Kelly Lee Owens au Bar Le Ritz PDB: bulle techno

À 28 ans, Kelly Lee Owens s’embarque pour sa toute première tournée nord-américaine.
Photo: Kim Hiorthoy À 28 ans, Kelly Lee Owens s’embarque pour sa toute première tournée nord-américaine.

L’été, c’est fait pour voyager, pas vrai ? Alors l’auteure-compositrice-interprète et productrice britannique Kelly Lee Owens sera bien servie, elle qui s’embarque pour sa toute première tournée nord-américaine. « Je suis un peu… enfin, pas effrayée, disons plutôt que je ne croyais pas vivre ça aussi tôt. Tu sais, je travaille avec un tout petit label. Or, je ne m’attendais pas à ce que les médias m’accordent autant d’attention, ni à ce que le public se plaise autant dans la musique que je fais », nous confie-t-elle de son appartement londonien, quelques heures avant de s’envoler vers notre continent. « Je suis excitée ! »

À 28 ans, un an après avoir présenté un EP prometteur, mais à la portée confidentielle, Kelly Lee Owens fut sacrée du jour au lendemain la révélation du printemps en musique électronique. Accueil unanimement enthousiaste pour ce premier album — qui porte son nom — paru sous l’étiquette norvégienne Smalltown Supersound et d’une épatante cohérence, même s’il zigzague entre la chanson dream-pop et le techno.

Autodidacte, « j’ai toujours tout fait par moi-même, et j’ai appris avec le temps à ne pas avoir de trop grandes attentes », dit Kelly Lee Owens, qui dit retenir beaucoup de ses années comme disquaire et qui se décrit comme une obsédée des sons et de la production musicale. « Ce n’est que le début pour moi, je n’espère rien, sinon que les gens s’attardent à ce que je fais. J’espérais seulement qu’on reconnaisse que j’essaie de m’ouvrir à eux, et que cette ouverture permette à tous de se retrouver dans mon monde. Si seulement les gens pouvaient s’attacher à ma musique de la même manière que je me suis attaché à la musique des autres… »

La première force de l’album réside dans la dynamique de ses rythmes et la couleur de sa palette sonore, sombre et baignée de mélancolie, d’où s’échappent quelques scintillantes trouvailles.

L’autre force, c’est la façon avec laquelle Lee Owens s’applique à faire de vraies belles chansons, quasiment chuchotées de sa voix vaporeuse, avec la même passion qu’elle met à construire d’amples boucles rythmiques pour les compositions instrumentales house et techno. En surface, ce disque plaît sans heurter nos tympans ; en creusant un peu, on découvre toute la complexité de sa musique. « Je ne viens pas vraiment de la scène dance ou électronique, évoque la musicienne, originaire du pays de Galles. J’ai plutôt grandi avec la pop qui tournait quand j’étais jeune, le rock classique, puis toute cette scène des groupes indie rock, les concerts live, ce genre d’énergie. Alors, j’ai toujours été attirée par les mélodies et les émotions qu’elles véhiculent. »

Son attirance pour les musiques électroniques lui est venue au début de la vingtaine, par l’oeuvre de Björk notamment, « sa manière de produire la musique, sa technique d’écriture. Elle racontait en entrevue collectionner des sons qu’elle faisait avec différents objets. Ça me rejoint : je suis aussi inspirée par les sons du quotidien, je me suis mise à les enregistrer et à les collectionner. Souvent, je pars d’un petit son, un petit rythme, et je construis autour. »

Elle parle avec la même passion d’Aphex Twin, « brillant producteur, avec ses sons de [boîte à rythmes Roland] TR-808 et ses basses chaleureuses », et du compositeur d’avant-garde proto-disco Arthur Russell : « Il m’a attirée dans le monde de l’écho, de l’espace… Sa musique fait des bulles, on dirait. Y a un feeling aquatique à sa musique, et ça nous porte à nous échapper du réel. On a tous besoin de ça, je crois : s’enfuir, s’échapper dans sa tête. »

Autant on a envie de se lover dans son album, de l’écouter en boucle, autant on ne se lasse pas de l’écouter parler au bout du fil, verbomotrice aux réflexions riches et intuitives. « C’est intéressant parce que, à force de devoir accorder des entrevues, j’ai compris comment parler de ma musique avec la perspective d’un journaliste. Ça, ou en lisant les commentaires des gens qui me contactent sur Facebook. J’ai compris que ce qui revenait souvent à propos de mon disque, ce sont les notions de guérison et d’apaisement. Pourtant, je n’avais pas ça en tête en composant ce disque, mais j’imagine que c’est ainsi parce que c’est aussi le genre de sensation que je recherche quand j’écoute des disques. Je crois aussi que l’on reconnaît une pureté, une honnêteté dans ma démarche, sans doute parce que je n’essayais pas d’être autre chose que moi-même sur ce disque. »

L’une des chansons les plus pop de l’album, Throwing Lines, a bénéficié d’un vidéoclip que Kelly Lee Owens n’attendait pas. C’est vrai, cette histoire d’admirateur qui vous a tourné un clip gratuitement, avec l’espoir qu’il devienne la vidéo officielle de la chanson ? La musicienne rigole : oui c’est vrai, « mais on m’avait mise au courant. Je n’avais pas d’idée pour leclip, puis quelqu’un du label m’a informée que deux types voulaient le faire. J’ai dit : d’accord, quand puis-je les rencontrer ? On m’a répondu que c’était mieux si je ne leur parlais pas… Je ne pouvais même pas connaître le concept. Quand j’ai vu leclip, sur le coup, j’ai eu un doute : le gars ne prononce même pas mon nom correctement ? Puis, j’ai compris le concept. Ce qui m’a plu, justement, c’est le ton, l’humour qui s’en dégagent… »

Aussi, le clip n’était pas tout à fait gratuit, elle a quand même dû dépenser quelque 200 livres pour payer quelques dépenses… « Je suis fière parce que j’ai fait ce disque sans compromis, sans chercher à faire des chansons pop génériques pour tourner à la radio. Ce n’est pas la voie la plus simple — j’ai pris un congé sans solde, ce n’est pas toujours facile pour payer le loyer —, mais c’est la voie la plus honorable. »

En concert ce jeudi, au Bar Le Ritz PDB.