Benedetto Lupo: le noble sens du terme populaire

Benedetto Lupo
Photo: Musacchio & Ianniello Benedetto Lupo

Nous avons beaucoup parlé, dans divers contextes, ces derniers jours, de « concerts populaires », d’accessibilité à la culture, de risque de confusion des genres. Il y eut, dans notre édition de samedi, le rude constat sur la manière dont le concept de Concerts populaires du maire Drapeau avait été dénaturé et dévoyé. Le soir même, à l’amphithéâtre Fernand-Lindsay, le pianiste Alain Lefèvre a pris le micro pour témoigner de son inquiétude que le Festival de Lanaudière prenne la même tangente.

Ce mardi, Richard Turp, directeur artistique du Festival Lachine, montrait la voie à suivre : celle de la qualité, de l’intelligence et du respect. Les Concerts Lachine sont gratuits. Un don de 10 dollars est suggéré. Chacun donne selon ses moyens.

Richard Turp avait invité mardi le pianiste Benedetto Lupo. Ce dernier n’a pas fait de compromis et présenté un programme abordable, mais solide et conséquent, clairement présenté par le directeur artistique en conférence préconcert. Le public présent de bonne heure peut se préparer à l’écoute. Tous sont reconnaissants à l’organisateur de se faire dire très logiquement de ne pas applaudir entre les mouvements. Il n’y a là aucune condescendance : c’est de la logique du respect de la musique, des musiciens et des mélomanes. Le Festival Lachine aussi fête son 40e anniversaire, et celui-ci est glorieux !

Dans cette ambiance attentive, Benedetto Lupo a révélé le meilleur de lui-même. Le récital que donne Benedetto Lupo à Lachine sur un piano parfaitement réglé est du niveau Carnegie Hall. Nous en connaissons déjà la seconde moitié, reprise du programme donné en septembre 2016 au Ladies’ Morning. Nous découvrons par contre une frappante résonance entre les Pressentiments de Janacek en début de 1re partie et ceux de Scriabine en début de seconde. Lupo, qui travaille avec ardeur à la réhabilitation de Nino Rota, vrai compositeur classique dans ses Préludes, a livré un Rachmaninov à nouveau glorieux. On parle de Nino Rota comme d’un compositeur de musiques de film, mais c’est Janacek que l’on voit composer un véritable film sans images dans sa Sonate 1.X.1905.

Lupo et ceux qui l’ont invité ont montré que le classique et la culture, ce ne sont pas des boniments et du bla-bla, des compromis et des démissions, mais de la tenue, du travail et de la qualité. Car ces valeurs-là sont reconnaissables de tous, quel que soit leur niveau de connaissance ou d’éducation musicale. La salle affichait d’ailleurs un silence et un respect parfaits.

Benedetto Lupo, l’ultime sensibilité romantique

Janacek : Sonate 1.X.1905. Rota : 15 Préludes. Scriabine : Sonate-fantaisie n° 2. Rachmaninov : Sonate pour piano n° 2. L’Entrepôt — Festival de Lachine, mardi 4 juillet 2017.

3 commentaires
  • Michel Dion - Abonné 5 juillet 2017 04 h 44

    Voilà, cette fois-ci, nous sommes en parfait accord, M. Huss

    En effet, Richard Turp accomplit un travail admirable à la direction du Festival de Lachine. C'est un homme affable, raffiné et surtout passionné. Comme il a été dit souvent, on ne peut transmettre une passion pour quoi que ce soit à qui que ce soit, si l'on n'est pas soi-même habité par cette passion impossible à feindre. Richard Turp reste un modèle en cette triste époque où sévit le mercantilisme dit culturel.
    Je fréquente le Festival de Lachine depuis plusieurs années, et je n'ai que des éloges pour la programmation et la qualité des prestations des artistes invités.
    Bien sûr, je n’ai pas manqué d'assister hier au récital du prodigieux musicien qu'est Benedetto Lupo.

  • Jean-Henry Noël - Abonné 6 juillet 2017 00 h 32

    La cultue

    Elle n'est pas accessible au populo. Le populo a des problèmes de survie biologique. Quant aux autres, ils s'abîment dans les problèmes existensiels. S'il faut choisir, je choisis la survie biologique.

    • Michel Dion - Abonné 6 juillet 2017 13 h 45

      Mais on ne choisit pas la survie biologique puisque c'est un défi imposé à toute forme de vie humaine, animale et végétale. La culture, la vraie culture, est une consolation, qui en plus de nous donner quelques repères dans la vie, nous apporte l'apaisement de savoir que le monde n'est pas né avec nous. Il faut donc rendre hommage à ceux qui transmettent le goût de la culture.
      Les autres sombreront dans les divertissements futiles et seront plus sujets au cynisme et aux problèmes existentiels. Survivre? Mais à quoi bon , diront ceux qui sans intérêt auront omis de donner un sens à leur vie?
      Je connais des gens sans le sou ou vivant d'une maigre pension qui ne ratent jamais un seul des nombreux concerts de musique classique donnés gratuitement à Montréal.
      La culture n'a rien à voir avec la richesse matériel, c'est très souvent le contraire!