Danser 15 ans sans se fatiguer au Piknic Électronik

Après 15 ans de techno, de house et d’électro en tous genres, le Piknic attire des DJ de partout dans le monde et des festivaliers loyaux, semaine après semaine.
Photo: Djalma Vuong-Deramos Après 15 ans de techno, de house et d’électro en tous genres, le Piknic attire des DJ de partout dans le monde et des festivaliers loyaux, semaine après semaine.

Lors de la toute première édition du Piknic Électronik, « quelque part autour de la Saint-Jean » se remémore son cofondateur Nicolas Cournoyer, 217 danseurs s’étaient retrouvés autour du stabile de Calder au parc Jean-Drapeau. Quinze ans plus tard, l’événement attire en moyenne entre 5000 et 6000 « pikniqueurs » chaque week-end de la belle saison. Au fil des ans, le rendez-vous dominical s’est imposé comme l’une des activités estivales phares de la métropole grâce à l’esprit bon enfant qui y règne et sa programmation musicale riche en talents locaux et en artistes de stature internationale. Le long congé de la fête du Travail sera l’occasion de souligner l’anniversaire alors que les Montréalais seront conviés sur le nouveau site investi par l’organisation.

Certes, une première journée anniversaire s’est tenue le 25 juin dernier, avec le DJ house montréalais Fred Everything, l’un des premiers artistes locaux à avoir fait tourner ses vinyles au Piknic, il y a 15 ans. « Il y avait eu un orage monstre ! » se souvient encore Pascal Lefebvre, cofondateur de l’événement avec Louis-David Loyer, Michel Quintal et Cournoyer. « Nous devions tenir à bout de bras les pattes de la tente qui abritait le DJ. C’est là qu’on s’est aperçu que sur le bord du fleuve, c’est venteux ! » Fallait protéger l’artiste et ses vinyles — « ou les pochettes de ses disques, en tout cas, parce qu’on jouait encore que du vinyle dans ce temps-là. Les aiguilles revolaient au vent ! »

Or, 15 ans plus tard, les DJ ont troqué les caisses de 12 pouces pour des technologies moins encombrantes et autrement mieux adaptées à leurs pulsions créatives, mais l’esprit du Piknic Électronik est resté intact, et c’est d’abord ce que l’on célébrera dès aujourd’hui, vendredi, sur le nouveau site du Piknic, sur la plaine des Jeux du parc Jean-Drapeau, près de la Biosphère, avec le Français Sébastien Léger et la Montréalaise Alix, jusqu’à 23 h.

À l’origine même du projet, une idée : celle de démocratiser les musiques électroniques, alors encore confinées à l’underground, et surtout de donner une image différente de cette scène, alors associée aux raves, aux clubs after-hours« sombres et enfumés, parce qu’on fumait encore dans les bars à cette époque », note Cournoyer, et aux drogues synthétiques.

Photo: Source Piknic Électronik Sous l’œuvre de Calder, le tout premier Piknic Électronik, en 2003, avait attiré beaucoup moins de fêtards qu’aujourd’hui.

« Il y avait un travail d’éducation [musicale] à faire » et qui se poursuit encore, insiste Cournoyer. « La musique électronique est vaste, ce n’est pas tout le monde qui connaît tous ses sous-genres, ses déclinaisons. Lorsqu’on proposait des DJ house et techno, ça passait facilement, mais quand on s’aventurait du côté des musiques [promues par la maison] Ninja Tune, ou associées à MUTEK, c’était plus difficile à faire passer. Les connaisseurs suivaient, les autres apprivoisaient. »

Musiques pour tous

L’époque des raves est révolue, mais le Piknic, lui, persiste. La programmation est toujours aussi rigoureusement variée, mais l’événement a fait sa marque : les aficionados de l’électro choisissent leur dimanche en fonction des invités, mais la majorité des danseurs s’y rendent tête baissée, pour le simple plaisir de la fête, parce que le Piknic Électronik est désormais gage d’un bon après-midi tranquille. « Les familles étaient les bienvenus dès nos débuts, et c’est toujours le cas aujourd’hui, insiste Lefebvre. Dès 14 h, à l’ouverture, les danseurs arrivent avec leurs enfants pour y passer l’après-midi ; une deuxième vague de danseurs se pointe généralement vers 18 h pour entendre les têtes d’affiche », souvent internationales. Le premier de cette envergure à jouer au Piknic fut l’Anglais Matthew Herbert « lors de notre deuxième année, alors que l’achalandage avait déjà grimpé à un millier de danseurs, dit Cournoyer. Herbert était à Montréal pour MUTEK, on l’avait croisé par hasard au restaurant la veille : “Heille, ça te dirait de jouer dans un parc demain ?” »

Ce 15e anniversaire prend aussi l’allure d’une année charnière pour l’avenir du Piknic, admettent ses administrateurs qui envisagent même de demeurer à la plaine des Jeux lorsque seront terminés les travaux de réaménagement du parc Jean-Drapeau, autour du stabile de Calder qu’ils ont contribué à ramener dans l’imaginaire collectif en attirant à ses pieds des milliers de Montréalais profitant autant de l’oeuvre d’art que de la vue imprenable que le lieu offre sur le centre-ville.

Nouvelle ère

L’an dernier, le cofondateur Michel Quintal a vendu ses parts à l’entrepreneur bien en vue Alexandre Taillefer, et le Groupe Piknic Électronik, également organisateur de l’Igloofest, est ainsi entré dans le giron du « collectif expérientiel » MishMash, qui a aussi attiré la maison de disques La Tribu. Le but, selon les cofondateurs : mettre à profit leurs 15 années d’expérience en organisation d’événements culturels pour investir d’autres lieux, ici comme à l’extérieur du Québec — un Piknic Électronik sera présenté dès l’an prochain à Los Angeles.

Récemment, MishMash a pris une part dans la structure du festival musical champêtre Grosse Lanterne à Béthanie, en Montérégie. Le collectif est également derrière le festival Mile Ex End (qui a lieu samedi et dimanche), en plus d’opérer son propre char durant l’Électro-Parade qui défilera sur l’avenue du Parc demain — c’est la Montréalaise Misstress Barbara qui chauffera les platines, pour retourner à la plaine des Jeux le lendemain. « Le week-end de la fête du Travail, c’est traditionnellement la fin de semaine de Barbara », dit Lefebvre. C’est une invitation.

Piknic Électronik

Les week-ends, jusqu’au 24 septembre, au parc Jean-Drapeau.