«Nova Stella» veut montrer le Montréal d’aujourd’hui

Huu Bac, Queen Ka, Pierre Kwenders, Karim Diouf, Chele de la formation Sonido Pesao, Mamselle Ruiz et Didier Lucien
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Huu Bac, Queen Ka, Pierre Kwenders, Karim Diouf, Chele de la formation Sonido Pesao, Mamselle Ruiz et Didier Lucien

Il suffit de se promener un tant soit peu dans le métro de la métropole pour comprendre que l’image qu’on montre très souvent de Montréal ne représente qu’un tout petit échantillon de ceux qui font bouillonner la ville, socialement et culturellement. L’événement Nova Stella, qui se déroulera le 5 août dans le cadre du 375e de Montréal et pendant Présence autochtone, tentera d’élargir les horizons.

L’idée de Nova Stella vient de la supernova, qui explose lorsqu’elle meurt, avant de dégager tellement d’énergie « qu’elle recrée un nouvel univers », explique Jérôme Pruneau, de Diversité artistique Montréal (DAM), qui coproduit l’événement. « On veut proposer dans ce show-là une ère nouvelle dans la façon d’être ensemble. »

La programmation est vaste et audacieuse, et s’étire sur une bonne partie de la journée. De 12 h 30 à 16 h, place des Festivals, Nova Stella proposera une première série de spectacles, avec entre autres Emrical, Matiu et le Huu Bac Quintet.

Puis la musique cédera la place à la danse, pendant le grand défilé de l’Amitié nuestroamericana. 65 groupes de 35 pays célébreront « la fraternité qui unit les peuples autochtones des Amériques ». La marche s’élancera du square Dorchester pour ramener la foule à la place des Festivals,

C’est là, dès 20 h 30, que le gros morceau de Nova Stella aura lieu, en musique et en mots. Sur scène, on verra entre autres Karim Diouf, Pierre Kwenders, Jacques Jacobus, Webster, Tomás Jensen, Loco Locass, Sonido Pesao, Mamselle Ruiz et Queen Ka.

« Tout Montréal est là »

« On voulait que ce soit le Montréal d’ici, le Montréal d’aujourd’hui, le Montréal de la rue, du métro, qu’on croise tous les jours, qui soit tout à fait représenté. Tout Montréal est là », a raconté Jérôme Pruneau, de DAM, en conférence de presse jeudi.

Nova Stella n’est pas un spectacle comme les autres, ajoute-t-il, puisqu’il porte un message fort d’inclusion, qui sera porté entre autres par un manifeste, composé par la slameuse Queen Ka.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Cette dernière a composé un texte qu’elle livrera sur scène et dont certains extraits sont déjà diffusés dans une capsule vidéo. « Nous sommes les prochains bâtisseurs de grandes entreprises, des dragons cosmopolites qui fourmillent dans la ville […] Nous sommes ceux avant nous, et ceux à venir », peut-on y entendre.

Elle a voulu écrire un manifeste poétique, « qui s’inscrit dans un engagement social de changement » et « qui est surtout réaliste par rapport à ce qui se passe réellement à Montréal ». Emballée, Queen Ka en rajoute et se pose des questions à voix haute. « C’est quoi, être Montréalais, comment on peut avancer avec ça, avec ceux qui étaient là avant il y a 375 ans, ceux qui sont là depuis 375 ans et ceux à venir dans les 375 prochaines années ? »

C’est quoi, être Montréalais, comment on peut avancer avec ça ?

Par ailleurs, 10 000 exemplaires du manifeste, transposé en bande dessinée par D. Mathieu Cassendo, seront offerts dans la foule.

Des artistes intéressés

Le grand spectacle sera mis en scène par Didier Lucien, et accompagné du travail de l’illustrateur Ben Clarkson. Lucien s’est vite rendu compte que les musiciens répondaient rapidement et positivement à leurs appels.

C’est le cas de Mamselle Ruiz, qui trouve Nova Stella très inspirant. « On est arrivés ici pour y rester, on n’est pas étrangers, on n’arrive pas en vacances. On expose qui on est, la richesse de cette panoplie », a-t-elle dit en point de presse jeudi.

Pierre Kwenders a souligné le fait que la plupart des artistes à l’affiche se connaissent, mais qu’ils n’ont que très peu d’occasions de jouer ensemble. « Souvent on se sent un peu seuls. Et voir une programmation pareille, c’est rafraîchissant. »

Et ne leur dites surtout pas que c’est un spectacle de « musique du monde ». « On fait de la musique ici, dit Karim Diouf. Tout ce qu’on fait est transformé, on ne le fait pas comme chez nous, on le fait comme ici. »

Même constat chez Chele, du groupe Sonido Pesao, qui estime que leur mélange de cumbia et de rap est teinté de l’ADN de la métropole, jusque dans les paroles.

Jérôme Pruneau, de DAM, voit en Montréal un terreau fertile pour ce genre de fusion, mais juge que davantage pourrait être fait pour inclure ces créateurs. « Montréal devrait être avant-gardiste dans la façon d’être ensemble, plutôt que d’être en retard. C’est le sentiment qu’on a malheureusement aujourd’hui. Il y a un rattrapage à faire et ce spectacle-là, finalement, est de son temps, avec des artistes contemporains montréalais. Ce n’est pas de l’exotisme et du folklore, c’est urbain. »

Urbain d’un bout à l’autre de l’île, ajoute Queen Ka, de Beaconsfield à l’ouest à Pointe-aux-Trembles à l’est. « Je ne sais pas si vous êtes déjà allés au croisement des rues Henri-Bourassa et Sherbrooke ? J’ai trouvé ça tellement poétique ! Il y a des endroits à Montréal où ces deux rues-là sont tellement loin que tu ne peux pas imaginer qu’elles se croisent. Et là, t’as juste à aller vers l’inconnu et tu arrives à un coin où elles se rencontrent. »

2 commentaires
  • Marie Danielle Tremblay - Abonnée 28 juillet 2017 08 h 08

    Vivre ensemble

    C'est une très belle idée. Je suis d'accord qu'il faille trouver des façons d'intégrer toutes les communautés et développer des projets pour mieux vivre ensemble. Toutefois, il serait pertinent d'y inclure aussi des québécois d'origine. Si ce "vivre ensemble" signifie se rassembler entre nouveaux arrivants, je crois qu'on passe à côté du concept.

  • Jean-Laurent Auger - Abonné 28 juillet 2017 11 h 16

    Euréka!

    Se contenter de se croiser dans la rue, dans le métro ou à l'épicerie, toutes origines confondues, ce n'est que tolerance.
    Passons collectivement à une autre étape et embrassons-nous. Rien de moins.

    Chapeau et longue vie à Nova Stella, ce vent de fraicheur nécessaire.