Pierre Guitard l’emporte (de peu) à Granby

Les cinq finalistes du FICG: Nicolas Gémus, Lou-Adriane Cassidy, Pierre Guitard, Marc-Antoine Beaudoin et Escabo
Photo: Festival international de la chanson de Granby Les cinq finalistes du FICG: Nicolas Gémus, Lou-Adriane Cassidy, Pierre Guitard, Marc-Antoine Beaudoin et Escabo

C’était la finale, ce vendredi soir. Le volet concours du Festival international de la chanson de Granby, 49e du nom, vivait son dénouement, un peu coincé dans la programmation, entre les spectacles hommages à Charlebois (jeudi) et Leloup (samedi). Pierre Guitard l’a emporté, mais de bien peu, on l’a bien senti entre journalistes. Vote divisé, comme on dit en politique.

Racontons. Ça a commencé avec un groupe, qui devait sa place en finale au vote des spectateurs. Escabo : c’est leur nom. À la finale du concours Ma première Place des Arts, j’avais trouvé leur folk plutôt agréable, planant. Rien de renversant, mais rien à redire. Sauf cette appellation : Escabo. Ils y tiennent, faut croire. N’empêche que ça prête à allusions bêtes. Sont-ils passés à l’échelon supérieur ? Pas vraiment. D’un titre à l’autre, ça se laissait écouter, ça glissait sur la peau. Pas de préhension. Après leurs trois titres, l’échelle n’était toujours pas sûre. Et moi, plus que jamais certain qu’un changement de nom s’impose.

Il restait encore quatre artistes en lice, mais bon, c’est humain, ça donnait un peu le ton. Quand ça part ordinaire, c’est mal parti. C’est injuste pour les autres, je sais. Mauvaise année, bonne année, on ne peut pas présumer avant la dernière chanson du dernier candidat. Mais il se trouve que c’était épatant l’an dernier. De beaux cas de figure, au moins deux inclassables qui réjouissaient : Samuele (qui l’emporta) et Lydia Képinski. Les deux auteures-compositrices-interprètes ont fait bien du chemin depuis, l’originalité de la proposition ne mentant pas. La victoire de Lydia aux Francouvertes l’a lancée : elle est programmée en fin de semaine prochaine au tout nouveau festival Mile Ex End Musique Montréal, à la même affiche que Charlotte Cardin, Suzanne Vega, Patrick Watson. Après elles, et surtout après Escabo, c’est peu de dire qu’on espérait des aspirants plus inspirés.

Le délicat Nicolas Gémus, la transparente Lou-Adriane Cassidy

« Ma première chanson, c’est vraiment ma première chanson », a précisé Nicolas Gémus, la dédiant à Petite-Vallée : tout le monde est passé par le Théâtre de la Vieille Forge, et ça sent la fumée des décombres de l’incendie jusqu’à Granby. Il est sympa, ce gars : son folk à lui ne réinvente pas le genre non plus, mais ce vendredi de finale, ça atteignait la cible. Pas de filtre, pas de carapace : la tendresse est à fleur de peau dans Le bunker de tes bras. Les as musiciens et choristes autour de lui n’en mettaient pas trop : c’est délicat, vulnérable, du Nicolas Gémus. Grandes qualités, à mon sens.

Lou-Adriane Cassidy, qui était interprète et rien qu’interprète il n’y a pas si longtemps (on l’a vue et entendue à La Voix, rappelle-t-elle), a étonné aux premières mesures : elle est faite pour chanter des chansons faites par elle ou pour elle, c’était l’évidence. Images fortes, sensibilité d’écorchée, beaux pickings à la guitare électrique, structures pas banales, ça se tient. On pensait un peu à Marie-Pierre Arthur, mais pas trop. Comme Nicolas, elle ne se protège pas. On avait l’impression de voir à travers elle : Lou-Adriane est une chanteuse transparente.

Marc-Antoine Beaudoin le mal-aimé, Pierre Guitard le bien-aimé

Habitué des concours, souvent lauréat, mais pas révélé pour autant, Marc-Antoine Beaudoin avait les interprétations un peu désabusées, on sentait qu’il jouait son va-tout. Son folk-rock était bien envoyé, ses structures de majeur en mineur plutôt habiles, mais il se la jouait un peu trop poète maudit. « Est-ce que vous m’aimez ? » demanda-t-il. C’était parlant. Et un brin désespérant. Pour lui, ça passait ou ça cassait.

On cherchait en vain des mélodies mémorables chez Pierre Guitard : en fait, on attendait des variations qui n’arrivaient jamais. Et quand il présentait ses mornes airs, il ne s’adressait qu’à lui-même. Avec une certaine complaisance. Ce n’est pas tant qu’il marmonnait : il s’écoutait parler. Rien à retenir dans ces monologues à usage interne, pas tellement plus dans les chansons. Il a quand même beaucoup plu. Question d’attitude. Eh ! On aime les chanteurs qui s’aiment. Et celui-là, ce vendredi, s’aimait pour deux. Assez pour sortir gagnant de cette drôle d’année. La vie est mal partagée.