Une distribution en or pour «Porgy and Bess» en plein air

Comment ne pas penser, à entendre ici l’histoire de ces habitants d’un ghetto noir de la ville de Charleston en Caroline du Sud, aspirant à une vie meilleure, que ce même Parc olympique abrite au même moment un millier des 2500 demandeurs d’asile, en majorité haïtiens, en provenance des États-Unis ?
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Comment ne pas penser, à entendre ici l’histoire de ces habitants d’un ghetto noir de la ville de Charleston en Caroline du Sud, aspirant à une vie meilleure, que ce même Parc olympique abrite au même moment un millier des 2500 demandeurs d’asile, en majorité haïtiens, en provenance des États-Unis ?

Pour son grand concert gratuit sur l’Esplanade du Parc olympique, ouvrant la Virée classique 2017, Kent Nagano dirigeait jeudi soir des extraits de Porgy and Bess de George Gershwin. L’OSM a annoncé en fin de soirée le chiffre de 30 000 personnes présentes. Forts de l’expérience des années passées, l’affluence nous apparaissait pourtant assez notablement en baisse, et on peut se réjouir que, finalement, l’événement ait pu attirer autant de monde que l’an passé.

En 2016, l’OSM commémorait l’histoire de Montréal : les 40 ans des Jeux olympiques de 1976. Personne n’aurait pu imaginer qu’un an plus tard c’est avec l’histoire en direct que par le pur effet du hasard l’OSM allait cohabiter. Comment ne pas penser, à entendre ici l’histoire de ces habitants d’un ghetto noir de la ville de Charleston en Caroline du Sud, aspirant à une vie meilleure, que ce même Parc olympique abrite au même moment un millier des 2500 demandeurs d’asile, en majorité haïtiens, en provenance des États-Unis ? Les ultimes paroles de Porgy résonnent puissamment dans ce contexte alors qu’il part à la recherche de Bess à New York : « I’m on my way to a Heav’nly Land »

J’ai cherché à savoir si une place particulière avait été réservée aux réfugiés pour un événement aussi symbolique. La porte-parole de l’OSM, Natalie Dion, m’a précisé que la chose était du ressort du Parc olympique, qui accueillait le concert, et que les demandeurs d’asile étaient les bienvenus sans que rien de spécifique n’ait été prévu. André Robitaille, dans son préambule, a invité à « saluer et accueillir les migrants qui ont trouvé refuge au Stade et sont parmi nous ».

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Tout le monde était si bon que le concert aurait largement mérité une supplémentaire dimanche en acoustique à la Maison symphonique de Montréal.

Dans son déroulement, ce Porgy and Bess a connu plusieurs pépins techniques. Tout d’abord, le concert a commencé avec 20 minutes de retard. Ensuite, il manquait un écran à gauche de la scène et l’image de celui de droite sautait de temps en temps. L’amplification des voix n’embarquait pas toujours de suite. Par ailleurs, la réalisation vidéo n’était pas aussi affûtée qu’à Lanaudière, le réalisateur manquant même le meurtre de Porgy sur Crown ! A contrario, la vidéo a été utilisée à bon escient, dans la narration, par l’insertion de petits films.

La musique a compensé beaucoup de choses et, à ce titre, la soirée mérite bien des éloges. Ils vont tout d’abord à la synthèse de l’oeuvre, en une heure, absolument remarquable. Puis aux interludes narratifs d’André Robitaille, clairs, percutants et sobres. Kent Nagano s’est montré impliqué et stylistiquement juste, à la tête d’une distribution exemplaire. Je ne sais qui a été le deus ex machina derrière la composition de ce plateau, mais il mérite un sacré coup de chapeau. Malgré l’amplification massive et criarde, on devinait que chacun et chacune était à sa place, avec des prestations modèles de Will Liverman (Porgy) et Francesca Chiejina (Serena), une Marie-Josée Lord intense et émouvante, et un Summertine excellent de Janai Brugger.

L’idée la plus lumineuse fut cependant de distribuer le rôle du « bum » Sportin’Life à un chanteur de type Broadway, le Montréalais Gardy Fury, qui a fait un numéro d’enfer sans jamais dévoyer la partition. Il est particulièrement malin de faire cette distinction d’univers vocal entre les personnages (opératiques) qui cherchent à s’élever et l’adepte de la vie de bohème, en quête d’argent facile.

Tout ce monde était si bon qu’il aurait largement mérité une supplémentaire dimanche en acoustique à la Maison symphonique de Montréal. Et on aurait payé pour aller les revoir !

L’OSM au Parc olympique

Gershwin : Porgy and Bess (extraits). Will Liverman (Porgy), Marie-Josée Lord (Bess), Janai Brugger (Clara), Francesca Chiejina (Serena), Gardy Fury (Sportin’Life), Justin Welsh (Crown). Choeur et Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Présentation : André Robitaille. Mise en espace : Oriol Tomas. Esplanade du Parc olympique, jeudi 10 août 2017.

1 commentaire
  • Jean-Rémi Brabant - Abonné 11 août 2017 18 h 30

    Porgy and Bess

    Sûr que c'était dynamique et ...criard! André Robitaille, tout comme Gregory Charles sont des trésors nationaux. La ministre se sera faite discrète à souhait; on comprenait qu'il fallai de circonstance honorer le passé des noirs de Montréal et témoigner d'un bon niveau d'accueil envers nos réfugiés récents.

    Ce fut une belle occasion bien saisie.