Jason Bajada, deux histoires pour autant d’«uppercuts» et de disques

Pour «Loveshit II», Jason Bajada a travaillé en équipe réduite, avec le musicien et réalisateur Philippe Brault et le batteur Sam Joly. Le chanteur a d’ailleurs joué de presque tous les instruments.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Pour «Loveshit II», Jason Bajada a travaillé en équipe réduite, avec le musicien et réalisateur Philippe Brault et le batteur Sam Joly. Le chanteur a d’ailleurs joué de presque tous les instruments.

«Honnêtement, je suis un peu terrifié de commencer les entrevues pour cet album-là », lance le chanteur Jason Bajada en riant. Et nous de poser les questions, doit-on lui avouer. C’est que l’auteur de la pièce Pékin (les amitiés) — qui a trouvé une belle place sur les ondes commerciales il y a quelques mois — s’apprête à lancer un nouveau disque (double et en anglais) où il met ses tripes sur la table, sans métaphores et sans tabous. De quoi faire jongler le journaliste et l’artiste.

Ce Loveshit II — nouvelle déclinaison du disque au titre sans équivoque lancé par Bajada en 2008 — raconte un double uppercut au menton. D’une part, il y a une relation ardue avec une fille « toxique » déjà en couple et de l’autre, de multiples trahisons et la détresse profonde, voire les pensées suicidaires, qui les ont suivies. Le sous-titre de l’album est d’ailleurs Blondie The Backstabberz.

« Imagine, si tu prends les quatre piliers les plus importants dans ta vie, les quatre personnes qui sont juste inébranlables, et que ces gens-là se mettent à appuyer sur tes boutons, tes cordes sensibles en même temps, explique Bajada. Et il y a un couteau dans le dos ici, un autre là, et tout le monde se met à te poignarder de partout. J’étais dépassé, complètement étourdi par les événements. Après avoir essayé de gérer ça pendant des mois et des mois, j’ai complètement sauté un plomb et, next thing you know, j’étais en train de magasiner des pistolets sur Internet. Ça ne filait pas, mais pas du tout. »

Jason Bajada précise à raison que la majeure partie du premier disque est lumineuse, autant dans les textes que dans les musiques accrocheuses. Mais le second opus nous plonge plutôt dans sa torpeur.

L’écriture de cette vingtaine de pièces, toutes en anglais et divisées en deux volets distincts, a permis à l’auteur-compositeur-interprète de sortir la tête de l’eau, admet-il aujourd’hui que les choses vont beaucoup mieux pour lui.

« Sans blague, ce disque-là a vraiment fucking sauvé ma vie, confie Jason Bajada. C’est un peu dark et un peu drôle à dire, mais je me disais que, si j’étais pour me “pitcher” en bas de la falaise ou me tirer une balle, je devais juste finir cet album-là avant. Il restait quelque chose que je voulais faire. J’ai tout laissé sur la table. »

Écouter ses influences

 

Pour Loveshit II, Bajada a travaillé en équipe réduite, avec le musicien et réalisateur Philippe Brault et le batteur Sam Joly. Le chanteur a d’ailleurs joué de presque tous les instruments. « Ce disque-là ne peut pas plus me ressembler, c’est mes quatre pédales, mon chorus, mon reverb, c’est exactement mon jeu de guitare naturel. J’ai travaillé avec mes forces. »

Bajada s’est dit enchanté d’avoir pu oeuvrer avec Philippe Brault, son « premier choix » au poste de réalisateur. « J’étais sûr qu’il allait dire non. Il était pas mal sollicité après l’ADISQ, où il avait gagné avec Koriass. Et finalement, il a embarqué, il a tout le temps été rassurant et on a eu infiniment de plaisir. On avait beau chanter “All I wanna do is die”, après on rigolait, on buvait du vin, on était dans un bon esprit pour écrire des chansons tristes ! »

Dans cette bulle agréable, Bajada a aussi décidé d’assumer plus que jamais ses références, ses amours musicales, plutôt évidentes sur Loveshit II mais bien assimilées. « Je me suis dit : “Tom Waits, il chante bien de trois voix différentes, moi aussi je peux.” Je “tripe” sur Springsteen, sur les Strokes et sur The Smiths, alors c’est un mariage de tout ça, de ce que j’écoute dans la vie. »

Disque double

 

Avant de se restreindre à vingt morceaux, Bajada avait au total plus d’une trentaine de titres dans ses poches pour raconter les deux volets de Loveshit II. Dans sa tête, rapidement, le disque se devait d’être double.

D’abord, il n’était pas question de mélanger les deux chapitres de sa vie sur un même album. Et le chanteur ne voulait pas en lancer un maintenant et un autre quelques mois plus tard. « Un des arguments [contre le disque double], c’est que les gens ont un déficit d’attention. Ils ont du mal à se concentrer sur un seul album, alors imagine sur un double. Mais je trouvais que c’était plus demandant pour le public de voir deux albums différents sortir [en peu de temps]. “O.K., il sort juste plein de trucs. Lequel j’achète ?” »

Bajada et son équipe ont tout de même fait plus de travail en amont que jamais pour ce disque, faisant paraître à l’avance quelques titres et des capsules vidéo détournant des films connus. « Ma crainte, c’est qu’on pousse pour un single et que toutes ces chansons-là, que je trouve les meilleures que j’ai écrites, tombent entre les craques. J’ai trop d’ambition pour ce disque-là, je veux que les chansons se rendent aux oreilles des gens. »

Même si l’amour c’est de la merde, il aimerait bien un peu du vôtre.

 

Loveshit II

Jason Bajada, Audiogram

Blondie The backstabberz

En magasin le 1er septembre

À voir en vidéo