente devient un grand salon professionnel musical. L’événement attire bon an mal an plus de 130 de ces membres de l’industrie, certains arrivés ici en repérage — les tourneurs et diffuseurs —, cherchant à combler la programmation de leurs salles. D’autres, les maisons de disque et les éditeurs, espèrent dénicher le prochain artiste à faire découvrir au grand public.

Le groupe inconnu et convoité par les étiquettes québécoises d’hier se nomme Zen Bamboo. Ne vous fiez pas au nom, la musique est beaucoup plus intéressante. Quatre blancs-becs qui font du rock en français, tous dans la petite vingtaine, dirait-on, originaires de Saint-Lambert. Ils jouaient au Petit Théâtre du Vieux Noranda, devant de nombreux observateurs de l’industrie.

Musicalement, situons-les dans l’axe Pixies-Nirvana. Forcément, ça en fait des cousins de Malajube, mais avec une énergie complètement différente : sophistiquée dans sa rythmique, avec parfois des idées empruntées vaguement au prog dans ses changements de tempos aussi abrupts que précis. Imprévisible, mais jamais brouillon, même si les gars ont tous l’air de sortir d’une boîte à surprise. Du coeur dans l’interprétation, une présence scénique impressionnante, déjà, et l’envie de dire des choses sans filtre, comme dans cette chanson (d’actualité) portant le titre Si on avait un pays, ou quelque chose s’en rapprochant, présentée ainsi par ce chanteur-guitariste au discours décousu, façon Jean Leloup : « Beaucoup de gens sont souverainistes, mais aussi fucking racistes… Faudrait pas. » Des curieux ? Quelques chansons sont offertes sur leur page Bandcamp, en attendant de savoir quelle maison de disque lancera leur premier album officiel.

Évidemment, Pierre Flynn, programmé pendant le 5 à 7, n’a plus besoin d’être découvert. Parlons ici de retrouvailles alors qu’il se produisait en duo dans une nouvelle salle investie par le festival, le Manège militaire de Rouyn-Noranda. Intime et puissant, Flynn redécorant ces lieux mal assortis de sa prose et qui, au détour des classiques offerts, s’est faufilé dans l’âme des locaux avec sa récente chanson Duparquet (de l’album Sur la terre, 2015), du nom du village abitibien où a grandi sa mère.

La suite de notre soirée nous a fait dériver autour du lac Osisko, attrapant un bout de Sarah Toussaint-Léveillée dans un café, l’Abstracto, archibondé (élégante performance de chanson pop de chambre, avec petit ensemble de cordes), Jason Bajada faisant lui aussi salle comble au Cabaret de la Dernière chance pour le lancement officiel de son album paru hier, Loveshit II (Blondie The Backstabberz), collection de nouvelles chansons pop-rock qui marque le retour à l’anglais et aux comparaisons avec le John Lennon post-Beatles. Bajada était notamment accompagné par Philippe Breault à la basse et de l’épatant Samuel Joly à la batterie, admiré la veille sur scène avec le duo Thus Owls — ce lancement sonnait du feu de Dieu.

Pour la fin de la soirée, retour dans le côté sud de la ville, au Théâtre Paramount, pour la soirée hip-hop mettant en vedette le rappeur local Matthew James, Lary Kidd, Eman X Vlooper et Alaclair Ensemble.

Il nous faudra retourner écouter le matériel de James, les deux chansons que nous avons entendues semblaient alléchantes. Lary Kidd, aperçu aux FrancoFolies en juin dernier, était attendu des amateurs de rap abitibiens : salle grouillante et bruyante pour ce pourvoyeur de gros son trap québécois, qui a su par sa présence convaincante et brûlante (et avec le coup de main du rappeur OG Bear des Dead Obies, monté jouer les « hype man ») donner du ressort aux chansons du sombre album Contrôle, paru il y a quelques mois.

Si le rappeur Eman ne possède pas tout à fait la prestance sur scène de son collègue Lary, la souplesse de son style vocal et la fluidité de sa prosodie compensent largement. Sur des rythmes plus nuancés, orchestrés par le camarade Vlooper — que les festivaliers ont ensuite retrouvé avec Alaclair Ensemble en fin de concert —, Eman a alterné entre le matériel des deux albums du duo, XXL et le tout récent La joie. Pas de temps mort, que du grand rap, coloré, captivant, haletant. Et trop court : quarante-cinq minutes ne suffisaient pas pour plonger à fond dans l’univers des deux artistes. Heureusement que suivait le reste de la troupe Alaclair.

Notre journaliste séjourne à Rouyn-Noranda à l’invitation du FME.

1 commentaire
  • Gaetane Derome - Abonnée 2 septembre 2017 01 h 40

    Un autre spectacle au Lac Osisko.

    J'ai assisté a un autre spectacle au Lac Osisko qui s'est déroulé sous la pluie le 10 août dernier.Celui des Trois Accords et des Cowboys Fringants.Malgré la pluie il y avait plein de monde,pour ne pas dire foule.Beaucoup de jeunes gens.
    Et malgré tout ce qu'on dit sur les jeunes,que supposément ils ne sont plus souverainistes,lors d'une chanson des Cowboys un groupe de jeunes derrière nous ce sont mis a scander:"On veut un pays".Vous dire ma joie...