Osheaga — Grand soleil, éclats épars

D'après notre critique, le groupe Cage the Elephant a volé la vedette samedi à Osheaga.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir D'après notre critique, le groupe Cage the Elephant a volé la vedette samedi à Osheaga.

Après un vendredi pluvieux et imprévisible, la seconde journée du 12e festival Osheaga s’est déroulée sous le soleil — la pluie n’a fait son apparition qu’aux alentours de 21 h — et le signe des changements d’horaire de dernière minute. La programmation, entre nostalgie et poids lourds commerciaux, a été ponctuée de quelques performances remarquables sans coup de cœur majeur.

Après le déluge, c’est avec ravissement que les festivaliers ont accueilli le soleil radieux qui baignait le nouveau site d’Osheaga sur l’île Notre-Dame. C’est seulement une fois la soirée bien avancée que les mélomanes présents ont dû sortir les ponchos, une heure respectable, comparativement aux dangereux éclairs de la veille.

Mais cette dose supplémentaire de vitamine météo ne s’est que partiellement transposée sur les scènes, qui ont accueilli les vétérans rock de Muse, les DJ de tubes dansants Major Lazer et le prince de la flemme hautaine, l’ex-Oasis Liam Gallagher.

D’ailleurs, après la déception provoquée par l’annonce vendredi de l’absence de l’artiste soul R&B Solange, la programmation de ce samedi est presque devenue un tableau des absents. On avait en effet invité Lil Uzi Vert à reprendre le flambeau de Mme Knowles, mais sa prestation n’a pas non plus pu avoir lieu. Même chose pour le Britannique George Ezra, dont les airs pop-rock graves sont bien connus des stations de radio. C’est le groupe folk rock Dawes qui a pris sa place, lui qui devait originalement jouer plus tôt sur la même scène.

Comme des têtes d’affiche

Malgré ce ballet de changements, de quoi s’amuser néanmoins. La palme de la journée en matière de maîtrise de la scène et d’énergie salvatrice revient aux rockers de Cage the Elephant, qui jouaient sur la scène de la Rivière en fin d’après-midi, sous le plus beau des soleils. Les organisateurs auraient gagné à engager le groupe du Kentucky plus tard en soirée, étant donné l’indiscutable vecteur de party qu’incarne Matt Shultz, leader de la formation.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le groupe rock Cage the Elephant jouait sur la scène de la Rivière en fin d’après-midi.

Infatigable, le chanteur avait un je-ne-sais-quoi d’un Jagger enflammé, porté par des musiciens visiblement contents. Hypnotisée, la foule massive et compacte a entonné avec Shultz les succès commerciaux du groupe, Mess Around, Come a Little Closer ou encore Ain’t no Rest for the Wicked. Visiblement, Shultz aime la scène, les gens et la musique, toutes ces choses lui rendant volontiers son affection. En fin de parcours, l’électrique meneur du groupe a adressé un message de soutien aux femmes de l’auditoire, les encourageant à « s’aimer soi-même, pour contrer l’anxiété et la pression constante ». Touchant.

Parlant de femmes, elles furent plutôt absentes des scènes de ce samedi, l’annulation de Solange n’aidant pas un pourcentage déjà faible. En milieu d’après-midi, la jeune Française Jain a toutefois été du nombre. Il était tôt dans la journée, mais les festivaliers ont répondu présents à son appel dance-afro-beat. Seule sur scène, en maîtrise, quoique un peu isolée, l’artiste de 25 ans a souvent fait appel à la foule (« tous les pvtistes de Montréal ? », demanderont les langues sales) notamment pour agrémenter ses succès Come et Makeba. Charmante et rieuse, la « beatmaker » a de la voix ! L’heure était à la danse.

Souvenirs, souvenirs

Un peu avant 17 h, c’est le dandy anglais Liam Gallagher qui a incarné la nostalgie en cette seconde journée. Stoïque — d’aucuns diraient glacial —, l’ex-leader d’Oasis a rameuté les fans éplorés de son défunt groupe. Sans grande originalité, un peu éteint, Gallagher était vêtu d’un parka qui le faisait détonner dans la chaleur d’août. Au moins, l’artiste a offert une prestation complète, après le pépin survenu à Lollapalooza qui l’a fait arrêter son concert après 20 minutes. La performance s’est terminée (immanquable) sur le succès souvenir Wonderwall.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le groupe torontois indie rock Broken Social Scene

La nombreuse bande de Kevin Drew, Broken Social Scene, vétérans torontois de l’indie rock s’il en est, ont aussi contribué à verser cette journée un peu plus dans le souvenir. Alors que le collectif a publié Hug of Thunder début juillet, il était immanquable que les musiciens, dont le nombre exact est un mystère, jouent les pièces qui les ont fait connaître. Très tôt dans le concert, Drew a voyagé dans le temps vers 2010, en prenant un bain de foule sur la pièce Texico Bitches. L’ex-membre et leader du groupe Metric Emily Haines a ravi la foule en apparaissant sur scène pour Halfway Home, sans trop de conviction. Certains semblaient s’amuser plus que d’autres, et cela a transparu dans une prestation inégale, coiffée toutefois en fin de parcours par une interprétation unie et attendrissante d’Anthems for a Seventeen Year Old Girl.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L'artiste américain Father John Misty

À 20 h 20, il a fallu choisir entre l’intensité folk rock de Joshua Tillman, alias Father John Misty, et l’électro hip-hop dansante de Major Lazer.

Nous avons boudé les chouchous des ondes pour donner une chance au barde ténébreux, qui présentait sa dégaine de « preacher » soul à la scène de la Vallée. Transporté par les pièces de son plus récent album, Pure Comedy, le chanteur politisé a fait montre de son énergie et de son sens du spectacle indéniable. Élégant et suave, il a su pallier son manque de gros canons commerciaux par ses interactions avec le public et son aisance sur scène. Les lieux ont pris les airs d’une messe folk rock, avec juste ce qu’il faut de blues et d’irrévérence. Les festivaliers, peu nombreux, mais visiblement gagné d’avance, ont été charmés. La pluie a rattrapé les festivités à ce moment.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Matt Bellamy, du groupe Muse

Et puis, Muse. Les géants de l’epic-rock ont fait converger les fans de tout âge, clôturant sur une énième réinterprétation de Knights of Cydonia. Même look, mêmes chansons, même message depuis des années… Disons qu’Osheaga a joué de prudence en ce samedi.