Amadou et Mariam: afro-disco et retour au couple

Le célèbre duo malien offrira jeudi le concert d’ouverture des 31es Nuits d’Afrique.
Photo: Hassan Hajjaj Le célèbre duo malien offrira jeudi le concert d’ouverture des 31es Nuits d’Afrique.

Ils ont récemment fait paraître Bofou Safou, un titre afro-disco qui se retrouvera sur le prochain disque prévu pour septembre prochain. La pièce a également fait l’objet de cinq remix sur un mini-album qui vient également d’être lancé. Entre tout cela, le célèbre duo malien vient offrir le concert d’ouverture des 31es Nuits d’Afrique ce jeudi au Métropolis, un endroit tout indiqué pour leur permettre de dégager la force de leur rock-blues.

Bofou Safou n’est pas un disco à l’américaine et on y retrouve quand même la personnalité d’Amadou et Mariam. Après une introduction vaguement orientale, la soul sister finit par chanter : « Il faut travailler dans la vie. Il faut pas croiser les bras dans la vie. » Le message est simple, comme tous les autres de leur répertoire, mais la portée sera bien réelle, comme toujours. Amadou, le funky brother devenu funky father, résume avec sa voix traînante, en entrevue téléphonique au Devoir : « Le morceau s’adresse à des gens pour leur donner du courage, pour les encourager à travailler. » Tout simplement. Comme toujours depuis la première phrase qui les a rendus célèbres : « Je pense à toi mon amour, ma bien-aimée. » Pourquoi se compliquer inutilement la vie, surtout quand la musique est si prenante ?

Il en va de même du disco dans Bofou Safou, comment l’expliquer ? Réponse d’Amadou Bagayoko : « On compose, et quand on entre en studio, on essaie de donner la coloration. On aime bien le disco, on écoutait Donna Summer et on est allé pour ça. On aime ce qui est nouveau et ce qui est moderne. » Mais Bofou Safou n’est qu’une pièce. Déjà dans le mini-album, le titre Filaou Bessame ramène davantage au style habituel du couple avec toutefois un côté électro et un saxo plus jazz. « C’est un morceau qui parle des Peuhls qui vivent au Mali, en Guinée, au Niger, au Nigeria et au Tchad », explique encore le chanteur-guitariste.

À la fin de l’été, l’album La confusion sera lancé et plusieurs morceaux de l’album seront offerts lors de la prestation aux Nuits d’Afrique. On devine la raison d’un tel titre : « Oui, la confusion, c’est l’état du monde, confirme Amadou. Nous parlons de ce qui se passe dans le monde : la guerre, les conflits, les problèmes. On parle de société. On ne sait pas ce qui se passe, c’est une confusion. »

Jusqu’à quel point la thématique est-elle inspirée par les événements tragiques qui se passent encore au Mali ? « Les chansons de l’album, on a commencé à les composer quand il y a eu le coup d’État et des rébellions. Ça fait partie des choses qui se passent au Mali. » Et comment se passe la vie musicale à Bamako, la ville où le duo se pose quelques mois par année entre deux tournées ? « Les endroits commencent à être animés. Les musiciens jouent dans les bars, les restaurants et les autres lieux de concerts. Je pense que la musique commence à revenir. » Qu’en est-il dans les régions ? « Je n’en sais pas beaucoup, puisque je suis souvent à l’extérieur. Je pense que dans le Sud, ça va. Dans le Nord, c’est un peu chaud. »

Pour l’avoir interviewé à maintes reprises, m’est avis que le patron demeure toujours calme et serein, du moins devant les journalistes. Mais cela n’empêche en rien les célébrations et le partage. Sur tous les disques du couple aveugle, des invités sont là pour chanter, jouer ou coréaliser. Mais cette fois-ci, pour le disque La confusion, Amadou et Mariam veulent se retrouver entre eux, sans collaborations extérieures. « On a fait un peu le tour de tout, il faut qu’on revienne à la base. On a beaucoup coloré, on revient à la couleur originale. » Est-ce à dire ce mélange de rock-blues malien à la cadence parfaite, aux accords répétitifs, au son limpide et aux inflexions urbaines ? On verra bien.


Trois artistes à voir aux Nuits d’Afrique

Emel Mathlouthi

À la fois puissante et engagée, angélique et délicate, électro et ancrée dans la nuit des temps, cette insoumise refuse de se contraindre et de s’attacher à une seule nationalité, même si elle fut l’une des voix principales de la révolution du Jasmin dans sa Tunisie natale. Ensen, son plus récent disque, confirme sa force internationale.

Au théâtre Fairmont, le 18 juillet.

Delgrès

Avec leur blues créole, ils créent un pont entre leur Guadeloupe natale et la Louisiane. Avec batterie, guitare et tuba.

Au Balattou, le 12 juillet.

Tété

Chantre de la poésie humaine, il mêle soul, pop et blues. Dans Les chroniques de Pierrot lunaire, il compose comme dans une pièce de théâtre.

Au Balattou, le 13 juillet.

Au Métropolis, jeudi 13 juillet à 20 h 30

Renseignements : 514 844-3500, festivalnuitsdafrique.com