Glass Animals se présente sans regrets à Osheaga

Lors de sa première tournée nord-américaine, le groupe emplissait les petits clubs; aujourd’hui, il enchaîne les scènes de grands festivals. Sur notre photo, le chanteur David Bayley.
Photo: John Davisson Associated Press Lors de sa première tournée nord-américaine, le groupe emplissait les petits clubs; aujourd’hui, il enchaîne les scènes de grands festivals. Sur notre photo, le chanteur David Bayley.

Surtout, ne pas confondre avec Glass Tiger. « Qui ça ? » s’enquiert David Bayley, chanteur, guitariste et parolier du quartet Glass Animals. C’est un groupe pop-rock des années 1980, lui explique-t-on, sorte de version canadian de Duran Duran. Pas très bon, au demeurant. En vérité, il suffit d’écouter le dernier album de ces Britanniques, le savoureux How to Be a Human Being tout juste retenu dans la courte liste du prestigieux prix Mercury, pour ne pas commettre l’erreur. Ça, c’est tout bon.

Au bout du fil, l’explication amuse le chanteur : « Don’t Forget Me [When I’m Gone], c’est ça le titre ? Je vais devoir l’écouter. Tu sais, parfois, les one-hit wonders, ça fait de bonnes chansons ! » Bayley en sait quelque chose : les deux disques du groupe, Zaba(2014) et le second paru il y a moins d’un an, en sont farcis. Glass Animals, en essence, c’est de la bonne chanson pop, des textes bien tournés — sur le nouvel album, surtout, une série de portraits volés à des personnages croisés lors de leur première tournée —, des mélodies justes, poussées avec émotion par ce chanteur à la voix cinglante.

Ça en prend une pour trancher au travers des arrangements denses que diffuse le groupe. Leur pop aux accents rock rehaussés par un jeu de batterie sourd se drape de synthés, occasionnellement de grooves d’influence hip-hop, allumant un petit feu d’artifice sonore aux étincelles multiples. Glass Animals, en quelque sorte, dessine l’horizon musical de quatre musiciens aux influences variées : « Les gars, Drew [MacFarlane, guitares et claviers] et Ed [Irwin-Singer, basse et claviers], écoutent beaucoup de jazz et de musique classique. Moi, je suis à fond dans le hip-hop, le R & B et la musique dance. Mon groupe préféré, c’est Can », mythique orchestre krautrock allemand. Résultat : un type de production kaléidoscopique, une signature sonore chargée qui leur a (trop) souvent valu des comparaisons avec leurs confrères de alt-J — eux aussi en nomination pour le prix Mercury, lequel sera décerné le 14 septembre.

Gravir les échelons

« Ça, c’est énorme, reconnaît David Bayley. C’est un prix qui récompense l’album, l’ensemble cohérent de chansons, la vision artistique, et pas les ramassis de singles. J’ai fait mon éducation musicale avec ce prix. Lorsque la courte liste était publiée, je courrais acheter les dix albums en nomination. Les autres gars, c’est pareil. La nomination est arrivée comme une surprise pour nous — en vérité, nous avions confirmé une longue tournée hors de la Grande-Bretagne qui coïncide avec la cérémonie. On a dû annuler un concert pour pouvoir y assister ! »

Cette reconnaissance arrive somme toute assez tôt dans la carrière de Glass Animals. Lors de la première tournée nord-américaine, le groupe emplissait les petits clubs ; aujourd’hui, il enchaîne les scènes de grands festivals, les apparitions aux talk-show saméricains et les têtes d’affiche en aréna, comme celle de Portland, au Maine, où nous avons joint David.

« On ne s’attendait pas à ça, vraiment. Lorsqu’on a commencé notre première tournée, on roulait dans une petite Toyota Camri. On a gravi les échelons jusqu’à voyager dans un vrai autobus de tournée. C’est pas mal, non ? Certes, c’est beaucoup de travail, mais c’est du travail amusant. En fait, je n’appelle même pas ça du travail ; c’est comme pratiquer mon passe-temps et ma passion en même temps. »

Et apprendre le métier sur le tas. Les quatre amis d’enfance ont fondé Glass Animals à l’Université d’Oxford, où ils étudiaient. Pour David, c’était la médecine : « Ma mère était désemparée lorsque je lui ai appris que je lâchais l’école. En fait, je lui ai menti : je lui avais seulement dit que je prenais une année sabbatique, alors que j’avais déjà signé un contrat de disques » avec Wolf Tone, l’étiquette du réalisateur attitré d’Adele, Paul Epworth, qui les a découverts le premier.

Après, ça a déboulé. Les chansons qui tirent l’oreille. La fièvre dans la voix, les orchestrations joyeusement bordéliques. Succès chez euxd’abord, ici ensuite. « Nous n’étions pas super bons avec nos instruments au début — disons que de jouer tous les jours, ça aide. Sur scène, nous étions très timides, très nerveux, c’était une première expérience pour nous. On a appris à se détendre et à s’amuser, à jouer en s’imaginant que personne ne nous regardait. Nous étions à l’image de notre premier album, doux et renfermés — ce disque, je l’avais fait dans ma chambre à coucher, ne le fignolant pas trop fort pour ne pas réveiller mes colocataires… »

D’autres se plantent avec leur second disque — la malédiction du « sophomore album » ! Les membres de Glass Animals magasinent plutôt les costumes qu’ils porteront à la cérémonie du prix Mercury. « Ma mère a appris avant moi que nous étions dans la courte liste,échappe David. C’est elle qui m’a appelé pour me le dire. Elle était hystérique au téléphone. »

Pas de regret d’avoir abandonné les études en médecine, David ? « Aucun. »

Glass Animals jouera juste après l’impeccable Angel Olsen vendredi, à 16 h 10, sur la scène de la Rivière du festival Osheaga, qui pour la première fois en cinq ans n’affiche pas complet.